Tunisie : la STEG met en garde contre un risque de black-out électrique
Face à une demande qui dépasse les capacités de production depuis le 12 juillet, l'opérateur public impose des coupures programmées pour éviter l'effondrement total du réseau.
La Société tunisienne de l'électricité et du gaz (STEG) a averti que le pays risque un black-out généralisé sans recours au délestage. La consommation a bondi de 30 % avec la canicule, dépassant les 5000 mégawatts aux heures de pointe. L'entreprise publique, endettée à hauteur de 7,3 milliards de dinars, tente de moderniser son réseau grâce à des prêts de la Banque Mondiale.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- La demande en électricité dépasse les capacités de production de la STEG depuis le 12 juillet 2026
- La consommation a augmenté de 30 % avec la canicule, atteignant 5000 mégawatts aux heures de pointe
- La STEG affiche une dette de 7,356 milliards de dinars et 6,061 milliards de dinars de créances impayées
- L'Assemblée a approuvé 468 millions de dollars de prêts de la Banque Mondiale pour moderniser le réseau
- La Tunisie vise 35 % d'énergies renouvelables dans sa capacité électrique d'ici 2030
Le Président-Directeur Général de la STEG, Fayçal Trifa, a lancé un avertissement sans détour : sans les coupures d’électricité programmées, appelées délestage, la Tunisie s’expose à un black-out généralisé. Depuis le dimanche 12 juillet 2026, la demande en électricité dépasse les capacités de production disponibles de l’opérateur public, selon plusieurs médias tunisiens dont Gnet News et Mosaïque FM.
Les coupures touchent de nombreuses régions du pays, provoquant des désagréments pour les ménages et les entreprises en pleine période estivale. La STEG a dû recourir au délestage, des coupures alternées par zones, pour préserver la stabilité du réseau électrique national.
Une demande qui explose avec la canicule
La vague de chaleur exceptionnelle qui frappe la Tunisie depuis début juillet a fait grimper la consommation électrique de 30 %, atteignant 5000 mégawatts aux heures de pointe, entre 13h et 17h, selon Directinfo et La Presse de Tunisie. Cette hausse brutale a mis sous tension un système déjà fragile.
L’utilisation massive des climatiseurs explique en grande partie ce pic de consommation. La STEG a d’ailleurs appelé les citoyens à rationaliser leur usage de l’électricité, notamment en réglant les climatiseurs à 26°C, pour soulager le réseau.
Un incident technique survenu dans une installation énergétique à Sidi Okba, dans le nord-est de l’Algérie, a également réduit les volumes d’énergie échangés entre les deux pays, accentuant la pression sur le réseau tunisien, comme l’a rapporté La Presse de Tunisie.
Une dette de plus de 7 milliards de dinars
La crise électrique révèle les difficultés financières structurelles de la STEG. L’opérateur public affiche un endettement de 7,356 milliards de dinars et 6,061 milliards de dinars de créances impayées au 23 juin 2026, selon L’Economiste Maghrébin et Business News.
Cette situation financière tendue limite la capacité de la STEG à investir dans la modernisation et l’extension de ses infrastructures de production et de distribution. L’entreprise peine à suivre la croissance de la demande, particulièrement lors des pics saisonniers.
La dépendance au gaz naturel importé, qui représente 80 % de la production électrique tunisienne, fragilise également l’équilibre du système. Les fluctuations des cours et les aléas d’approvisionnement pèsent sur la stabilité de l’opérateur.
468 millions de dollars de la Banque Mondiale
Pour tenter de sortir de cette impasse, l’Assemblée des Représentants du Peuple a approuvé des garanties d’État pour deux prêts de la Banque Mondiale, totalisant 468 millions de dollars, selon Webdo et L’Economiste Maghrébin. Ces financements sont destinés à moderniser le réseau électrique et à accélérer la transition énergétique.
Les fonds doivent servir à renforcer les capacités de production, améliorer la distribution et développer les énergies renouvelables. La Tunisie s’est fixé l’objectif d’atteindre 35 % d’énergies renouvelables dans sa capacité électrique installée d’ici 2030.
De nouvelles centrales solaires entrent en service progressivement. Celle de Tozeur, d’une puissance de 50 mégawatts, couvre désormais 70 % des besoins locaux de cette région du sud, d’après La Presse de Tunisie. Ces projets visent à réduire la dépendance au gaz importé et à diversifier le mix énergétique.
Le délestage pour éviter le pire
Le délestage consiste à couper l’électricité de manière programmée et alternée dans différentes zones pour éviter que l’ensemble du réseau ne s’effondre. Sans cette mesure, prévient Fayçal Trifa, la Tunisie risque un black-out généralisé, c’est-à-dire une panne totale du système électrique national.
Un tel scénario aurait des conséquences économiques et sociales lourdes : arrêt des activités industrielles et commerciales, paralysie des hôpitaux et services essentiels, perturbation des transports et des télécommunications. La remise en marche d’un réseau après un black-out complet peut prendre plusieurs jours.
Certaines zones sont épargnées par les coupures programmées : les hôpitaux, les installations stratégiques et certains quartiers prioritaires, selon La Presse de Tunisie. La STEG a publié un calendrier des coupures pour permettre aux habitants et aux entreprises de s’organiser.
Contexte en Tunisie
La Tunisie compte environ 12 millions d’habitants et connaît une croissance régulière de sa consommation électrique, tirée par l’urbanisation, le développement économique et l’amélioration du niveau de vie. Le pays fait face à des défis énergétiques récurrents, particulièrement lors des pics estivaux et hivernaux.
La STEG, créée en 1962, détient le monopole de la production, du transport et de la distribution d’électricité et de gaz en Tunisie. L’entreprise publique emploie plusieurs dizaines de milliers de personnes et dessert l’ensemble du territoire national.
Le secteur énergétique tunisien est marqué par une dépendance historique aux hydrocarbures. Le pays a longtemps été exportateur de pétrole et de gaz, mais la baisse de la production nationale a inversé la tendance : la Tunisie importe désormais la majorité de son gaz, principalement depuis l’Algérie via le gazoduc transméditerranéen.
Cette vulnérabilité énergétique pèse sur les finances publiques et la balance commerciale. Les autorités misent sur le développement des énergies renouvelables, notamment le solaire, pour réduire cette dépendance. Le potentiel solaire tunisien est considérable, avec un ensoleillement important sur l’ensemble du territoire.
Appel à la sobriété
La STEG a multiplié les appels à la rationalisation de la consommation électrique. Les recommandations portent sur le réglage des climatiseurs à 26°C, l’extinction des lumières inutiles et le report de certaines tâches énergivores aux heures creuses.
L’entreprise publique compte sur la mobilisation des citoyens et des entreprises pour réduire la pression sur le réseau pendant les heures critiques de l’après-midi. Chaque geste de sobriété peut contribuer à éviter des coupures supplémentaires.
Les prochaines semaines seront décisives. Si la canicule persiste et que la demande reste élevée, la STEG devra poursuivre le délestage pour maintenir l’équilibre du réseau. L’opérateur mise sur l’entrée en service progressive de nouvelles capacités de production et sur l’efficacité des programmes de modernisation financés par la Banque Mondiale pour stabiliser durablement la situation électrique du pays.
