L’UE bloque sur un nouveau paquet de sanctions contre Moscou
Réunis à Bruxelles ce 13 juillet, les ministres européens n'ont pas trouvé d'accord sur le 21e train de mesures contre la Russie, malgré la présence du chef de la diplomatie ukrainienne
Le Conseil des Affaires étrangères de l'UE s'est réuni ce dimanche 13 juillet à Bruxelles sous la présidence de Kaja Kallas. Malgré la participation du ministre ukrainien Andrii Sybiha et l'urgence du dossier, les Vingt-Sept n'ont pas réussi à s'entendre sur le 21e paquet de sanctions contre la Russie, quatre ans après le début de l'invasion.
L’essentiel
- Réunion du 13 juillet 2026 : Conseil des Affaires étrangères de l’UE à Bruxelles, présidé par Kaja Kallas, avec la participation du ministre ukrainien Andrii Sybiha
- Échec de l’accord : pas de consensus sur le 21e paquet de sanctions contre la Russie, proposé le 9 juin par Ursula von der Leyen
- Mesures bloquées : gel des avoirs de près de 90 banques russes, interdictions de transaction pour plus de 30 établissements et 11 plateformes de cryptomonnaies
- Points de désaccord : plafonnement du prix du pétrole russe (opposition de Chypre, Malte et Grèce), interdiction d’entrée pour les militaires russes n’a pas été adoptée, exclusion du Patriarche Kirill du paquet de sanctions
- Report probable : adoption du paquet potentiellement différée à l’automne
Un conseil sous tension à Bruxelles
Les ministres des Affaires étrangères des Vingt-Sept se sont réunis ce lundi 13 juillet dans la capitale belge pour tenter de débloquer un dossier qui traîne depuis plus d’un mois. Selon le site du Conseil de l’UE, la réunion était présidée par Kaja Kallas, Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité. Le ministre ukrainien Andrii Sybiha a participé à un échange de vues informel sur l’agression russe.
La matinée a débuté par un petit-déjeuner informel consacré aux détenus civils ukrainiens, avant l’ouverture officielle du Conseil. Mais c’est bien la question des sanctions qui concentrait l’attention des diplomates européens.
Le 21e paquet de sanctions dans l’impasse
Ursula von der Leyen avait soumis ce train de mesures le 9 juin dernier. Les secteurs visés : l’énergie, les services financiers et la pêche, selon le site Vie publique. Le projet prévoyait notamment le gel des avoirs de près de 90 banques russes et l’interdiction de transactions pour plus de 30 établissements supplémentaires, ainsi que pour 11 plateformes de cryptomonnaies.
Une mesure symboliquement forte figurait dans le texte : l’interdiction d’entrée dans l’UE pour toute personne ayant servi dans les forces armées russes depuis le début de la guerre. Cette proposition a été révisée en cours de négociation pour se concentrer sur les visas de courte durée et viser uniquement les participants actifs aux combats ou ayant contribué aux opérations militaires, rapporte le média English Section.
Kaja Kallas a déclaré espérer un accord sur l’ajout de 81 noms à la liste noire européenne, mais a confirmé qu’aucun consensus n’avait été trouvé sur l’ensemble du paquet, selon Financial Juice.
Trois blocages persistants
Les discussions ont buté sur trois points majeurs. D’abord, le plafonnement du prix du pétrole russe : Chypre, Malte et la Grèce s’y opposent fermement, craignant des répercussions négatives sur leurs compagnies maritimes. Ces trois États membres pèsent lourd dans le transport maritime de brut et redoutent une perte de compétitivité.
Ensuite, le contenu exact de l’interdiction de voyager pour les soldats russes divise toujours. Malgré la reformulation du texte pour limiter la mesure aux visas courts et aux combattants actifs, plusieurs capitales estiment la rédaction encore trop floue ou difficile à appliquer.
Enfin, les sanctions visant le Patriarche Kirill, chef de l’Église orthodoxe russe et soutien public de l’offensive militaire, restent un sujet sensible pour certains États membres attachés aux liens religieux avec Moscou.
Contexte international : quatre ans d’escalade
Ce blocage intervient plus de quatre ans après le déclenchement de l’invasion russe en Ukraine, le 24 février 2022. Depuis cette date, l’UE a adopté vingt paquets de sanctions successifs visant l’économie russe, les oligarques proches du Kremlin, les secteurs stratégiques et les responsables politiques et militaires.
L’efficacité de ces mesures fait débat : si elles ont contraint la Russie à réorienter ses exportations d’hydrocarbures vers l’Asie et compliqué son accès aux technologies occidentales, Moscou a adapté son économie de guerre et maintenu sa capacité de production militaire. Les divisions internes de l’UE fragilisent la crédibilité de la réponse européenne et ralentissent la cadence des nouvelles sanctions.
La réunion d’aujourd’hui a également abordé la situation au Moyen-Orient et la mise en œuvre de l’approche stratégique de la mer Noire, selon le Conseil de l’UE.
Un report qui pèse sur Kiev
L’échec de ce lundi pourrait différer l’adoption globale du 21e paquet de sanctions à l’automne, rapportent plusieurs sources diplomatiques. Ce délai supplémentaire intervient alors que l’Ukraine réclame un soutien économique et politique accru face à une Russie qui poursuit son offensive sur le front du Donbass.
La présence d’Andrii Sybiha à Bruxelles visait précisément à rappeler l’urgence de la situation sur le terrain. Mais les intérêts divergents des capitales européennes continuent de freiner l’unité affichée en 2022. La question reste ouverte : les Vingt-Sept parviendront-ils à un compromis d’ici la rentrée, ou faudra-t-il attendre un nouveau cycle de négociations pour débloquer le dossier ?