Vernis semi-permanent : comment repérer le TPO, le HEMA et les ingrédients interdits

Main avec une manucure semi-permanente
Photo d'illustration

Depuis le 1er septembre 2024, un règlement européen interdit l’utilisation du TPO (oxyde de triphénylphosphine) dans les produits cosmétiques vendus dans l’Union européenne, dont les vernis semi-permanents. Cette substance, largement utilisée comme photoinitiateur dans les gels durcissant sous lampe UV ou LED, a été classée reprotoxique de catégorie 1B, ce qui signifie qu’elle est suspectée de nuire à la reproduction humaine. Son retrait du marché a obligé des centaines de fabricants à reformuler leurs gammes en urgence.

Le secteur de la manucure semi-permanente est sous surveillance réglementaire depuis plusieurs années. La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a mené plusieurs campagnes de contrôle sur les produits cosmétiques pour ongles, relevant des non-conformités sur des flacons vendus en France. Ces contrôles ont mis en lumière la présence de substances interdites dans des références disponibles aussi bien en instituts qu’en ligne.

Identifier le TPO et les photoinitiateurs interdits

Le TPO (Diphenyl(2,4,6-trimethylbenzoyl)phosphine oxide) est le photoinitiateur le plus répandu dans les vernis semi-permanents. Il déclenche la polymérisation du gel sous l’effet de la lampe UV ou LED. Son interdiction au 1er septembre 2024 concerne la mise sur le marché de nouveaux produits, tandis que la vente des stocks existants a été tolérée jusqu’au 1er mars 2025. Pour vérifier sa présence, il faut lire la liste INCI sur le flacon : le TPO y apparaît sous la dénomination « Diphenyl(2,4,6-trimethylbenzoyl)phosphine oxide » ou « TPO ». D’autres photoinitiateurs restent sous surveillance, notamment le BAPO, classé lui aussi dans la catégorie des substances reprotoxiques.

Repérer le HEMA et les méthacrylates allergisants

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Le HEMA (2-hydroxyéthyl méthacrylate) est un monomère acrylique présent dans de nombreux vernis semi-permanents et gels UV. Il est classé allergisant avéré et peut provoquer des dermatites de contact sévères, parfois irréversibles, en cas d’exposition répétée. Le règlement européen sur les cosmétiques impose depuis 2022 des restrictions d’usage strictes : le HEMA est interdit dans les produits destinés aux consommateurs non professionnels lorsqu’il dépasse certains seuils de concentration. Pour les produits à usage professionnel, son utilisation reste encadrée mais possible, à condition que des avertissements clairs figurent sur l’emballage. Sur l’étiquette INCI, il apparaît comme « 2-Hydroxyethyl Methacrylate ».

Vérifier les solvants toxiques classiques

Trois solvants reviennent régulièrement dans les formules de vernis à ongles conventionnels et font l’objet d’une attention particulière des autorités sanitaires.

  • Le toluène, solvant organique, est interdit dans les cosmétiques en Europe depuis le règlement CE 1223/2009. Il est neurotoxique et reprotoxique.
  • Le formaldéhyde (ou ses libérateurs), utilisé comme durcissant, est classé cancérogène de catégorie 1B. Sa concentration maximale autorisée dans les produits pour ongles est de 0,1 %.
  • La résine de formaldéhyde tosylamide, liée aux réactions allergiques cutanées, a également été restreinte dans plusieurs formulations.

Ces trois substances constituent ce qu’on appelle la « liste noire » historique de la manucure. Leur présence sur un flacon vendu en France constitue une infraction au droit cosmétique européen.

Face à ces enjeux, certaines marques ont anticipé les interdictions en reformulant leurs produits avant les échéances légales. La marque Odass, par exemple, positionne ses vernis semi-permanents sur une approche vegan et biosourcée, en s’éloignant des composants controversés que les réglementations successives ont ciblés.

Contrôler les plastifiants et la composition du film

Les plastifiants donnent au vernis sa flexibilité une fois polymérisé. Le dibutyl phtalate (DBP), longtemps utilisé à cet effet, est interdit dans les cosmétiques européens depuis 2004 en raison de ses propriétés de perturbateur endocrinien et de sa toxicité pour la reproduction. Son successeur, le diéthylhexyl phtalate (DEHP), est également banni. Réduire son exposition à ce type de composés présents dans les cosmétiques a d’ailleurs un effet rapide et mesurable sur l’organisme, comme l’a montré une étude de l’INSERM. Les formulations modernes recourent à des alternatives biosourcées, comme le sorbitol ou des esters d’acide citrique dérivés de la canne à sucre, qui remplissent la même fonction sans les effets toxiques associés aux phtalates. Vérifier la liste INCI pour l’absence de tout composé se terminant en « -phtalate » reste la méthode la plus fiable pour le consommateur.

Le cadre réglementaire européen applicable

Le règlement (CE) n° 1223/2009 relatif aux produits cosmétiques constitue le texte de référence. Il est régulièrement mis à jour par des règlements délégués qui ajoutent, modifient ou suppriment des substances autorisées. La Commission européenne publie ces modifications au Journal officiel de l’UE ; les fabricants disposent ensuite d’un délai de mise en conformité, généralement de 12 à 18 mois pour la production, suivi d’un délai supplémentaire pour l’écoulement des stocks.

En France, la DGCCRF est l’autorité chargée des contrôles sur le marché. Elle peut ordonner le retrait de produits non conformes et sanctionner les distributeurs. Les consommateurs qui souhaitent signaler un produit suspect peuvent passer par la plateforme SignalConso. Les professionnels de la manucure, eux, sont soumis à des obligations supplémentaires : la réglementation distingue les produits à usage professionnel (où certaines substances restent tolérées sous conditions) des produits grand public, soumis à des seuils plus stricts.

Lire correctement une liste INCI sur un flacon

La liste INCI (International Nomenclature of Cosmetic Ingredients) figure obligatoirement sur tout produit cosmétique vendu en Europe. Les ingrédients y sont classés par ordre décroissant de concentration jusqu’à 1 %, puis dans n’importe quel ordre en dessous de ce seuil. Pour un vernis semi-permanent, les éléments à surveiller en priorité sont les photoinitiateurs (chercher « phosphine oxide », « BAPO », « TPO »), les monomères acryliques (chercher « methacrylate »), et les plastifiants (chercher « phthalate »). L’absence de ces termes ne garantit pas à elle seule la conformité du produit, mais leur présence constitue un signal d’alerte immédiat. Les applications mobiles de décodage INCI, comme Yuka ou INCI Beauty, permettent une vérification rapide en scannant le code-barres du flacon.

Margaux Bernard

Margaux Bernard

Margaux est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Rhône (69), avec Lyon pour chef-lieu. Spécialité du département : 2e métropole française et capitale gastronomique. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Auvergne-Rhône-Alpes.

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