Tunisie : trois ans après l’accord UE, 46 ONG dénoncent les violations
Human Rights Watch et Amnesty International publient des rapports accablants sur le protocole migratoire de 2023, financé par Bruxelles
Le 16 juillet 2026, Human Rights Watch et Amnesty International ont publié des rapports dénonçant l'échec du partenariat migratoire UE-Tunisie signé il y a trois ans. Un collectif de 46 organisations appelle Bruxelles à cesser de financer des mesures qu'elles jugent abusives, alors que l'accès à l'asile s'est effondré en Tunisie.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Human Rights Watch et Amnesty International publient des rapports accablants le 16 juillet 2026 sur le protocole UE-Tunisie de 2023
- 46 organisations appellent l'UE à cesser de financer les mesures de contrôle migratoire jugées abusives en Tunisie
- Les enregistrements auprès du HCR ont chuté de 18 362 en juin 2024 à 7 515 en avril 2026 suite à la suspension des procédures
- La militante antiraciste Saadia Mosbah condamnée à huit ans de prison en appel le 23 juin 2026
- L'UE a classé la Tunisie comme pays d'origine sûr en février 2026 malgré les alertes des ONG
Trois ans après la signature du protocole d’accord migratoire entre l’Union européenne et la Tunisie en 2023, le bilan dressé par les organisations de défense des droits humains est sans appel. Human Rights Watch et Amnesty International ont publié simultanément, ce 16 juillet 2026, deux rapports pointant l’aggravation des violations financées par les fonds européens.
Selon Human Rights Watch, le mémorandum de 2023 a « alimenté de graves violations des droits humains » en Tunisie. Amnesty International évoque de son côté « l’échec » du partenariat et le « démantèlement des protections pour les réfugiés ». Les deux ONG rejoignent un collectif de 46 organisations qui appellent officiellement l’UE à cesser de financer les mesures de contrôle migratoire en Tunisie.
L’accès à l’asile bloqué depuis deux ans
Depuis juin 2024, les autorités tunisiennes ont suspendu les activités d’enregistrement et de détermination du statut de réfugié du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), bloquant de facto l’accès à l’asile pour les demandeurs subsahariens. Les chiffres témoignent de cet effondrement : le nombre de personnes enregistrées auprès du HCR en Tunisie a chuté de 18 362 en juin 2024 à 7 515 en avril 2026, selon Amnesty International.
Cette suspension intervient dans un contexte de durcissement généralisé. En mars 2026, le retrait tunisien autorisant les plaintes individuelles et d’ONG devant la Cour africaine des droits de l’homme est entré en vigueur, fermant une voie de recours régionale. Quelques mois plus tôt, en février 2026, l’UE avait pourtant inscrit la Tunisie sur sa liste des pays d’origine sûrs, malgré les alertes répétées des défenseurs des droits.
Répression des voix critiques
La répression ne vise pas seulement les migrants et demandeurs d’asile. Le 23 juin 2026, la justice tunisienne a confirmé en appel la condamnation à huit ans de prison de Saadia Mosbah, figure majeure de la lutte contre le racisme en Tunisie. Cette décision a été largement condamnée par Human Rights Watch et d’autres organisations internationales comme une tentative de museler les voix critiques sur la gestion migratoire du pays.
Salsabil Chellali, directrice du bureau de Human Rights Watch à Tunis, a relayé publiquement l’appel du collectif de 46 ONG. Elle dénonce un « deal » qui, loin de protéger les droits humains comme le prévoyait officiellement le protocole de 2023, a au contraire « normalisé » les violations.
Contexte en Tunisie
La Tunisie, située à 140 kilomètres des côtes siciliennes, est devenue un point de passage majeur pour les migrants subsahariens tentant de rejoindre l’Europe. Le pays compte environ 12 millions d’habitants et fait face à une crise économique persistante depuis la révolution de 2011. Le protocole migratoire signé en 2023 prévoyait une enveloppe de 105 millions d’euros de l’UE pour renforcer les contrôles aux frontières et lutter contre les passeurs.
Mais les organisations de défense des droits humains dénoncent depuis le départ un accord qui externalise le contrôle des flux migratoires vers un pays aux pratiques contestées. Les rapports publiés ce 16 juillet documentent des expulsions collectives vers des zones désertiques à la frontière libyenne et algérienne, des arrestations arbitraires, et des conditions de détention inhumaines pour les migrants subsahariens.
L’Union européenne sous pression
L’appel des 46 organisations met Bruxelles face à ses contradictions. D’un côté, l’UE se présente comme garante des droits fondamentaux et a régulièrement critiqué des partenaires pour leurs pratiques migratoires. De l’autre, elle finance un dispositif qui, selon Human Rights Watch, alimente directement les violations qu’elle prétend combattre.
La Commission européenne n’a pas encore réagi officiellement aux rapports publiés ce mardi. Mais la pression monte au sein même des institutions européennes, où plusieurs parlementaires ont déjà demandé une révision du protocole tunisien. Le débat intervient alors que les politiques migratoires restent un sujet clivant dans l’ensemble des capitales européennes.
Recommandations et prochaines étapes
Les deux rapports publiés ce 16 juillet formulent des recommandations précises. Human Rights Watch et Amnesty International demandent à l’UE de suspendre immédiatement tout financement lié au contrôle migratoire en Tunisie tant que des garanties crédibles sur le respect des droits humains ne sont pas apportées. Elles appellent également les autorités tunisiennes à lever la suspension des activités du HCR et à libérer Saadia Mosbah.
Les ONG réclament enfin la mise en place d’un mécanisme indépendant de suivi des violations, avec accès libre aux lieux de détention et aux zones frontalières. Une demande déjà formulée en 2024 et 2025, restée sans réponse concrète à ce jour. La mobilisation du collectif de 46 organisations vise à faire monter la pression sur Bruxelles avant le sommet UE-Afrique prévu en novembre 2026, où la question migratoire figurera à l’agenda.
