Vols de bijoux à la morgue du CHU de Martinique : un agent condamné à 20 mois
Un agent du service mortuaire a reconnu les faits et écopé de 20 mois de prison via plaider-coupable, s'inscrivant dans une enquête plus large ouverte début mai 2026.
Un agent de la morgue du CHU de Martinique a été condamné fin mai 2026 à 20 mois de prison pour vols de bijoux sur des cadavres. Placé en garde à vue vendredi au commissariat de Fort-de-France, il a reconnu les faits et est ressorti libre. L'affaire s'inscrit dans un contexte d'enquêtes multiples visant le service mortuaire du CHUM.
L’essentiel
- Condamnation : 20 mois de prison (10 mois avec sursis + 10 mois aménageables) via plaider-coupable, après reconnaissance des faits.
- Garde à vue : l’agent a été interpellé vendredi 30 mai 2026 au commissariat de Fort-de-France ; il est ressorti libre après l’audience.
- Enquête judiciaire : ouverte début mai 2026 par la DTPN après plusieurs plaintes portant sur vols de bijoux, vols de scellés et disparition d’ossements à la morgue du CHUM (site Pierre Zobda-Quitman).
- Enquête administrative : parallèlement, plusieurs agents du service ont été placés en mobilité dans d’autres services du CHU.
- Contexte : le nombre d’autopsies réalisées à la morgue a triplé entre 2023 et 2025, passant d’une cinquantaine à 150 par an.
Garde à vue vendredi, condamnation dans la foulée
L’agent, dont l’identité n’a pas été rendue publique, travaillait à la morgue du CHU de Martinique, sur le site Pierre Zobda-Quitman à Fort-de-France. Il a été placé en garde à vue vendredi 30 mai 2026 au commissariat de Fort-de-France, selon RCI Martinique et Radio Fusion Martinique, deux médias qui ont confirmé les faits de manière indépendante.
Présenté rapidement devant le tribunal, il a reconnu les vols de bijoux commis sur des corps de défunts. La procédure de plaider-coupable a abouti à une peine de 20 mois de prison : 10 mois avec sursis et 10 mois aménageables. L’agent est ressorti libre du palais de justice.
Une enquête judiciaire aux ramifications plus larges
La condamnation de cet agent n’est qu’un volet d’une affaire plus vaste. La Direction Territoriale de la Police Nationale (DTPN) a ouvert une enquête judiciaire début mai 2026, après plusieurs plaintes déposées par des médecins et des officiers de police judiciaire (OPJ), selon RCI Martinique et Franceinfo La1ère.
Les investigations portent sur plusieurs faits distincts : des vols de bijoux sur des cadavres, des vols de scellés, et la disparition d’ossements à la morgue. Un médecin légiste a notamment déposé plainte fin avril ou début mai 2026 après avoir constaté la disparition de pièces à conviction. L’enquête est suivie par le parquet de Fort-de-France.
Ces faits, comme d’autres affaires de vols sur personnes vulnérables jugées en France ces dernières semaines, illustrent la diversité des profils condamnés pour abus de confiance dans des contextes institutionnels.
Plusieurs agents mutés, enquête administrative en cours
En parallèle de l’enquête judiciaire, le CHU de Martinique a engagé une enquête administrative interne. Plusieurs agents du service mortuaire ont été placés en mobilité dans d’autres services de l’établissement, dans l’attente des conclusions, selon Antilla Martinique.
Ces déplacements ont provoqué des tensions syndicales. Le 11 mai 2026, la CGTM Santé a bloqué l’accès à la morgue pour dénoncer ce qu’elle qualifiait de sanctions déguisées. Trois agents étaient concernés selon les sources syndicales. La direction du CHU a contesté ces accusations. Le mouvement a été suspendu peu après.
Jérôme Le Brière, directeur général du CHU de Martinique depuis mars 2022, a confirmé l’ouverture des enquêtes et annoncé un plan d’amélioration du service mortuaire, portant sur la formation des agents, les procédures internes et les investissements dans le service.
Contexte dans la Martinique : un service mortuaire sous pression
La morgue du CHUM, seule structure de ce type sur l’île pour les actes médico-légaux, accumule les contraintes depuis plusieurs années. Le nombre d’autopsies réalisées a triplé entre 2023 et 2025, passant d’une cinquantaine à environ 150 par an, en lien direct avec l’augmentation des décès par violences en Martinique, selon RCI Martinique et Franceinfo La1ère.
Le service a également connu une longue période sans médecin légiste permanent, une situation résolue depuis 2021. Une réorganisation du service funéraire avait été annoncée par la direction en mars 2026, quelques semaines avant l’éclatement de l’affaire.
La Martinique (972) compte environ 350 000 habitants. Le CHUM est le seul centre hospitalier universitaire de l’île et constitue la référence en matière de médecine légale pour l’ensemble du territoire. Les dysfonctionnements d’un service aussi sensible - qui gère des corps dans le cadre d’enquêtes judiciaires actives - ont une résonance particulière dans une île où la violence et les homicides font régulièrement l’objet de procédures pénales en cours.
Dans ce contexte, les enquêtes pour meurtre ou mort violente qui génèrent des expertises médico-légales dépendent directement du bon fonctionnement de ce service. La disparition d’ossements dans ce cadre constitue une atteinte à l’intégrité des procédures judiciaires elles-mêmes.
Historique : dysfonctionnements signalés avant les faits
L’affaire ne surgit pas sans antécédents. Franceinfo La1ère rapportait dès le début mai 2026 que des dysfonctionnements avaient été constatés à la morgue avant l’ouverture de l’enquête judiciaire. La direction du CHU elle-même a reconnu ces problèmes, selon les déclarations relayées par RCI Martinique. La réorganisation annoncée en mars 2026 témoigne d’une prise de conscience institutionnelle antérieure aux plaintes.
La question des effectifs et des conditions de travail dans les services funéraires hospitaliers est documentée à l’échelle nationale. En Martinique, la combinaison d’une charge de travail en forte hausse, d’une période sans légiste et d’un contrôle interne insuffisant a constitué un terrain propice aux dérives.
Suite de la procédure
La condamnation de cet agent via plaider-coupable clôt un premier volet judiciaire. Mais l’enquête de la DTPN sur les vols de scellés et la disparition d’ossements reste ouverte, sous la supervision du parquet de Fort-de-France. L’enquête administrative interne du CHU n’a pas non plus rendu ses conclusions. La procédure pénale concernant les faits plus graves - disparition d’ossements, atteinte à des pièces à conviction - pourrait déboucher sur d’autres mises en cause.
La direction du CHU n’a pas précisé de calendrier pour la publication des résultats de l’enquête administrative ni pour les éventuelles suites disciplinaires visant les agents mutés.
Sources
- RCI Martinique : Enquête : un agent de la morgue du CHU de Martinique condamné pour vols de bijoux
- Radio Fusion Martinique : Nouvelle affaire sensible au CHU de Martinique – vols de bijoux sur des corps de défunts
- Franceinfo La1ère Martinique : Une enquête judiciaire est ouverte après la disparition d'ossements au CHU de Martinique
- Antilla Martinique : Morgue du CHUM : une enquête administrative a été engagée