Tunisie : l’UGTT réclame un plan de sauvetage pour l’eau et l’électricité
Le puissant syndicat tunisien dénonce une crise structurelle à la STEG et la SONEDE, aggravée par une canicule historique et des infrastructures dégradées
L'Union Générale Tunisienne du Travail a exigé le 18 juillet 2026 un plan national de sauvetage pour les secteurs de l'eau et de l'électricité. Le syndicat impute les coupures répétées à des défaillances de gestion et à un sous-équipement chronique, réfutant l'explication par la seule canicule.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- L'UGTT a exigé le 18 juillet 2026 un plan national de sauvetage pour les secteurs tunisiens de l'eau et de l'électricité
- Les créances impayées de la STEG s'élèvent à 4 milliards de dinars et celles de la SONEDE à 860 millions de dinars début 2025
- Une canicule exceptionnelle frappe la Tunisie en juillet 2026 avec des températures atteignant localement 49°C
- Le syndicat dénonce des défaillances de gestion, des infrastructures dégradées et un sous-équipement chronique plutôt que la seule météo
L’Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT) a lancé un appel urgent ce jeudi pour un plan de sauvetage national des secteurs de l’eau et de l’électricité en Tunisie. Alors qu’une canicule exceptionnelle frappe le pays avec des températures atteignant localement 49°C, le syndicat refuse d’attribuer les coupures répétées à la seule météo.
Selon l’UGTT, les pannes récurrentes révèlent des défaillances systémiques de gestion, une dégradation avancée des infrastructures et un sous-équipement chronique des deux entreprises publiques concernées : la STEG (Société Tunisienne de l’Électricité et du Gaz) et la SONEDE (Société Nationale d’Exploitation et de Distribution des Eaux).
Des agents en détresse, des infrastructures à bout de souffle
Le syndicat a dénoncé les conditions de travail extrêmes et dangereuses des agents de la STEG et de la SONEDE. Manque de pièces de rechange, matériel obsolète, sous-effectif chronique lié au gel des recrutements : les équipes sur le terrain peinent à assurer la continuité du service dans un contexte d’urgence climatique.
La canicule de juillet 2026 a provoqué une forte demande en électricité pour la climatisation, poussant le réseau dans ses derniers retranchements. La STEG a annoncé des coupures potentielles le 18 juillet, de 17h00 à 22h00, dans plusieurs régions pour maintenir la sécurité du système, selon l’agence TAP.
Mais ces délestages ont un effet domino. Le président-directeur général de la SONEDE, Abdelhamid Mnaja, a déclaré le 17 juillet que les perturbations de l’approvisionnement en eau sont principalement dues aux coupures d’électricité affectant les stations de pompage. La SONEDE est le principal client de la STEG, ce qui crée une dépendance critique.
4 milliards de dinars de dettes pour la STEG
Les difficultés opérationnelles s’ajoutent à une crise financière profonde. Les créances impayées de la STEG s’élevaient à 4 milliards de dinars début 2025, selon African Manager. Celles de la SONEDE atteignaient 860 millions de dinars à la même période, d’après Mosaique FM. Ces dettes colossales compromettent la capacité des deux entreprises à investir dans la maintenance et la modernisation de leurs réseaux.
L’UGTT a souligné que cette situation ne relève pas d’un accident conjoncturel lié à la météo ou à une hausse ponctuelle de la consommation. Le syndicat pointe des choix de gestion et un manque d’investissement structurel depuis plusieurs années.
Colère citoyenne et critiques politiques
Les coupures répétées ont provoqué la colère de nombreux Tunisiens, déjà éprouvés par une situation économique difficile. La parlementaire Fatma Mseddi a interpellé le président Kaïs Saïed le 16 juillet, critiquant l’échec du gouvernement face aux coupures d’électricité et exigeant transparence et décisions rapides, selon Business News.
Le président tunisien lui-même a régulièrement dénoncé les dysfonctionnements des services publics depuis 2025, appelant à la responsabilité et à une réforme administrative, rapportent Mosaique FM et Webmanagercenter. Cette prise de position présidentielle n’a cependant pas encore débouché sur des mesures concrètes à la hauteur de la crise.
Contexte tunisien : des services publics sous pression
La Tunisie, pays de 12 millions d’habitants en Afrique du Nord, traverse une période de tensions économiques et sociales marquées. L’UGTT, organisation syndicale la plus puissante du pays avec près d’un million d’adhérents, joue un rôle clé dans la défense des services publics et des acquis sociaux depuis la révolution de 2011.
Le syndicat avait déjà alerté le 10 juillet sur la dégradation du transport public, selon Le Temps News, témoignant d’une préoccupation plus large concernant l’état général des services publics tunisiens. L’eau et l’électricité ne sont que les symptômes les plus visibles d’un système sous tension.
Pour les observateurs, cette crise illustre les difficultés de la Tunisie à maintenir ses infrastructures héritées des décennies précédentes, dans un contexte de raréfaction des ressources et de changement climatique. La canicule de juillet 2026 agit comme un révélateur brutal de fragilités anciennes.
Prochaine étape : réponse du gouvernement attendue
L’appel de l’UGTT pour un plan de sauvetage national met la pression sur le gouvernement tunisien. Le syndicat attend des réponses urgentes et des engagements concrets sur le financement, les recrutements et la modernisation des équipements. La suite dépendra de la capacité des autorités à mobiliser les ressources nécessaires dans un contexte budgétaire contraint.
