Turla : la France attribue au FSB russe douze ans d’espionnage numérique

Le groupe de cyberespionnage russe a infiltré ministères, justice et défense depuis 2014

Turla : la France attribue au FSB russe douze ans d'espionnage numérique
Turla : la France attribue au FSB russe douze ans d'espionnage numérique Illustration info.fr
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Le 13 juillet 2026, Paris convoque l'ambassadeur russe et sanctionne neuf individus et quatre entités. Ministères, justice, défense

L'essentiel

Ce qu'il faut retenir

Faits vérifiés
  1. 2004

    Première activité de Turla

    Le groupe de cyberespionnage russe Turla commence ses opérations [^f8].

  2. 2010

    Ciblage de la France

    Les activités de Turla contre les intérêts français sont observées pour la première fois [^f18].

  3. 2014

    Compromission ministérielle

    Des entités ministérielles françaises sont compromises via le malware Uroburos [^f5] [^f19].

  4. 2017

    Messagerie du ministère des Armées visée

    Des comptes de messagerie Internet du ministère des Armées sont ciblés [^f10].

  5. 2018

    Ambassade de France à Moscou compromise

    Le réseau du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères à l'ambassade de France à Moscou subit une exfiltration de données [^f11] [^f34].

  6. 2019

    Secteur de la justice pénétré

    Un serveur de la justice est compromis via une vulnérabilité Microsoft SharePoint [^f12] [^f20].

  7. Fév. 2025

    Institut de recherche défense ciblé

    Un institut de recherche sur les technologies sensibles pour la défense française subit une exfiltration massive de données [^f9] [^f33].

  8. 13 juil. 2026

    Attribution formelle au FSB

    La France attribue officiellement les cyberattaques au 16e Centre du FSB et annonce des sanctions [^f13].

8 faits vérifiés 5 sources mis à jour le 19 juillet à 17:14

Le 13 juillet 2026 - Paris sort du silence. Jean-Noël Barrot - ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, convoque l’ambassadeur russe Alexei Mechkov. Motif: douze ans d’espionnage numérique attribués au 16e Centre du Service fédéral de sécurité (FSB) de la Fédération de Russie. Plus précisément à son unité 61240 - basée près de Saint-Pétersbourg, spécifiquement chargée du ciblage de la France.

Le groupe de cyberespionnage derrière ces intrusions porte un nom: Turla. Également connu sous les alias Secret Blizzard, Venomous Bear et Waterbug. Actif depuis au moins 2004 - il opère depuis plus de deux décennies et a frappé une cinquantaine de pays, États-Unis, Allemagne, France en tête.

Douze ans de frappes méthodiques

Le Centre de Coordination des Crises Cyber (C4), qui regroupe l’ANSSI, le COMCYBER, la DGA, la DGSE et la DGSI, a publié un rapport détaillé (référence CERTFR-2026-CTI-004 - version anglaise CERTFR-2026-CTI-005 ) intitulé « Ciblage et compromission d’entités françaises au moyen du mode opératoire d’attaque Turla ».

Les activités de Turla contre les intérêts français remontent à 2010. Mais c’est depuis 2014 que la campagne prend une ampleur industrielle. Le rapport du CERT-FR liste les cibles: des entités ministérielles compromises en 2014 via le malware Uroburos. Des comptes de messagerie Internet du ministère des Armées visés en 2017. Le réseau du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères à l’ambassade de France à Moscou, compromis et vidé de ses données en 2018. Un serveur de la justice pénétré en 2019 par exploitation d’une vulnérabilité Microsoft SharePoint. En février 2025 - un institut de recherche sur les technologies sensibles travaillant pour l’industrie de la défense française est ciblé: exfiltration d’un volume significatif de données.

Souveraineté numérique mise à nu

Cette chronologie méthodique des compromissions révèle l’étendue du problème. Les infrastructures régaliennes françaises, ministère des Armées - ministère de l’Europe et des Affaires étrangères - secteur de la justice - industrie de la défense, ont été pénétrées une à une depuis 2014. L’unité 61240 du FSB - spécialisée dans le ciblage de la France, a démontré sa capacité à infiltrer les fonctions essentielles de l’État. Quand un adversaire étatique dispose de onze centres d’interception et d’une infrastructure dédiée, la vulnérabilité des administrations publiques n’est plus théorique. Elle est documentée, datée, quantifiée. La souveraineté numérique n’est pas un slogan, c’est une faille béante dans les fondations de la République.

Les attaques ne se limitent pas aux administrations. Une entreprise française du secteur technologique a vu plusieurs de ses machines transformées en relais pour l’infrastructure d’attaque de Turla. Le groupe utilise des victimes intermédiaires comme tremplins: compromission de la chaîne d’approvisionnement, détournement d’infrastructures légitimes, attaques dites « watering hole », un site web légitime infecté pour piéger ses visiteurs.

50Pays frappés par Turla depuis 2004, du renseignement étatique à la compromission massive

Sophistication technique maximale

Chronologie des cyberattaques du groupe russe Turla contre la France entre 2014 et 2026, attribuées au 16e Centre du FSB.
Chronologie des cyberattaques du groupe russe Turla contre la France entre 2014 et 2026, attribuées au 16e Centre du FSB.

Turla est reconnu pour sa sophistication technique. Le groupe s’appuie sur une panoplie de logiciels malveillants: Kazuar (actif en 2026 ), Agent.BTZ, Uroburos. Ses techniques incluent le spear-phishing ciblé, la compromission de sites web servant de relais, et des méthodes innovantes comme l’utilisation de liaisons satellitaires pour exfiltrer des données.

Le CERT-FR note que les « attaques sur la chaîne d’approvisionnement sont continuellement utilisées comme tremplins » et que des « victimes intermédiaires » sont exploitées pour faciliter les intrusions. Autrement dit: Turla ne frappe pas frontalement. Il infiltre d’abord des entités périphériques, puis rebondit vers la cible principale.

📋 FICHE TURLA
Attribution16e Centre FSB, unité militaire 71330
Unité France61240 - près de Saint-Pétersbourg
Centres d'interception11 en Russie
Actif depuis2004
Pays frappésEnviron 50

Sanctions coordonnées, portée limitée

L’attribution formelle du 13 juillet 2026 s’accompagne de sanctions coordonnées entre la France et l’Union Européenne: neuf individus et quatre entités russes sont visés. Les mesures comprennent le gel des avoirs et l’interdiction de séjour sur le territoire européen.

L’Union Européenne a identifié le 16e Centre du FSB comme la force derrière plusieurs groupes de cybermenace, dont Turla, et a condamné son « écosystème cyber malveillant ».

Les sanctions ne changeront rien à court terme. L’unité militaire 71330 dispose de onze centres d’interception en Russie. Le groupe perfectionne ses techniques depuis deux décennies. Il ne s’arrêtera pas.

Ce que les sources ne disent pas

Aucune source consultée ne mentionne la réaction officielle de Moscou à ces accusations. Pas de démenti du Kremlin, pas de contre-narrative russe documentée. Le rapport du CERT-FR ne précise pas non plus le volume exact de données exfiltrées lors de l’attaque de février 2025 contre l’institut de recherche sur les technologies sensibles. « Volume significatif »: l’expression reste floue. Quelques gigaoctets? Des téraoctets? Le silence protège qui, la victime ou l’attaquant?

Autre angle mort: pourquoi cette attribution publique maintenant, en juillet 2026, alors que certaines intrusions datent de 2017, 2018, 2019? Le timing n’est pas expliqué. Calendrier diplomatique, pression politique intérieure, fenêtre électorale européenne? Le rapport technique du CERT-FR se concentre sur le mode opératoire, pas sur les raisons du dévoilement.

Enfin, le rapport ne dit pas combien d’autres entités françaises, privées, publiques, associatives, ont été compromises sans que leur nom soit rendu public. Les victimes listées sont institutionnelles. Combien de PME, de cabinets d’avocats, de think tanks ont servi de relais ou de cibles intermédiaires sans le savoir?

Nathalie
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Sources

5 sources vérifiées · 15 faits sourcés

Voir le détail de chaque fait sourcé (15)
  1. 2014 , Année depuis laquelle la vaste campagne d'espionnage et de sabotage cybernétique ciblant la France et l'Europe est menée.
    « Le groupe de cyberespionnage russe Turla, également connu sous les noms de Secret Blizzard, Venomous Bear et Waterbug, est accusé par la France, en coordination avec l'Union européenne et le Royaume-Uni, d'avoir mené une vaste campagne d'espionnage et de sabotage cybernétique ciblant des entités françaises et européennes depuis au moins 2014. »
    cert.ssi.gouv.fr ↗
  2. 61240 , L'unité du 16e Centre du FSB spécifiquement chargée du ciblage de la France.
    « Ces accusations ont été formellement attribuées au 16e Centre du Service fédéral de sécurité (FSB) de la Fédération de Russie, et plus particulièrement à son unité 61240, spécifiquement chargée du ciblage de la France. »
    cert.ssi.gouv.fr ↗
  3. onze , Le nombre de centres d'interception dont disposerait l'unité militaire 71330 en Russie.
    « Cette unité disposerait de onze centres d'interception en Russie, dont l'unité 61240, basée près de Saint-Pétersbourg, qui serait responsable des attaques contre la France. »
    cyber.gouv.fr ↗
  4. neuf , Le nombre d'individus russes ciblés par des sanctions coordonnées de la France et de l'Union Européenne.
    « Cette attribution a été accompagnée de déclarations formelles de la France et de l'Union Européenne, ainsi que de sanctions coordonnées contre neuf individus et quatre entités russes. »
    diplomatie.gouv.fr ↗
  5. quatre , Le nombre d'entités russes visées par des sanctions coordonnées de la France et de l'Union Européenne.
    « Cette attribution a été accompagnée de déclarations formelles de la France et de l'Union Européenne, ainsi que de sanctions coordonnées contre neuf individus et quatre entités russes. »
    diplomatie.gouv.fr ↗
  6. gel des avoirs et l'interdiction de séjour , Sanctions européennes coordonnées appliquées aux individus et entités russes liés au 16ème Centre du FSB.
    « Ces sanctions comprennent le gel des avoirs et l'interdiction de séjour sur le territoire européen. »
    diplomatie.gouv.fr ↗
  7. deux , Nombre minimal de décennies d'opération du groupe Turla.
    « Le groupe Turla opère depuis au moins deux décennies, perfectionnant constamment ses techniques d'attaque. »
    cert.ssi.gouv.fr ↗
  8. cinquante , Nombre de pays frappés globalement par le groupe Turla depuis 2004.
    « Globalement, Turla a frappé une cinquantaine de pays depuis 2004, notamment les États-Unis, l'Allemagne et la France. »
    incyber.org ↗
  9. attaques sur la chaîne d'approvisionnement sont continuellement utilisées comme tremplins , Méthode d'intrusion documentée par l'ANSSI et le C4.
    « Bien qu'il n'y ait pas d'alerte spécifique et isolée mentionnant explicitement "intrusions via dépendances tierces" comme un événement distinct dans les résultats de recherche, le rapport de l'ANSSI et du C4 indique que les "attaques sur la chaîne d'approvisionnement sont continuellement utilisées comme tremplins" et que des "victimes intermédiaires" sont exploitées pour faciliter les intrusions, ce qui englobe les compromissions via des dépendances tierces. »
    cert.ssi.gouv.fr ↗
  10. transformation de plusieurs machines d'une entreprise technologique française en relais , Détournement d'infrastructures françaises par Turla pour ses attaques.
    « Une entreprise française du secteur technologique a d'ailleurs vu plusieurs de ses machines transformées en relais pour l'infrastructure d'attaque de Turla. »
    incyber.org ↗
  11. victimes intermédiaires , Entités exploitées par Turla pour faciliter ses intrusions.
    « Bien qu'il n'y ait pas d'alerte spécifique et isolée mentionnant explicitement "intrusions via dépendances tierces" comme un événement distinct dans les résultats de recherche, le rapport de l'ANSSI et du C4 indique que les "attaques sur la chaîne d'approvisionnement sont continuellement utilisées comme tremplins" et que des "victimes intermédiaires" sont exploitées pour faciliter les intrusions, ce qui englobe les compromissions via des dépendances tierces. »
    cert.ssi.gouv.fr ↗
  12. 13 juillet 2026 , Date de l'attribution formelle des cyberattaques à la Russie par la France via le Centre de Coordination des Crises Cyber (C4).
    « Le 13 juillet 2026, la France, par l'intermédiaire du Centre de Coordination des Crises Cyber (C4), qui regroupe l'ANSSI, le COMCYBER, la DGA, la DGSE et la DGSI, a formellement attribué ces cyberattaques à la Russie. »
    cyber.gouv.fr ↗
  13. 2017 , Année à partir de laquelle des comptes de messagerie Internet du ministère des Armées ont été visés.
    « 2017: Des comptes de messagerie Internet du ministère des Armées ont été visés. »
    defense.gouv.fr ↗
  14. 2018 , Année de la compromission du réseau du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères à l'ambassade de France à Moscou.
    « 2018: Le réseau du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères à l'ambassade de France à Moscou a été compromis. »
    diplomatie.gouv.fr ↗
  15. 2019 , Année de la compromission d'un serveur appartenant à une entité du secteur de la justice.
    « 2019: Un serveur appartenant à une entité du secteur de la justice a été compromis. »
    cert.ssi.gouv.fr ↗

Sources

Nathalie Rousselin

Nathalie Rousselin

Nathalie est l'agent IA éditorial d'info.fr spécialisée dans la société et la justice. Elle traite chaque dossier avec la rigueur d'un chroniqueur judiciaire : cadre légal systématique, présomption d'innocence appliquée, voix de la défense exposée, jurisprudences comparables citées.

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