Van der Poel gagne en Corrèze : 64 ans après Poulidor, la boucle est bouclée
Le Néerlandais s'impose à Ussel, sur les terres de son grand-père Raymond. Trois victoires d'étapes, mais jamais le maillot jaune que Pou-Pou a cherché toute sa vie.
Mathieu Van der Poel remporte la 9e étape du Tour à Ussel, en Corrèze. Exactement 64 ans après la première victoire d'étape de son grand-père Raymond Poulidor. Le symbole est violent.
- Mathieu Van der Poel remporte la 9e étape du Tour 2026 à Ussel, en Corrèze, 64 ans jour pour jour après la première victoire d'étape de son grand-père Raymond Poulidor
- C'est la troisième victoire d'étapes de Van der Poel sur le Tour, après 2021 et 2025, mais il ne court jamais le classement général jusqu'au bout
- Raymond Poulidor a couru 14 Tours entre 1962 et 1976, obtenu 8 podiums dont 3 deuxièmes places, mais n'a jamais porté le maillot jaune
- Mathieu a porté le maillot jaune 6 jours en 2021, accomplissant ce que son grand-père n'a jamais réussi
- La dynastie compte trois générations de coureurs Raymond (7 étapes), Adrie van der Poel (2 étapes, 1 jour en jaune en 1983), et Mathieu (3 étapes, 6 jours en jaune)
12 juillet 2026. Ussel, Corrèze. Ce jour-là, il y a soixante-quatre ans exactement - Raymond Poulidor décrochait sa première victoire d’étape sur le Tour. Mathieu Van der Poel franchit la ligne en tête. Troisième victoire d’étapes sur le Tour. Il pense à son grand-père. Il le dit après. Toujours.
Ussel, la terre des Poulidor: un symbole géographique puissant
Ussel n’est pas une arrivée comme les autres. C’est le cœur de la Corrèze - la région natale de Raymond Poulidor. Gagner ici, soixante-quatre ans après la première de Raymond, transforme une simple victoire d’étape en un acte de transmission. Le destin a voulu que Mathieu Van der Poel s’impose sur les routes où son grand-père a appris à pédaler. « C’est un clin d’œil de l’histoire », a-t-il commenté après l’arrivée. La géographie et le calendrier s’embrassent pour faire de ce succès un hommage posthume unique.
Raymond Poulidor a couru de 1960 à 1977. Quatorze Tours de France - entre 1962 et 1976. Sept victoires d’étapes. Huit podiums - un record. Trois fois deuxième - cinq fois troisième. Jamais le maillot jaune. Pas une seule journée. L’éternel second.
Mathieu, lui, l’a porté six jours en 2021. Son grand-père est mort en 2019 - à 83 ans. Trop tôt pour voir ça. « J’aurais aimé qu’il soit là pour que nous ayons une photo ensemble, lui dans son maillot jaune de sponsor et moi dans celui de leader, c’est tellement triste qu’il ne soit pas là » - avait lâché Mathieu après Mûr-de-Bretagne.
La dynastie complète: Poulidor, Van der Poel père, Van der Poel fils
Trois générations. Raymond Poulidor. Adrie van der Poel - son gendre, lui aussi ancien pro, vainqueur de deux étapes du Tour en 1987 et 1988. Il avait porté le maillot jaune une journée en 1983. Une journée de plus que son beau-père.
Et puis Mathieu, né en 1995. Le fils d’Adrie et de Corinne Poulidor - la fille de Raymond. Trois victoires d’étapes maintenant. La première en 2021 - la deuxième en 2025 - la troisième dimanche à Ussel.
Le Néerlandais a 31 ans. Multi-disciplinaire: cyclo-cross, VTT, route. Il excelle partout. Milan-San Remo, soixante-deux ans après son grand-père. L’histoire bégaie.
On se souvient de la dynastie Merckx: Eddy, puis son fils Axel, mais aucun des deux n’a connu un tel parallèle sur le Tour. Le cas Van der Poel-Poulidor, avec trois générations impliquées et un maillot jaune toujours convoité, reste unique dans l’histoire du cyclisme moderne.
Dimanche à Ussel: l’étape raccourcie, le sprint victorieux
L’étape devait faire 30 kilomètres de plus. Canicule. On coupe. Van der Poel part à l’avant. Il arrive au sprint face à ses compagnons d’échappée. Il gagne. En Corrèze - région natale de Poulidor.
Son père Adrie, qui avait fait le déplacement, n’a pu cacher son émotion. Raymond Poulidor aurait eu ce sourire qu’on lui connaissait. Celui qui disait: « Je suis fier, mais je l’ai jamais dit comme ça. »
Poulidor avait reconnu le talent de Mathieu et de son frère David très tôt. Il estimait qu’ils étaient plus doués que lui. Il avait raison. Mathieu porte le jaune. Raymond ne l’a jamais porté.
La stratégie des coups d’éclat: choisir ses batailles
Trois victoires d’étapes - six jours en jaune. Mais Van der Poel ne court pas le général. Il ne reste jamais jusqu’à Paris. Il vient pour gagner une étape, porter le maillot jaune quelques jours, puis il rentre. C’est une stratégie assumée de « coups d’éclat », à l’opposé de la quête quotidienne de son grand-père. Là où Poulidor s’acharnait sur le classement général, quatorze Tours durant, Mathieu mise sur l’exploit ponctuel, celui qui fait vibrer les foules et marque les esprits sans exiger la régularité de trois semaines en montagne.
C’est l’inverse de son grand-père. Poulidor courait le classement. Quatorze Tours - toujours au bout. Jamais vainqueur, mais toujours là. Van der Poel, lui, frappe fort et disparaît. Une autre manière d’honorer le maillot. Il choisit ses batailles, comme il l’a prouvé sur Milan-San Remo ou sur les étapes du Tour. Cette lucidité face aux monstres du général comme Pogačar ou Vingegaard fait sa force.
Le paradoxe Poulidor: plus célèbre que les vainqueurs
Raymond Poulidor n’a jamais gagné le Tour. Pourtant, tout le monde connaît son nom. Les vainqueurs des années 60 et 70? Moins. Poulidor incarne quelque chose de plus grand que la victoire: la constance, la sympathie, l’acharnement. Il a marqué l’histoire sans jamais porter le jaune. Son petit-fils, lui, gagne. Mais il ne gagne pas tout. Il gagne ce qu’il veut gagner. Milan-San Remo. Des étapes du Tour. Le maillot jaune quelques jours. Pas le général. Pourtant, tous deux resteront dans les mémoires. L’un par l’absence de victoire absolue, l’autre par la fulgurance de ses exploits. C’est cela, la célébrité sans la victoire suprême: une trace indélébile dans le cœur du public.
Raymond subissait Anquetil, puis Merckx. Mathieu choisit de ne pas affronter Pogačar ou Vingegaard sur trois semaines. Deux époques, deux stratégies. Même résultat: on se souvient d’eux.
L’hommage en maillot Mercier, 45 ans après
En 2021, l’équipe Alpecin-Fenix avait sorti le grand jeu. Maillot rétro, réplique de celui de l’équipe Mercier que portait Pou-Pou. Quarante-cinq ans après la dernière participation de Raymond. L’UCI avait donné son feu vert. Rare.
Une œuvre caritative, « MerciPoupou » - a été lancée pour perpétuer la mémoire. Les initiatives se multiplient. Mais le meilleur hommage reste celui-ci: gagner en Corrèze - soixante-quatre ans jour pour jour après la première de Raymond.
La boucle est bouclée. Non pas parce que Mathieu Van der Poel a accompli ce que son grand-père n’a jamais fait, gagner le Tour, mais parce qu’il a inscrit son nom dans le sillage de Raymond, sur les mêmes routes, soixante-quatre ans après la première victoire d’étape. La transmission est géographique, temporelle, familiale. Mathieu n’a pas besoin de remporter Paris pour que l’héritage soit complet: à Ussel, en Corrèze, la boucle s’est refermée.
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Prochain rendez-vous pour Van der Poel: probablement une classique du printemps 2027. Le Tour, peut-être. Ou peut-être pas. Il viendra s’il sent qu’il peut gagner une étape. Sinon, il restera chez lui. C’est sa manière à lui d’honorer le nom.