400 agents du Louvre votent à l’unanimité une grève reconductible

Le musée le plus visité au monde reste fermé ce lundi 15 décembre, deux mois après le cambriolage spectaculaire

400 agents du Louvre votent à l’unanimité une grève reconductible
Agents du Louvre en grève devant la pyramide avec banderoles revendicatives Nathalie Rousselin / INFO.FR

Ce lundi 15 décembre 2025 à 9 heures, les portes du musée du Louvre sont restées closes. Quelque 400 agents réunis en assemblée générale ont voté à l'unanimité une grève reconductible pour dénoncer la détérioration de leurs conditions de travail et les dysfonctionnements chroniques de l'établissement. Cette mobilisation intervient dans un contexte de crise profonde, deux mois après le cambriolage de huit joyaux de la Couronne qui a révélé les failles béantes du musée parisien.

L'essentiel

  • 400 agents du Louvre ont voté à l'unanimité une grève reconductible ce lundi 15 décembre 2025 à 9 heures
  • Le musée est resté fermé toute la journée et ne rouvrira pas avant mercredi 18 décembre au plus tôt
  • Les personnels dénoncent la perte de 200 équivalents temps plein en quinze ans alors que la fréquentation a augmenté de moitié
  • Rachida Dati s'est engagée à annuler la baisse de 5,7 millions d'euros de dotation publique prévue pour 2026, sur les 98,2 millions perçus en 2024
  • Cette grève intervient deux mois après le cambriolage du 19 octobre où huit joyaux de la Couronne ont été dérobés et restent introuvables

Devant la pyramide de verre, des centaines de touristes patientent, billets à la main, face à un panneau laconique : « L’ouverture du musée est actuellement retardée ». Il est 9 heures ce lundi 15 décembre 2025, et le Louvre n’ouvrira finalement pas ses portes de toute la journée. À l’intérieur, 400 agents réunis en assemblée générale viennent de voter à l’unanimité en faveur d’une grève reconductible, selon Le Monde et RTL. Une mobilisation historique qui plonge le musée le plus visité au monde dans une nouvelle crise, deux mois après le spectaculaire cambriolage du 19 octobre dernier.

Un ras-le-bol unanime face à la dégradation des conditions

Peu avant 11h30, la direction du Louvre confirmait officiellement la fermeture pour l’ensemble de la journée. Devant la pyramide, plusieurs dizaines d’agents déployaient une banderole sans équivoque : « Le Louvre en lutte pour des conditions de travail décentes, hausse des salaires, + d’effectifs contre la vétusté du palais et le projet LNR », ce projet de rénovation à grande échelle annoncé par Emmanuel Macron. Selon BFM TV, le mouvement est interprofessionnel et regroupe les métiers de la conservation, les agents d’accueil et de surveillance, les professions support, les juristes et les graphistes.

« Visiter le Louvre est devenu un véritable parcours du combattant », écrivaient les syndicats CGT, CFDT et SUD dans leur préavis de grève envoyé le 8 décembre à la ministre de la Culture Rachida Dati, comme le rapporte Le Parisien. Christian Galani, délégué CGT, a rappelé que la filière accueil et surveillance avait « perdu 200 équivalents temps plein en l’espace de quinze ans, alors que la fréquentation a augmenté de moitié ». Il plaide pour « un changement de braquet concernant les priorités et les urgences » du bâtiment, à savoir « la sûreté, la rénovation du bâtiment ».

« On est en colère, nous ne sommes pas d’accord avec la manière dont le Louvre a été géré », a déclaré devant la presse Elise Muller, agente de surveillance SUD-Culture.

Des touristes déçus et des vacances de Noël compromises

Sur le parvis de la pyramide, la déception se lisait sur les visages des visiteurs. « Je suis vraiment déçu, le Louvre était la raison principale de notre venue à Paris, parce que nous voulions voir Mona Lisa », confiait à l’AFP Minsoo Kim, 37 ans, Coréen en lune de miel avec sa femme, selon Midi Libre. Pietra, une Brésilienne de 27 ans à Paris pour quatre jours avec sa famille, se disait également « très déçue » mais prévoyait de revenir à midi, avant que la fermeture totale ne soit annoncée.

La fermeture intervient à un moment particulièrement critique, à l’approche des vacances de Noël, période de forte affluence touristique dans la capitale. Selon les syndicats, une prochaine assemblée générale est prévue mercredi 18 décembre à 9 heures, le mardi étant la journée de fermeture hebdomadaire habituelle du Louvre. Le musée ne rouvrira donc pas ses portes avant mercredi au plus tôt, selon Le Parisien.

Une crise financière et structurelle profonde

Pour tenter d’éviter cette fermeture, des réunions avaient eu lieu la semaine dernière au ministère de la Culture avec les syndicats, dont une avec Rachida Dati en personne. Face aux représentants du personnel, la ministre s’était engagée à revenir sur la baisse de 5,7 millions d’euros de dotation publique au Louvre prévue dans le projet de loi de finances 2026, selon Le Monde. En 2024, le musée avait perçu 98,2 millions d’euros de subventions de l’État.

Mais selon la CGT, il n’y a eu « aucune autre avancée significative ». La CFDT se montre plus nuancée, assurant que les discussions se sont déroulées de « façon intelligente et apaisée ». « Pas d’annonce tonitruante, pas de colère, chacun comprend les deux parties », déclarait Valérie Baud, déléguée CFDT, la semaine dernière. Elle a souligné que le mouvement est « interprofessionnel », regroupant l’ensemble des métiers du musée, comme le rapporte La Croix.

Un musée fragilisé depuis le cambriolage d’octobre

Cette grève intervient dans un contexte de crise profonde pour l’institution. Le 19 octobre dernier, un commando s’était emparé de huit joyaux de la Couronne, toujours introuvables à ce jour. Ce cambriolage spectaculaire a mis à nu les dysfonctionnements du musée et ses failles en matière de sécurité. En novembre, le Louvre a également dû fermer une galerie en raison de la vétusté de l’édifice. Il y a deux semaines, une fuite d’eau a endommagé plusieurs centaines d’ouvrages de la bibliothèque des Antiquités égyptiennes.

Selon les syndicats, « les différentes alertes internes sont restées lettre morte et les éléments de langage distillés à la représentation nationale ainsi qu’aux médias par la direction du Louvre ne nous permettent pas d’espérer une prise de conscience à la hauteur de la crise que nous traversons », comme le souligne BFM TV. Les organisations demandent une négociation directement auprès du ministère de la Culture, « en raison de la dégradation sans précédent du climat social interne ».

Une réorganisation forcée sous haute tension

Fragilisée, la présidente du Louvre Laurence des Cars devra désormais travailler en tandem avec Philippe Jost, le haut fonctionnaire chargé du chantier de reconstruction de Notre-Dame. Rachida Dati lui a confié vendredi la mission de « réorganiser en profondeur le musée ». « Des mesures indispensables sont à prendre, bien au-delà de la sûreté et de la sécurité », a déclaré la ministre, sans donner plus de détails.

La CFDT a réagi en demandant de connaître le « périmètre exact » de cette mission : « Toute réflexion sur l’avenir du Louvre ne saurait se limiter à une approche technico-organisationnelle ». Selon un communiqué du ministère de la Culture, la mission de Philippe Jost sera menée en janvier et février, et ses premières recommandations sont attendues fin février 2026, rapporte La Croix.

Cette semaine, des sénateurs vont par ailleurs poursuivre leur quête de réponses sur les dysfonctionnements du musée. Mardi 16 décembre, la commission culture du Sénat doit entendre pour la première fois l’ancien président du Louvre, après avoir pris connaissance de l’enquête administrative lancée après le cambriolage. Le musée le plus visité au monde traverse ainsi une crise sans précédent, entre revendications sociales légitimes, vétusté des infrastructures et failles sécuritaires béantes. La question demeure : le Louvre pourra-t-il retrouver sa sérénité avant les grandes affluences touristiques de fin d’année ?

Sources

  • Le Monde (15 décembre 2025)
  • RTL (15 décembre 2025)
  • Le Parisien (15 décembre 2025)
  • BFM TV (15 décembre 2025)
  • Midi Libre (15 décembre 2025)
  • La Croix (15 décembre 2025)
Céline Vasseur

Céline Vasseur

Journaliste d'investigation spécialisée dans les enquêtes de fond et le journalisme de données. Formation en droit et journalisme d'investigation. Expertise dans le décryptage des affaires judiciaires, la lutte contre la corruption et les révélations d'intérêt public. Pratique un journalisme rigoureux basé sur le recoupement des sources et l'analyse documentaire approfondie. Intègre INFO.FR pour développer le pôle investigation.