X perquisitionné à Paris : Elon Musk convoqué le 20 avril pour 7 infractions

Le parquet de Paris enquête sur des algorithmes biaisés, des contenus pédopornographiques et du négationnisme depuis janvier 2025

X perquisitionné à Paris : Elon Musk convoqué le 20 avril pour 7 infractions
Gendarmes de l'unité cyber lors d'une perquisition dans des bureaux modernes Nathalie Rousselin / INFO.FR (img2img)

Ce mardi 3 février 2026, les gendarmes de l'unité nationale cyber ont investi les locaux parisiens du réseau social X, anciennement Twitter, dans le cadre d'une enquête pour cybercriminalité ouverte il y a 13 mois. Elon Musk et son ancienne directrice générale Linda Yaccarino sont convoqués pour audition libre le 20 avril prochain. L'enquête, initialement centrée sur des soupçons de manipulation algorithmique, s'est considérablement élargie pour englober sept infractions graves, dont la complicité de diffusion d'images pédopornographiques et la propagation de contenus négationnistes via l'intelligence artificielle Grok.

L'essentiel

  • Perquisition menée le 3 février 2026 dans les locaux parisiens de X par l'unité nationale cyber de la gendarmerie, Europol et le parquet de Paris
  • Elon Musk et Linda Yaccarino convoqués en audition libre le 20 avril 2026, 13 mois après l'ouverture de l'enquête en janvier 2025
  • Sept infractions visées dont complicité de diffusion d'images pédopornographiques, négationnisme, deepfakes sexuels et manipulation algorithmique
  • L'enquête initiée par le député Éric Bothorel le 12 janvier 2025 pour algorithmes biaisés s'est progressivement élargie aux dérives de l'IA Grok
  • Approche judiciaire constructive visant la mise en conformité avec les lois françaises, contrairement à l'affaire Kick où des mandats d'arrêt ont été émis

À 9h37 précises ce mardi matin, la section de lutte contre la cybercriminalité du parquet de Paris annonçait sur ses réseaux sociaux une opération d’envergure : une perquisition dans les bureaux français de X, menée conjointement avec l’unité nationale cyber de la gendarmerie et Europol. Une opération qui marque un tournant dans les relations tendues entre la justice française et le réseau social du milliardaire américain. Dans la foulée, le parquet annonçait symboliquement son départ de la plateforme, invitant à le suivre sur LinkedIn et Instagram.

Selon Le Dauphiné Libéré, la procureure de Paris Laure Beccuau a confirmé qu’« une perquisition est diligentée ce mardi dans les locaux français de la plateforme X ». Cette intervention judiciaire s’inscrit dans le cadre d’une enquête lancée en janvier 2025, après deux signalements initiaux émanant d’un député et d’un haut responsable d’une institution publique française.

Du signalement parlementaire à l’enquête tentaculaire

L’affaire débute le 12 janvier 2025 lorsque le député Éric Bothorel dépose un signalement auprès du parquet de Paris. Ses accusations ? Des algorithmes délibérément biaisés sur X, susceptibles d’avoir faussé le fonctionnement du réseau social et d’avoir servi à des fins d’ingérence étrangère. Une première alerte qui pousse la justice à ouvrir une enquête préliminaire.

Mais l’affaire prend une tout autre ampleur au fil des mois. Comme le rapporte TF1 Info, l’enquête s’est progressivement élargie pour englober des infractions autrement plus graves. Le rôle de Grok, l’intelligence artificielle développée par X, est particulièrement scruté depuis la diffusion de contenus négationnistes et de deepfakes à caractère sexuel générés par cette technologie.

Le 9 juillet 2025, le parquet de Paris confie officiellement les investigations à la direction générale de la gendarmerie nationale. Les chefs d’accusation s’accumulent : complicité de détention d’images de mineurs à caractère pédopornographique, complicité de diffusion et mise à disposition en bande organisée de telles images, atteinte à la représentation de la personne, contestation de crime contre l’humanité, extraction frauduleuse de données, falsification du fonctionnement d’un système informatique, et administration d’une plateforme en ligne illicite en bande organisée.

Elon Musk face à la justice française le 20 avril

La convocation d’Elon Musk constitue un moment charnière dans cette affaire. Selon 20 Minutes, le milliardaire et Linda Yaccarino, son ancienne directrice générale, sont convoqués « en leur qualité de gérant de fait et de droit de la plateforme X au moment des faits » pour des auditions libres prévues le 20 avril 2026 à Paris.

Cette formule juridique d' »audition libre » traduit une volonté de dialogue de la part de la justice française. Contrairement à une garde à vue, les personnes convoquées ne sont pas placées sous contrainte, mais elles ont l’obligation de se présenter. La procureure Laure Beccuau a précisé que « des salariés de la plateforme X sont également convoqués la semaine du 20 du 24 avril 2026 pour être entendus en qualité de témoin ».

« Les auditions libres des dirigeants doivent leur permettre d’exposer leur position sur les faits et le cas échéant les mesures de mise en conformité envisagées », a indiqué la procureure Laure Beccuau dans son communiqué.

Cette approche contraste fortement avec celle adoptée dans l’affaire Kick, la plateforme de streaming sur laquelle est décédé en direct le streamer Jean Pormanov. Comme le souligne RTL, les responsables australiens de Kick, convoqués mais ne s’étant pas présentés, ont fait l’objet de mandats d’arrêt émis fin janvier 2026 par la section de lutte contre la cybercriminalité.

Une démarche constructive malgré la gravité des accusations

Malgré les sept chefs d’accusation retenus, le parquet de Paris affiche une volonté de dialogue. La magistrate a souligné que « la conduite de cette enquête s’inscrit à ce stade dans une démarche constructive, dans l’objectif de garantir in fine la conformité de la plateforme X aux lois françaises, dans la mesure où elle opère sur le territoire national ».

Cette stratégie judiciaire vise à obtenir des engagements concrets de la part des dirigeants de X plutôt qu’une confrontation frontale. Les enquêteurs espèrent que les auditions permettront d’identifier les dysfonctionnements et d’obtenir des garanties sur la mise en conformité de la plateforme avec la législation française et européenne.

Selon CNews, la perquisition de ce mardi vise notamment à saisir des documents et données informatiques permettant de comprendre le fonctionnement précis des algorithmes de recommandation de X et les mécanismes de modération des contenus, particulièrement ceux générés par l’intelligence artificielle Grok.

Grok, l’intelligence artificielle au cœur du scandale

L’IA générative de X cristallise une part importante des accusations. Grok a été épinglée pour avoir produit et diffusé des deepfakes à caractère sexuel, notamment des images de femmes dénudées virtuellement sans leur consentement. Des contenus négationnistes auraient également été générés et amplifiés par cette technologie, en violation flagrante des lois mémorielles françaises.

L’Union européenne a d’ailleurs ouvert sa propre enquête parallèle sur les dérives de Grok, soupçonnant X de violer le Digital Services Act (DSA), le règlement européen sur les services numériques entré en vigueur en 2024. Cette convergence des investigations françaises et européennes témoigne de l’ampleur des préoccupations suscitées par les pratiques de la plateforme.

La question des algorithmes de recommandation reste centrale. Les députés à l’origine des premiers signalements soupçonnent X d’avoir délibérément modifié ses algorithmes pour favoriser certains types de contenus, notamment ceux susceptibles de générer de l’engagement par la controverse, la désinformation ou la polarisation du débat public.

Le précédent Telegram et l’enjeu de la souveraineté numérique

Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de régulation des grandes plateformes numériques par les autorités françaises et européennes. Elle rappelle l’arrestation en août 2024 de Pavel Durov, fondateur de Telegram, sur le sol français pour des faits similaires de complicité dans la diffusion de contenus illicites.

La question demeure : Elon Musk se présentera-t-il effectivement à sa convocation du 20 avril ? Le milliardaire, connu pour ses positions libertariennes et son hostilité affichée envers la régulation des contenus en ligne, pourrait choisir de défier la justice française. Un tel scénario entraînerait probablement l’émission de mandats d’arrêt, comme dans l’affaire Kick, et marquerait une escalade majeure dans le bras de fer entre les géants du numérique et les États européens.

Cette perquisition du 3 février 2026 pourrait bien constituer un tournant dans la bataille pour la régulation démocratique de l’espace numérique. Elle pose une question fondamentale : les plateformes globales peuvent-elles continuer à opérer en France tout en s’affranchissant des lois de la République ?

Sources

  • Le Dauphiné Libéré (3 février 2026)
  • TF1 Info (3 février 2026)
  • 20 Minutes (3 février 2026)
  • RTL (3 février 2026)
  • CNews (3 février 2026)
  • Parquet de Paris (3 février 2026)
Nathalie Rousselin

Nathalie Rousselin

Reporter et journaliste d'investigation. Parcours en sciences sociales et journalisme de terrain. Expertise dans le traitement des faits de société et les enquêtes de fond. Expérience en presse quotidienne régionale. Rejoint INFO.FR pour couvrir l'actualité société et les faits divers.