Vuelta 2026 : Guillén mise tout sur Pogačar malgré les craintes
Le directeur de la course espagnole multiplie les signaux pour convaincre le quintuple vainqueur du Tour
Javier Guillén ne lâche rien. Le directeur de la Vuelta affiche un optimisme assumé sur la venue de Tadej Pogačar en août. Le Slovène hésite encore.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
-
2019
Première Vuelta
Pogačar termine troisième avec trois victoires d'étape lors de son premier Grand Tour
-
26 juil. 2026
Cinquième Tour
Pogačar remporte son cinquième Tour de France et annonce deux semaines de réflexion pour la Vuelta
-
22 août 2026
Grand Départ Monaco
La Vuelta s'élance de Monaco, ville de résidence de Pogačar, argument-clé de l'organisation
-
13 sept. 2026
Arrivée Grenade
Fin prévue de la Vuelta, deux semaines avant les Championnats du monde au Canada
Javier Guillén parle beaucoup ces derniers jours. Le directeur de la Vuelta multiplie les interviews dans la presse espagnole. Le message est toujours le même: Tadej Pogačar doit venir. « 2026 est, selon moi, l’année idéale pour voir Tadej Pogačar s’aligner sur notre course », lâche-t-il à la presse. Il insiste. Il sait que le temps presse.
La course s’élance de Monaco le 22 août. Pogačar habite à Monaco. L’argument géographique, Guillén le martèle. Pas de voyage, pas de décalage, pas d’excuse logistique. Le prince Albert II aurait même glissé à l’organisation que le coureur lui avait parlé de son envie d’être au départ. Un lobby royal discret mais efficace.
Le problème, c’est que Pogačar n’a pas dit oui. À l’arrivée du Tour de France - le 26 juillet, il a déclaré qu’il se laissait deux semaines pour décider. Deux semaines, ça tombe début août. On y est presque. Mauro Gianetti - le manager de l’équipe UAE Team Emirates - avait déjà prévenu mi-juillet: décision après le Tour. Elle tarde.
Le poids de Monaco
L’organisation a joué la carte monégasque avec soin. Le prince Albert II serait entré dans la partie. Selon l’entourage de la course, le souverain aurait évoqué avec Guillén le fait que Pogačar lui-même lui avait confié son intérêt pour un départ à domicile. Une confidence informelle, mais qui engage.
Ce départ de Monaco crée une pression publique délicate. Refuser reviendrait à snober la principauté qui met en scène l’événement. Pogačar se retrouve pris entre logique sportive et diplomatie médiatique. L’organisation le sait et en joue. Un départ chez soi, c’est un argument vendeur, mais c’est aussi un piège doré.
Une campagne médiatique méthodique
Depuis la fin du Tour de France - Guillén ne cesse de répéter la même formule: « 2026 est, selon nous, la meilleure année pour voir Tadej au départ ». La phrase revient dans chaque interview, presque mot pour mot. Ce n’est pas un hasard. C’est une stratégie de communication assumée.
En martelant que le moment est « idéal », le directeur de la Vuelta construit une attente publique. Plus il le dit, plus le refus devient coûteux médiatiquement pour Pogačar. Guillén ne fait pas que souhaiter la venue du Slovène: il la fabrique, interview après interview, en installant l’idée qu’elle est inévitable. Une pression douce mais constante.
Le risque physique escamoté
Guillén affirme que 2026 est « le meilleur moment », mais il passe sous silence la charge physique accumulée par Pogačar. Pogačar a remporté plusieurs victoires majeures cette saison avant même d’arriver au Tour. Ajouter trois semaines de course du 22 août au 13 septembre - c’est demander à un corps déjà sollicité de tenir jusqu’aux Championnats du monde fin septembre au Canada.
Le délai est serré. Pogačar s’est laissé deux semaines de réflexion après son cinquième Tour de France. Deux semaines pour récupérer, décider, et potentiellement repartir. C’est court. Trop court, sans doute, pour absorber la fatigue d’une saison déjà dense. Guillén minimise ce risque. Il préfère parler de Monaco comme point de départ idéal. L’argument tient sur le papier, mais évacue la réalité physiologique.
Domination annoncée, contradiction assumée
Guillén balaie les craintes d’une course jouée d’avance. « Avoir le meilleur coureur du monde au départ est toujours un honneur. La Vuelta a prouvé par le passé qu’elle sait offrir des scénarios imprévisibles, et la présence d’un tel champion ne fait que rehausser la valeur du maillot rouge », affirme-t-il.
Mais cette assurance sonne creux. Aucun adversaire potentiel n’est cité. Aucun nom, aucun profil, aucun contre-récit. Aucune source consultée ne mentionne de rivaux précis qui seraient prêts à défier Pogačar en cas de participation. La course ressemble déjà à un one-man show avant même d’avoir commencé.
Le directeur de la course affirme que « la domination est une notion relative » et qu’accueillir un coureur de cette envergure permet d’« élever le niveau de la compétition et forcer ses adversaires à se surpasser ». Mais qui sont ces adversaires? Guillén ne le dit pas. Il préfère miser sur l’aura de Pogačar plutôt que sur un duel sportif crédible. L’optimisme affiché masque mal la crainte d’un scénario prévisible.
L’enjeu historique
Le coureur slovène n’a couru la Vuelta qu’une fois. C’était en 2019 - son premier Grand Tour. Il avait fini troisième avec trois victoires d’étape. Depuis, il a raflé cinq Tours de France et un Giro d’Italia. La Vuelta reste le seul trou dans son palmarès de Grands Tours. S’il la gagne, il devient le neuvième coureur de l’histoire à compléter le triplé.
Cet enjeu historique, Guillén l’agite comme un étendard. Mais il oublie de préciser que compléter le triplé ne justifie pas à lui seul de prendre un risque physique majeur à trois semaines des Championnats du monde. Le palmarès est une chose, la gestion de carrière en est une autre.
Le silence d’UAE Team Emirates
Du côté d’UAE Team Emirates, le silence domine. Gianetti avait dit mi-juillet qu’ils décideraient après le Tour. On est début août. Rien. Ce mutisme en dit long. L’équipe pèse les risques: une blessure, un abandon, une contre-performance à la Vuelta saboterait la saison de Pogačar et sa préparation pour les Mondiaux. Guillén pousse. L’équipe freine.
Pogačar lui-même ne s’est pas exprimé publiquement depuis la fin du Tour. Sa seule déclaration date du 26 juillet: il se laissait deux semaines. Ces deux semaines touchent à leur fin. Le délai expire cette semaine. Soit il confirme, soit il décline. L’organisation de la Vuelta retient son souffle.
► Lire aussi: Tour de France 2026: Pogačar remporte son cinquième titre historique
Un pari risqué pour tout le monde
Si Pogačar vient et qu’il gagne, Guillén aura son champion et son récit historique. Si Pogačar vient et qu’il craque, la Vuelta aura terni l’image du coureur le plus dominateur de sa génération. Si Pogačar ne vient pas, la course perdra son angle médiatique principal à quelques semaines du départ.
La décision devrait tomber d’ici quelques jours. Pogačar dira oui ou non. Guillén attend. Le prince de Monaco aussi. Et toute la presse cycliste avec eux.
Sources
Voir le détail de chaque fait sourcé (12)
« A victory at the Vuelta for Pogačar would see the Slovenian complete the Grand Tour set, becoming only the ninth male rider to do so »
domestiquecycling.com ↗ ↩
« La Vuelta est le seul Grand Tour manquant au palmarès du Slovène, qui a déjà remporté le Tour de France et le Giro d'Italia. »
cyclingnews.com ↗ ↩
« La Vuelta est le seul Grand Tour manquant au palmarès du Slovène, qui a déjà remporté le Tour de France et le Giro d'Italia. »
cyclingnews.com ↗ ↩
« Cet aspect émotionnel et logistique (suppression des contraintes de voyage) est perçu comme un argument de poids par l'organisation, qui a d'ailleurs évoqué des échanges encourageants avec le Prince Albert II de Monaco. »
youtube.com ↗ ↩
« L'édition 2026 s'élance de Monaco, lieu de résidence du coureur, ce qui supprime les contraintes de voyage et ajoute une dimension émotionnelle forte. »
mundodeportivo.com ↗ ↩
« With 23 days to go until the start of the Vuelta a España in Monaco »
cyclingnews.com ↗ ↩
« The Vuelta kicks off on August 22 in Monaco. Concluding on September 13 with a unique finish in Granada »
domestiquecycling.com ↗ ↩
« Alors que Tadej Pogačar vient de décrocher son fifth Tour de France, la possibilité de le voir au départ de la Vuelta 2026 (22 août, 13 septembre) est au cœur de l'actualité cycliste. »
cyclingnews.com ↗ ↩
« Bien qu'il ait ouvert la porte en déclarant qu'il ne dirait pas « non » si la course commençait demain et qu'il se laissait deux semaines pour décider, il garde à l'esprit la préparation des Championnats du monde au Canada (fin septembre). »
idlprocycling.com ↗ ↩
« Javier Guillén (Directeur de la Vuelta): L'architecte de cette ambition, qui cherche à attirer les plus grandes stars mondiales pour garantir le rayonnement international de l'épreuve espagnole. »
heraldo.es ↗ ↩
« « 2026 est, selon moi, l'année idéale pour voir Tadej Pogačar s'aligner sur notre course, » a déclaré Guillén lors d'une récente intervention. »
sport.quotidiano.net ↗ ↩
« « 2026 est, selon nous, la meilleure année pour voir Tadej au départ », a laissé entendre la direction de la course. »
cyclinguptodate.com ↗ ↩
