A69 : cinq chefs d’entreprise pro-autoroute jugés à Castres pour dégradations

Le tribunal correctionnel de Castres a examiné le 7 avril des actes d'intimidation commis contre des opposants au projet routier.

A69 : cinq chefs d’entreprise pro-autoroute jugés à Castres pour dégradations
Illustration Virginie Cazenave / info.fr

Cinq patrons du bassin Castres-Mazamet ont comparu pour dégradations et association de malfaiteurs. Les faits remontent à juin 2025, en pleine bataille judiciaire autour de l'autoroute A69. Le jugement est attendu le 2 juin 2026.

Le 7 avril 2026, cinq chefs d’entreprise favorables au projet d’autoroute A69 se sont retrouvés devant le tribunal correctionnel de Castres. Les charges retenues : dégradations en réunion, divulgation d’informations personnelles et association de malfaiteurs, pour des faits commis en juin 2025 contre une dizaine d’opposants au chantier.

Parmi les prévenus, deux noms ressortent. Guy Bousquet, patron de la Jardinerie tarnaise et président de l’association Via 81 - qui milite pour la construction de l’A69 - a été placé en garde à vue après l’apparition de son nom dans des conversations téléphoniques interceptées, selon France 3 Occitanie. Mathurin Castan, gérant d’une entreprise de transport de vrac, a été reconnu sur des images de vidéosurveillance lors des dégradations. Son activité avait été directement touchée par l’arrêt judiciaire du chantier, prononcé en février 2025.

Des élus locaux parmi les prévenus

Deux autres accusés exerçaient des mandats locaux à Mazamet au moment des faits : un conseiller municipal réélu, chef d’entreprise dans la fabrication de machines, et un ex-conseiller municipal et communautaire spécialisé en gestion et finances, selon le site ici.fr. Leur présence dans le box des prévenus illustre la perméabilité entre monde économique et sphère politique dans ce territoire.

Les dégradations comprenaient notamment la projection de peinture rouge sur le muret de la maison d’une opposante, selon RMC-BFM TV. Le parquet a requis de trois à cinq mois de prison avec sursis contre chacun des cinq prévenus, estimant que ces actes visaient à intimider les militants écologistes avant une manifestation dite « turboteuf », rapporte centpourcent.com.

Un contexte économique sous tension

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Ce procès s’inscrit dans un bassin industriel fragilisé. La Dépêche du Midi recensait plus de 200 défaillances d’entreprises tarnaises en 2025, un record. L’annulation judiciaire du chantier A69 en février 2025, obtenue par des associations environnementales, a privé plusieurs sous-traitants locaux de commandes déjà engagées.

Pour certains entrepreneurs, la frustration était réelle. Pour le parquet, elle ne justifiait pas le passage à l’acte. « C’était pour intimider », a résumé l’accusation à l’audience, selon RMC-BFM TV.

Ce n’est pas la première fois que le dossier A69 crée des fractures locales profondes. Le bassin Castres-Mazamet porte une longue histoire de tensions économiques et politiques, héritées en partie de rivalités religieuses entre catholiques et protestants depuis le XVIIIe siècle, encore perceptibles dans les rapports de force locaux selon des travaux publiés dans la revue Géocarrefour.

Prochaine étape : le 2 juin 2026

Le jugement a été mis en délibéré au 2 juin 2026. Le procès avait déjà été reporté une première fois : initialement fixé au 25 novembre 2025, il avait été ajourné faute de constitution de partie civile, selon Vert.eco. La décision à venir dira si des patrons locaux peuvent être condamnés pour avoir cherché à faire taire, par la force, leurs adversaires dans un débat d’aménagement du territoire.

Sources

Virginie Cazenave

Virginie Cazenave

Basée à Albi, elle traite le tourisme patrimonial, les tensions sur la viticulture gaillacoise, l'agriculture et les débats sur les services publics. Issue de Sciences Po Grenoble, elle a commencé en radio. Méthode : interroger les conservateurs, les viticulteurs, les élus, croiser les données de fréquentation avant de publier.

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