4 monarchies du Golfe réexaminent leurs accords financiers avec Washington
L'Arabie saoudite, les Émirats, le Qatar et le Koweït invoquent des clauses de force majeure dans leurs contrats américains
Au dixième jour de la guerre en Iran, quatre États du Golfe ont déclenché un processus sans précédent de révision de leurs engagements financiers envers les États-Unis. Selon le Financial Times, l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar et le Koweït examinent simultanément la possibilité de se retirer de certains contrats d'investissement. Cette décision historique intervient alors que ces pays subissent depuis le 28 février les conséquences directes du conflit déclenché par Washington et Tel-Aviv contre Téhéran.
- L'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar et le Koweït examinent simultanément le retrait de certains contrats d'investissement avec les États-Unis, selon le Financial Times du 6 mars 2026
- Les quatre monarchies invoquent des clauses de force majeure dans leurs contrats en vigueur en raison des répercussions économiques du conflit en Iran débuté le 28 février 2026
- 32 civils ont été blessés à Bahreïn lors d'attaques de drones iraniennes dans la nuit du 8 au 9 mars, dont un nourrisson de deux mois et une adolescente de 17 ans grièvement atteinte
- Le Corps des gardiens de la révolution islamique affirme avoir frappé plus de 500 sites américains et israéliens avec 700 drones et des centaines de missiles depuis le début du conflit
- Les budgets du Golfe subissent une triple pression : baisse des revenus énergétiques, effondrement du tourisme et de l'aviation, et augmentation massive des dépenses de défense
Lundi 9 mars 2026, 15h08. Alors que les missiles iraniens continuent de frapper les installations pétrolières du Golfe, quatre monarchies prennent une décision qui pourrait redéfinir l’architecture financière mondiale. Selon ISM-France citant le Financial Times, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar et le Koweït ont entamé un examen conjoint de leurs accords financiers avec les États-Unis. Une coordination sans précédent entre ces puissances pétrolières, qui détiennent collectivement des centaines de milliards de dollars d’actifs américains.
Des budgets du Golfe sous pression extrême
La décision trouve sa source dans les attaques iraniennes massives qui frappent la région depuis dix jours. Comme le rapporte CNews, le Koweït, le Qatar, Bahreïn, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite ont tous été touchés par des frappes de missiles et de drones dans la nuit du 8 au 9 mars. À Bahreïn, 32 civils ont été blessés, dont une adolescente de 17 ans grièvement atteinte à la tête. Un nourrisson de deux mois figure parmi les victimes les plus jeunes.
Un responsable du Golfe, cité par ISM-France, explique les motivations économiques de cette révision : les pays sont confrontés à « les difficultés budgétaires auxquelles ces pays sont confrontés en raison de la baisse des revenus énergétiques, due au ralentissement de la production ou à l’impossibilité d’expédier des marchandises, [et] aux difficultés des secteurs du tourisme et de l’aviation, sans compter l’augmentation des dépenses de défense ».
L’invocation des clauses de force majeure
La stratégie juridique déployée par les monarchies du Golfe révèle l’ampleur de la crise. Selon la même source, « plusieurs pays du Golfe ont entamé un examen interne afin de déterminer si des clauses de force majeure peuvent être invoquées dans les contrats en vigueur, tout en réexaminant leurs engagements d’investissement actuels et futurs dans le but d’atténuer une partie des répercussions économiques anticipées du conflit actuel ».
Cette révision pourrait toucher des secteurs aussi variés que les promesses d’investissement envers des États américains, les parrainages sportifs, les contrats avec des entreprises et investisseurs, ou encore les cessions d’actifs. Le responsable précise que cette mesure de précaution s’inscrit dans la durée : « Surtout si la guerre et les dépenses qui y sont liées se poursuivent au même rythme. »
« Une question directe : qui vous a donné l’autorisation d’entraîner notre région dans une guerre contre l’Iran ? Et sur quelle base avez-vous pris cette décision dangereuse ? »
Cette interpellation directe de Khalaf al-Habtoor, homme d’affaires émirati de premier plan, adressée à Donald Trump sur le réseau social X, illustre la frustration croissante des élites du Golfe. Comme le souligne Le Figaro dans son analyse du 28 février, les pays du Golfe « se savent vulnérables parce que les Iraniens ont assez de missiles à portée intermédiaire leur permettant de toucher les points vitaux, les usines de dessalinisation d’eau de mer, les hubs d’hydrocarbures, les centrales électriques ».
Une guerre qui redessine les alliances régionales
Le conflit a débuté samedi 28 février par une opération conjointe américano-israélienne qui a tué le guide suprême Ali Khamenei et plusieurs hauts responsables iraniens. Selon l’agence Anadolu, environ 163 jeunes filles ont été tuées lorsqu’une école dans le sud de l’Iran a été frappée lors de la première vague d’attaques.
La riposte iranienne n’a pas tardé. Le Corps des gardiens de la révolution islamique affirme avoir frappé plus de 500 sites américains et israéliens à l’aide de 700 drones et de centaines de missiles. Lundi matin, une attaque de drone a provoqué un incendie dans la raffinerie pétrolière de Ras Tanura, exploitée par Saudi Aramco en Arabie saoudite. Le ministère saoudien de la Défense a également annoncé l’interception de deux drones se dirigeant vers le gisement de Shaybah, au sud-est du royaume.
Washington ordonne l’évacuation de son personnel
Face à l’escalade, le département d’État américain a ordonné à l’ensemble de son personnel diplomatique « non-essentiel » de quitter l’Arabie saoudite, rapporte CNews. À Doha, capitale du Qatar, des journalistes de l’AFP ont fait état de fortes explosions à travers la ville lundi matin, tandis que la défense qatarie annonçait l’interception d’un missile.
L’agence de presse qatarie QNA cite le ministère saoudien des Affaires étrangères qui « a affirmé que le Royaume se réserve entièrement le Droit de prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger sa sécurité, sa souveraineté et la sûreté de ses citoyens et résidents ». Le communiqué avertit que « la poursuite des agressions iraniennes produira une escalade supplémentaire, avec de graves répercussions sur les relations présentes et futures ».
Des touristes français bloqués dans la région
Les conséquences humanitaires du conflit s’étendent aux ressortissants étrangers. Comme le rapporte le portail Orange, des touristes français se retrouvent bloqués à Doha. Sandrine, une Française coincée dans la capitale qatarie, témoignait vendredi 6 mars de la tentation d’évacuer par l’Arabie saoudite, malgré les risques évidents.
Cette crise financière et sécuritaire intervient alors que les monarchies du Golfe sont engagées dans des transformations économiques coûteuses : diversification hors du pétrole, grands travaux d’infrastructure, transitions énergétiques. Une crise pétrolière prolongée, combinée à l’instabilité sécuritaire, pourrait compromettre ces agendas de modernisation sur lesquels reposent les équilibres sociaux de ces États rentiers.
La décision coordonnée de ces quatre puissances financières de réexaminer leurs engagements américains marque potentiellement un tournant dans les relations entre Washington et ses alliés historiques du Golfe. Reste à savoir si cette révision demeurera une mesure de précaution temporaire ou si elle annonce une reconfiguration durable des flux de capitaux mondiaux.
Sources
- Financial Times (6 mars 2026)
- ISM-France (9 mars 2026)
- CNews (9 mars 2026)
- Qatar News Agency (9 mars 2026)
- Anadolu Ajansı (3 mars 2026)
- Le Figaro (28 février 2026)
- Portail Orange (6 mars 2026)