Un professeur de Lyon 2 liste 20 personnalités juives comme « génocidaires »

L'enseignant d'histoire médiévale a publié le 20 septembre une liste de signataires d'une tribune pro-israélienne, provoquant l'indignation du CRIF et de l'université

Un professeur de Lyon 2 liste 20 personnalités juives comme « génocidaires »
Le campus de l'université Lyon 2 où enseigne le professeur mis en cause Nathalie Rousselin / INFO.FR

Le 20 septembre 2025, un professeur d'histoire médiévale de l'université Lyon 2 a publié sur Facebook une liste de 20 personnalités françaises de confession juive, les qualifiant de "génocidaires à boycotter en toute circonstance". Révélée dimanche 23 novembre par Le Progrès, cette publication vise les signataires d'une tribune parue dans Le Figaro appelant à conditionner la reconnaissance de l'État palestinien. L'affaire suscite une vague d'indignation nationale et relance le débat sur l'antisémitisme dans l'enseignement supérieur.

L'essentiel

  • Un professeur d'histoire médiévale de l'université Lyon 2 a publié le 20 septembre 2025 une liste de 20 personnalités juives françaises qualifiées de "génocidaires à boycotter"
  • La liste vise les signataires d'une tribune du Figaro du 19 septembre demandant à Emmanuel Macron de conditionner la reconnaissance de l'État palestinien
  • Yonathan Arfi, président du CRIF, dénonce une "assignation permanente" des Français juifs au conflit israélo-palestinien et une désignation "à la vindicte populaire"
  • L'université Lyon 2 s'est désolidarisée "complètement" dimanche 23 novembre et annonce des mesures contre l'enseignant, tandis que Laurent Wauquiez justifie l'arrêt des financements régionaux
  • La Licra propose un soutien juridique aux 20 personnalités diffamées pour "provocation à la discrimination", alors que le professeur dénonce une "offensive maccarthyste" et reçoit des menaces

La publication est passée inaperçue pendant deux mois avant d’exploser dans le débat public. Selon Actu Orange, un enseignant d’histoire médiévale de l’université Lyon 2 a dressé le 20 septembre 2025 sur son compte Facebook une liste de personnalités françaises juives, accompagnée de la mention « 20 génocidaires à boycotter en toutes circonstances ». Parmi les noms figurent Charlotte Gainsbourg, l’animateur Arthur, Michel Boujenah ou encore Yonathan Arfi, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF). Ces personnalités avaient signé une tribune dans Le Figaro le 19 septembre, trois jours avant qu’Emmanuel Macron ne reconnaisse officiellement l’État de Palestine à New York.

Une assignation permanente au conflit israélo-palestinien

L’affaire a éclaté au grand jour dimanche 23 novembre lorsque BFMTV a révélé l’existence de cette liste. Yonathan Arfi, lui-même visé, a réagi avec fermeté sur la chaîne d’information continue. « J’ai trouvé ça extrêmement choquant », a-t-il déclaré, dénonçant le fait « de désigner à la vindicte populaire vingt personnes, de qualifier de génocidaires des personnalités françaises ».

Le président du CRIF a replacé cette publication dans un contexte plus large d’assignation identitaire. Comme le rapporte BFMTV, il a expliqué que « ce poste est extrêmement représentatif de ce que nous vivons, c’est-à-dire une période d’assignation permanente au conflit entre Israël et le Hamas, comme si les Français juifs seraient comptables de ce qui se passe entre Israël et le Hamas ».

L’université Lyon 2 se désolidarise fermement

La direction de l’université Lyon 2 a réagi rapidement dans un communiqué publié dimanche 23 novembre. Selon Actu Orange, l’établissement s’est dit « très choqué » et a condamné « avec la plus grande fermeté le contenu de cette publication, qui ne représente aucunement notre université ni les valeurs qu’elle défend et transmet ». L’administration assure se « désolidariser complètement » de son enseignant et annonce prendre des « mesures » sans préciser lesquelles.

Cette affaire intervient dans un contexte tendu pour l’université lyonnaise. Laurent Wauquiez, député de Haute-Loire et ancien président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, a saisi l’occasion pour justifier rétrospectivement ses décisions politiques. « Proprement hallucinant : l’antisémitisme ordinaire d’extrême-gauche dans nos universités. Je sais pourquoi nous avons stoppé tous les financements régionaux à cette université », a-t-il affirmé sur les réseaux sociaux, selon Actu Orange.

Le professeur invoque une campagne de diffamation

Loin de présenter des excuses, l’enseignant concerné a multiplié les publications sur Facebook pour se défendre. D’après BFMTV, il dénonce « une calomnie » et affirme que la capture d’écran diffusée serait « tronquée ». Il souligne également une confusion entre « juifs » et « sionistes partisans du génocide en Palestine », qualifiant cette amalgame de « confusion typiquement antisémite ».

« Une offensive maccarthyste contre la liberté de la recherche et de l’enseignement », selon le message du professeur adressé au Progrès, rapporté par Actu Orange.

L’enseignant, auteur d’un article intitulé « Antisémitisme de gauche : la grande fake news », estime selon BFMTV que les dénonciations dont il fait l’objet constituent « une campagne suscitée en rétorsion à (son) article ». Il ajoute : « Signe encourageant que cet article, dont la fin est consacrée aux falsifications sionistes actuelles, a touché juste! » Le professeur affirme également recevoir des menaces depuis la médiatisation de l’affaire.

La Licra annonce un soutien juridique aux victimes

La Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) a rapidement réagi à cette affaire. Comme le rapporte BFMTV, l’organisation a dénoncé une « attitude ignominieuse » et s’est déclarée prête à « assister en justice » les 20 personnalités diffamées. Sur le réseau social X, la Licra a qualifié la publication de « provocation à la discrimination et à la violence ».

Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de tensions autour de la question israélo-palestinienne dans les universités françaises depuis l’escalade du conflit en octobre 2023. Elle soulève des questions cruciales sur les limites de la liberté d’expression académique, la définition de l’antisémitisme et la responsabilité des établissements d’enseignement supérieur face aux propos de leurs enseignants. Les suites judiciaires de cette affaire, avec les plaintes annoncées par la Licra, détermineront si la qualification juridique d’antisémitisme sera retenue par la justice française. L’université Lyon 2 devra également clarifier les mesures disciplinaires envisagées à l’encontre de son professeur d’histoire médiévale.

Sources

  • Actualités Orange (24 novembre 2025)
  • BFMTV (24 novembre 2025)
  • Le Progrès (23 novembre 2025)
  • Le Figaro (19 septembre 2025)
Nathalie Rousselin

Nathalie Rousselin

Reporter et journaliste d'investigation. Parcours en sciences sociales et journalisme de terrain. Expertise dans le traitement des faits de société et les enquêtes de fond. Expérience en presse quotidienne régionale. Rejoint INFO.FR pour couvrir l'actualité société et les faits divers.