Radio RLDM : le tribunal de Fort-de-France reporte sa décision au 15 mai

L'affaire opposant la radio associative au maire de Rivière-Pilote, qui a cadenassé ses locaux le 19 avril, attend son épilogue judiciaire.

Radio RLDM : le tribunal de Fort-de-France reporte sa décision au 15 mai
Illustration Jean-Luc Sinapah / info.fr

Le tribunal judiciaire de Fort-de-France devait rendre sa décision le 13 mai 2026 dans le litige entre la radio RLDM et la Ville de Rivière-Pilote. Le délibéré a été reporté au lendemain, vendredi 15 mai. Depuis le 19 avril, les locaux de la station sont fermés par cadenas, sur décision du maire Jean-François Beaunol.

Le tribunal judiciaire de Fort-de-France devait rendre sa décision le 13 mai 2026 dans le litige entre la radio RLDM et la Ville de Rivière-Pilote. Le délibéré a été reporté au lendemain, vendredi 15 mai. Depuis le 19 avril, les locaux de la station sont fermés par cadenas, sur décision du maire Jean-François Beaunol.

L’essentiel

  • 19 avril 2026 : Le maire de Rivière-Pilote, Jean-François Beaunol, fait cadenasser les locaux municipaux occupés par la radio RLDM, invoquant un manque de pluralisme.
  • 7 mai 2026 : L’affaire est examinée au tribunal judiciaire de Fort-de-France, à la demande de l’association gestionnaire GRAC contre la Ville.
  • Décision reportée : Initialement prévue le 13 mai à 14h, la décision a été repoussée au 15 mai 2026.
  • 23 avril 2026 : L’avocat de RLDM a adressé une mise en demeure au maire pour retrait des cadenas, annoncée lors d’une conférence de presse au siège du MIM.
  • 40 ans de présence : RLDM occupe ces locaux municipaux depuis sa création en 1986, sur la base d’une convention signée sous la mairie d’Alfred Marie-Jeanne.

Un cadenas posé le 19 avril, une radio muette depuis

Tout commence le dimanche 19 avril 2026. Jean-François Beaunol, maire de Rivière-Pilote, fait apposer un cadenas sur les locaux communaux où est installée Radio Lévé Doubout Matinik (RLDM) depuis 1986. La station cesse d’émettre. Le maire justifie son geste par deux griefs : un non-respect selon lui des règles de l’ARCOM sur la pluralité des opinions, et le fait que la radio servirait de tribune à ses opposants politiques.

Sur X, Jean-François Beaunol a lui-même défendu sa décision :

Conseiller territorial de Martinique et réélu en 2026, le maire assume pleinement l’initiative. Il parle de « récupération du local communal » et conditionne toute discussion au respect de la municipalité, des contribuables et du pluralisme.

La réaction est immédiate dans les milieux indépendantistes. Sur X, l’élu Daniel Isidore dénonce un « acte de dictature » :

RLDM : quarante ans dans des locaux municipaux

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La radio RLDM - Radio Lévé Doubout Matinik, soit « Radio Debout Martinique » - a été fondée en 1986 par l’association GRAC, liée au Mouvement indépendantiste martiniquais (MIM). Elle occupe ses locaux sur la base d’une convention signée à l’époque sous la mairie d’Alfred Marie-Jeanne, figure historique du MIM et ancien président du Conseil régional de Martinique.

La fermeture prive la station d’accès à ses équipements de diffusion et à ses archives. L’association GRAC dénonce, selon France Antilles et Franceinfo La 1ère, une atteinte grave à la liberté d’expression. Elle affirme donner la parole à tous les courants et conteste la qualification d’organe partisan que lui attribue le maire.

Le 23 avril, l’avocat de la radio a tenu une conférence de presse au siège du MIM pour annoncer l’envoi d’une mise en demeure au maire, lui réclamant le retrait des cadenas. RCI Martinique a relayé l’événement sur X :

L’audience du 7 mai et la question de la compétence du tribunal

Sans issue amiable, l’affaire s’est retrouvée devant le tribunal judiciaire de Fort-de-France. L’audience s’est tenue le 7 mai 2026. L’association GRAC y demandait, selon France Antilles, la levée des cadenas et le rétablissement de l’accès aux locaux.

La défense de la Ville de Rivière-Pilote a soulevé un argument procédural de poids. Selon France Antilles, l’avocat de la commune, Maître Max Mbouhou, qualifie l’affaire de « litige domanial » : une dispute portant sur un bien du domaine public communal relèverait, selon lui, de la compétence du tribunal administratif et non du tribunal judiciaire.

Cet argument sur la compétence juridictionnelle est susceptible de peser sur la décision attendue, quelle que soit la position du tribunal sur le fond.

Délibéré repoussé de 48 heures

La décision était initialement annoncée pour le mercredi 13 mai 2026 à 14h. Elle a finalement été reportée au vendredi 15 mai, selon RCI Martinique, qui couvre le dossier depuis son ouverture.

Les raisons de ce report n’ont pas été précisées par le tribunal. Les parties n’ont pas fait de déclaration publique dans l’intervalle, selon les informations disponibles à ce stade.

Si la décision favorable à RLDM est rendue, elle pourrait ordonner la levée immédiate du cadenas. Dans le cas contraire, ou si le tribunal se déclare incompétent, l’association devrait saisir une autre juridiction. Les deux hypothèses restent ouvertes au soir du 14 mai.

Contexte dans la Martinique (972)

Rivière-Pilote est une commune du sud de la Martinique, peuplée de 11 604 habitants selon l’INSEE (estimation 2023), avec une densité de 324 habitants au km². Elle fait partie des communes moyennes de l’île, marquées historiquement par l’influence du MIM - parti cofondé par Alfred Marie-Jeanne, ancien maire de la ville pendant plusieurs décennies.

La question de la liberté d’expression dans les Outre-mer dépasse souvent le strict cadre local : les tensions entre élus et médias associatifs y sont régulièrement perçues à travers le prisme politique. En Martinique, aucune affaire similaire de fermeture administrative d’une radio locale n’avait été rapportée récemment, selon RCI Martinique.

Le budget communal de Rivière-Pilote pour 2024 prévoyait des ressources d’investissement de 1 888 380 euros, selon le Journal du Net. La gestion du patrimoine immobilier communal - dont font partie les locaux occupés par RLDM - s’inscrit dans ce cadre financier.

L’affaire intervient dans un contexte plus large de surveillance des médias locaux dans les territoires ultramarins. En Guadeloupe voisine, les autorités font face à d’autres types de crises, mais la question du contrôle de l’information publique reste un enjeu structurel aux Antilles.

Le litige soulève aussi une question de fond : une convention d’occupation signée sous une municipalité peut-elle être remise en cause unilatéralement par un successeur ? C’est, au-delà de la liberté d’expression, l’un des points que le tribunal devra trancher - ou renvoyer.

Ce que l’on attend le 15 mai

Le tribunal judiciaire de Fort-de-France doit se prononcer vendredi 15 mai 2026. Trois issues sont possibles : ordonner la réouverture des locaux, rejeter la demande de RLDM, ou se déclarer incompétent au profit du tribunal administratif, comme le demande l’avocat de la Ville.

Dans tous les cas, la décision ne mettra pas nécessairement fin au conflit entre la radio et la mairie. D’autres affaires mêlant liberté d’expression et pouvoir local ont montré que le premier jugement ouvre souvent une séquence longue de recours. La convention d’occupation elle-même, et son éventuelle résiliation, pourrait faire l’objet d’une procédure distincte.

Sources

Jean-Luc Sinapah

Jean-Luc Sinapah

Jean-Luc est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Martinique (972), avec Fort-de-France pour chef-lieu. Spécialité du département : AOC rhum agricole (1er rhum AOC monde) et heritage Cesaire. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Outre-mer.

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