Zévaco : les apiculteurs tirent la sonnette d’alarme sur la mortalité des abeilles

Pesticides, canicules et parasites fragilisent les ruches corses. La production de miel a été divisée par trois en dix ans.

Zévaco : les apiculteurs tirent la sonnette d'alarme sur la mortalité des abeilles
Illustration Lisandru Marchetti / info.fr

En Corse-du-Sud, les apiculteurs de Zévaco font face à une mortalité croissante de leurs colonies. Changement climatique, pesticides et parasites cumulent leurs effets. Un constat partagé à l'échelle de l'île et au-delà.

Les ruches souffrent dans les vallées d’altitude de Corse-du-Sud. À Zévaco, comme dans le reste de l’île, les apiculteurs constatent une dégradation continue de l’état de leurs colonies. La cause est multiple : sécheresses répétées, hivers de plus en plus doux qui favorisent les parasites, et exposition aux produits phytosanitaires.

Une production effondrée en dix ans

Selon Reporterre, la production de miel corse a été divisée par trois en dix ans. Les apiculteurs sont contraints de multiplier le nombre de ruches et de nourrir artificiellement leurs colonies pour compenser les pertes. Les écosystèmes insulaires, d’ordinaire préservés, se fragilisent sous l’effet du réchauffement climatique, comme le documente également le site ICI dans ses reportages sur le terrain corse.

La mortalité hivernale n’est plus une anomalie. Selon l’enquête nationale 2024-2025 de la Plateforme ESA, le taux de mortalité hivernale des colonies en France atteint 21,88%. Il était inférieur à 5% il y a vingt ans, rappelle la RTBF dans son bilan sur les néonicotinoïdes. Le varroa, le frelon asiatique et les colonies déjà affaiblies figurent parmi les facteurs principaux identifiés.

Pesticides et canicules, double peine

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L’été 2025 a aggravé la situation dans les régions méditerranéennes. Selon France 3 Régions, des températures atteignant 42°C ont provoqué la fusion des cires et des morts thermiques dans les ruches de Provence-Alpes-Côte d’Azur, une dynamique qui touche également la Corse. L’ANSES a par ailleurs alerté en novembre 2025 sur les risques liés aux cires d’abeilles contaminées par des pesticides et acaricides, contribuant à un déclin multifactoriel des colonies depuis les années 2000.

Du côté des pesticides, une décision judiciaire notable est intervenue en 2025 : la Cour administrative d’appel de Marseille a annulé l’autorisation de deux insecticides contenant du sulfoxaflor (Closer et Transform), suite à un recours de l’UNAF et d’associations de protection de la nature, selon la LPO. Une victoire partielle, alors que 70% des espèces d’abeilles sauvages dans le monde sont menacées par les pesticides, selon une étude relayée par Geo.fr.

Des outils de surveillance en place

En Corse, l’Observatoire des Mortalités et des Affaiblissements de l’Abeille (OMAA) a été déployé en 2023, selon le ministère de l’Agriculture. Plus de 4 000 déclarations de mortalité ont été enregistrées dans les régions pilotes depuis 2017. Le Plan National d’Action pour les insectes pollinisateurs 2021-2026, porté par le ministère de la Transition écologique, vise à ramener la mortalité annuelle en dessous de 20 à 30%, en soutenant la sélection apicole et en limitant l’exposition aux intrants chimiques.

Les apiculteurs de Zévaco sont attendus pour participer à l’enquête nationale de mortalité 2025-2026. Les résultats, compilés à l’échelle régionale, devraient permettre d’affiner le diagnostic local.

Sources

Lisandru Marchetti

Lisandru Marchetti

Correspondant à Ajaccio, suit la politique insulaire, les tensions nationalistes, le tourisme estival et les chantiers routiers. Diplômé de l'IUT info-com de Corte, il a grandi dans le Sartenais et connaît les clans locaux. Principe : ne jamais céder aux pressions, vérifier les marchés publics, interroger élus et militants, croiser les sources avant de conclure.

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