Vierzon : la mairie RN annule la commémoration de l’abolition de l’esclavage
La nouvelle municipalité d'extrême droite supprime un événement organisé depuis dix ans, l'opposition tient une cérémonie alternative place Aimé-Césaire
À Vierzon (Cher), la municipalité dirigée par Yannick Le Roux (liste RN-Reconquête) a annulé la commémoration annuelle du 10 mai sur l'abolition de l'esclavage. L'événement, organisé depuis une dizaine d'années place Aimé-Césaire, ne sera pas remplacé par la ville. Le député PCF Nicolas Sansu organise une cérémonie alternative ce dimanche à 11h.
À Vierzon (Cher), la municipalité dirigée par Yannick Le Roux (liste RN-Reconquête) a annulé la commémoration annuelle du 10 mai sur l’abolition de l’esclavage. L’événement, organisé depuis une dizaine d’années place Aimé-Césaire, ne sera pas remplacé par la ville. Le député PCF Nicolas Sansu organise une cérémonie alternative ce dimanche à 11h.
L’essentiel
- Annulation : La commémoration du 10 mai 2026, organisée par la ville depuis environ dix ans sous forme de dépôt de gerbe place Aimé-Césaire, a été supprimée par la nouvelle municipalité.
- Raisons invoquées : La mairie cite une faible participation, un coût de 1 500 euros (bouquet et sono) et le fait que le 10 mai ne figure pas parmi les 12 dates commémoratives nationales obligatoires.
- Nouveau maire : Yannick Le Roux a été élu le 22 mars 2026 avec 47,87 % des voix, mettant fin à plus d’un siècle de gouvernance de gauche à Vierzon.
- Réponse de l’opposition : Nicolas Sansu (PCF), ancien maire et député du Cher, organise une cérémonie alternative ce 10 mai à 11h place Aimé-Césaire, avec lectures de textes par Christelle Césaire, petite-nièce d’Aimé Césaire.
- Ville : Vierzon compte 25 254 habitants selon l’INSEE (données 2022).
Une tradition locale de dix ans supprimée
Chaque 10 mai depuis une dizaine d’années, la ville de Vierzon organisait un dépôt de gerbe place Aimé-Césaire. La cérémonie, sobre, réunissait élus, représentants civils et militaires, et quelques associations autour d’un moment de recueillement et de discours. En 2025, selon un post Facebook de la ville de Vierzon, l’événement s’était encore tenu dans ce format habituel.
Cette année, rien. La nouvelle équipe municipale, installée depuis le 22 mars 2026, n’a pas inscrit la date à son agenda commémoratif. Selon France Bleu, la décision n’a pas fait l’objet d’un vote formel en conseil municipal : elle résulte d’un choix de la nouvelle direction.
Les arguments de la mairie
La municipalité avance trois justifications, rapportées par France Bleu et Le Parisien. D’abord, la faible participation : « Il y avait très peu de gens », selon les propos attribués à des représentants de la mairie. Ensuite, un coût jugé inutile : 1 500 euros pour un bouquet de fleurs et un micro. Enfin, un argument juridique : le 10 mai n’est pas l’une des 12 dates commémoratives nationales obligatoires pour les communes.
Ce dernier point est techniquement exact. La journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions a été instituée par décret en 2006 sous Jacques Chirac, en application de la loi Taubira de 2001 reconnaissant l’esclavage comme crime contre l’humanité. Elle est commémorée le 10 mai depuis 2007. Mais elle ne s’impose pas aux collectivités locales au même titre que le 8 mai ou le 11 novembre.
La mairie n’a pas communiqué publiquement de position détaillée au-delà de ces éléments au moment de la publication de cet article.
« Une faute » selon Nicolas Sansu
Nicolas Sansu, député PCF de la 2e circonscription du Cher et ancien maire de Vierzon de 2008 à 2022, ne retient pas l’argument budgétaire. Pour lui, cité par France Bleu, la décision révèle une volonté de « flatter les franges racistes » et constitue « une faute ».
Il a pris l’initiative d’une cérémonie de substitution, après consultation d’organisations de gauche et de syndicats. L’événement se tient ce dimanche 10 mai à 11h, place Aimé-Césaire. Christelle Césaire, petite-nièce du poète et homme politique martiniquais Aimé Césaire (1913-2008), y lit des textes. Selon Le Berry Républicain, la cérémonie rassemble associations et syndicats dans un esprit de rappel qu’« il n’y a pas de races ».
Sur les réseaux sociaux, Nicolas Sansu avait annoncé l’événement en ces termes :
Des associations antiracistes et des élus de l’opposition qualifient la décision de symbole d’une politique mémorielle à rebours, selon Ouest-France. Une mobilisation similaire s’était tenue à Marseille ce week-end, où 300 personnes ont défilé contre la montée de l’extrême droite.
Contexte dans le Cher
Vierzon, 25 254 habitants (INSEE 2022), était depuis plus d’un siècle un bastion communiste. La ville a connu des fermetures industrielles successives qui ont pesé sur son tissu économique. Yannick Le Roux, ancien policier avec trente ans de carrière, a axé sa campagne sur la sécurité et la relance économique, selon France 3. Il a remporté les municipales du 22 mars 2026 avec 47,87 % des voix à la tête d’une liste d’union RN-Reconquête.
La place Aimé-Césaire, où se tenait la cérémonie, jouxte la promenade Victor-Schœlcher, nommée en hommage à l’abolitionniste du XIXe siècle. Ce cadre géographique chargé de références antiesclavagistes rend la suppression de la cérémonie d’autant plus visible symboliquement.
Ce cas n’est pas isolé à l’échelle nationale. En avril 2026, le maire RN de Liévin avait supprimé la cérémonie du 1er mai en hommage aux mineurs, estimant qu’elle relevait d’une politisation syndicale, selon France Inter. En 2016, la polémique autour de l’annulation d’un concert de Black M lors d’une commémoration à Verdun avait déjà impliqué des acteurs de l’extrême droite. Les tensions mémorielles se multiplient dans le calendrier commémoratif de ce printemps 2026.
Un précédent qui s’inscrit dans un débat plus large
La journée du 10 mai reste une date d’État portée par la présidence de la République et les préfectures. À Bourges, chef-lieu du Cher, une cérémonie est maintenue sous l’égide des services de l’État. À Vierzon, c’est désormais l’opposition parlementaire qui assure la continuité de l’événement.
La décision de la mairie pourrait être soumise à débat lors d’un prochain conseil municipal, plusieurs élus d’opposition ayant annoncé vouloir interpeller la majorité sur ce point. Aucune date n’a été fixée à ce stade. Ce type de polémique mémorielle rejoint d’autres sujets civiques agitant les communes ce printemps, comme la mobilisation de 1 200 personnes à Agen contre l’homophobie lors de la Marche des Fiertés, ou l’hommage rendu à Ajaccio à Danielle Casanova pour le 83e anniversaire de sa mort à Auschwitz.
La cérémonie organisée par Nicolas Sansu se tient ce matin. La municipalité n’a pas indiqué si elle entendait rétablir l’événement en 2027.
Sources
- France Bleu : Vierzon : la nouvelle municipalité d'extrême droite annule la commémoration de l'abolition de l'esclavage du 10 mai
- Ouest-France : À Vierzon, l'annulation de la commémoration de l'abolition de l'esclavage par la municipalité génère une vive polémique
- Le Parisien : « Il y avait très peu de gens » : à Vierzon, la mairie d'extrême droite annule la commémoration de l'abolition de l'esclavage
- Le Berry Républicain : Une cérémonie en mémoire de la traite, de l'esclavage et de leur abolition organisée à Vierzon par le député Nicolas Sansu