Marseille : la CGT Éduc’action saisit la CNIL après le fichage de lycéens manifestants
Le DASEN des Bouches-du-Rhône a photographié et fait identifier des élèves lors d'une manifestation le 26 mars 2026
À Marseille, le directeur académique des Bouches-du-Rhône a personnellement photographié des lycéens en manifestation le 26 mars 2026, avant de demander leur identification aux chefs d'établissement. La CGT Éduc'action 13 a saisi la CNIL et le Défenseur des droits. L'affaire soulève la question du fichage de mineurs dans le cadre de l'exercice d'un droit constitutionnel.
À Marseille, le directeur académique des Bouches-du-Rhône a personnellement photographié des lycéens en manifestation le 26 mars 2026, avant de demander leur identification aux chefs d’établissement. La CGT Éduc’action 13 a saisi la CNIL et le Défenseur des droits. L’affaire soulève la question du fichage de mineurs dans le cadre de l’exercice d’un droit constitutionnel.
L’essentiel
- 26 mars 2026 : le DASEN Jean-Yves Bessol photographie personnellement des lycéens lors d’une manifestation boulevard Charles-Nédelec à Marseille et demande leur identification aux chefs d’établissement.
- Lettres aux parents : des familles ont reçu un courrier les informant que leur enfant avait été « reconnu lors d’une manifestation », selon La Provence.
- Double saisine : la CGT Éduc’action 13 a saisi la CNIL et le Défenseur des droits pour violation de la vie privée de mineurs.
- 30 avril 2026 : rassemblement de protestation devant la DSDEN à Marseille, organisé par la CGT Éduc’action et le mouvement lycéen.
- 22 établissements : la mobilisation contre les coupes budgétaires touche 22 lycées publics des Bouches-du-Rhône en 2026, contre 15 en 2025.
Ce qui s’est passé boulevard Charles-Nédelec
Le 26 mars 2026, plusieurs centaines de lycéens se rassemblent boulevard Charles-Nédelec, dans le centre de Marseille, pour protester contre les coupes budgétaires dans l’éducation nationale. Parmi eux, Jean-Yves Bessol, directeur académique des services de l’éducation nationale (DASEN) des Bouches-du-Rhône, présent sur place.
Selon Marsactu et La Provence, qui ont tous deux documenté l’épisode, Bessol photographie les élèves présents et transmet ensuite des demandes d’identification aux chefs d’établissement concernés. Des courriers sont par la suite adressés aux parents, signalant que leur enfant avait été « reconnu » lors du rassemblement.
La formulation des lettres, citée par La Provence, a provoqué une vive réaction dans la communauté éducative. Le DASEN a justifié sa démarche par la nécessité de contrôler les absences injustifiées lors d’une manifestation « non autorisée », selon des éléments rapportés par La Provence et relayés par le SNES d’Aix-Marseille.
La CGT Éduc’action saisit la CNIL et le Défenseur des droits
Face à ces pratiques, la CGT Éduc’action 13 a engagé une double procédure. Le syndicat a saisi la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) et le Défenseur des droits, dénonçant une atteinte à la vie privée de mineurs et ce qu’il qualifie de fichage de manifestants.
Le syndicat demande des explications sur la base légale de la démarche du DASEN : aucune disposition réglementaire n’autorise explicitement un directeur académique à collecter des images de mineurs dans l’espace public à des fins disciplinaires. La CGT Éduc’action dénonce également une forme de répression des mobilisations lycéennes, dans un contexte où plusieurs incidents ont émaillé les blocages d’établissements en mars 2026, selon le syndicat SUD Éducation 13.
Sur la question du droit à l’image des mineurs, le cadre juridique est strict : la collecte et le traitement de données personnelles - dont les photographies - sont soumis au RGPD et à la loi Informatique et Libertés. Photographier des mineurs identifiables dans le but de les signaler à leur établissement soulève des questions sérieuses de légalité, que la CNIL devra trancher.
Un rassemblement le 30 avril devant la DSDEN
Le 30 avril 2026 à 12h, professeurs, lycéens et représentants syndicaux se sont rassemblés devant la Direction des services départementaux de l’éducation nationale (DSDEN) à Marseille. L’initiative était portée conjointement par la CGT Éduc’action et le mouvement lycéen, selon La Marseillaise et Maritima.
La mobilisation a réuni des participants venus dénoncer à la fois les coupes budgétaires et le fichage des élèves manifestants. Sur les banderoles, des slogans mêlaient les deux revendications : suppressions de postes et atteintes aux libertés. Le milieu scolaire est traversé depuis plusieurs mois par des tensions sur les droits des élèves, documentées jusqu’au Sénat.
Contexte dans les Bouches-du-Rhône
La mobilisation du 26 mars ne surgit pas de nulle part. L’académie Aix-Marseille fait face en 2026 à 164 suppressions de postes, selon les données syndicales. Dans les Bouches-du-Rhône, 22 établissements publics sont directement touchés par des réductions d’enveloppes horaires - contre 15 lors des contestations similaires de 2025, un mouvement qui avait déjà mobilisé plusieurs lycées en grève partielle, selon Revolution Permanente.
Marseille concentre une part significative de ces suppressions. Plusieurs lycées du centre-ville et des quartiers nord sont concernés par des baisses de dotations horaires globales (DHG), affectant en priorité les options et dédoublements dans les matières scientifiques. La région Sud cumule par ailleurs des indicateurs socio-économiques défavorables qui rendent ces coupes d’autant plus sensibles dans les établissements classés REP et REP+.
L’affaire du fichage remet aussi en lumière un débat ancien. La base élèves 1er degré, contestée dès 2004, avait été partiellement retoquée par le Conseil d’État en 2011 pour risques de fichage généralisé, selon France Info et le Sénat. En 2026, la question du traitement numérique et photographique des données d’élèves mineurs revient dans l’actualité sous une forme nouvelle.
En 2018, Marseille avait connu un précédent mouvement lycéen d’ampleur : 21 établissements bloqués, là aussi avec des tensions sur l’encadrement policier des manifestations. La CGT Éduc’action établit un parallèle avec la situation actuelle, dénonçant une escalade dans les méthodes de contrôle des mobilisations.
La justification du DASEN contestée
Jean-Yves Bessol a expliqué sa démarche par la gestion des absences : identifier les élèves présents à la manifestation permettrait, selon lui, de distinguer les absences justifiées des absences injustifiées. L’argument est contesté point par point par la CGT Éduc’action.
D’abord, la qualification de manifestation « non autorisée » est juridiquement discutable : le droit de manifester ne requiert pas d’autorisation préalable en France, mais une simple déclaration. Ensuite, le recours à la photographie personnelle d’un haut fonctionnaire pour identifier des mineurs n’entre dans aucun protocole réglementaire connu. Enfin, les courriers envoyés aux familles - informant les parents de la présence de leur enfant dans un cortège - sont perçus par les syndicats comme une pression sur les familles, allant au-delà du simple contrôle de l’assiduité scolaire.
La question de la formation civique des jeunes et de leurs droits en tant que citoyens en devenir se retrouve ainsi au cœur d’un débat qui dépasse Marseille.
Prochaines étapes
Selon SUD Éducation 13 - source unique sur ce point - , une audience devant la CNIL pourrait intervenir d’ici fin mai 2026. La CNIL dispose de plusieurs mois pour instruire une saisine ; les délais réels restent à confirmer. Les décisions de l’institution sur le traitement des données d’élèves font jurisprudence dans le secteur éducatif.
La CGT Éduc’action et les organisations lycéennes maintiennent la pression : un nouveau rassemblement intersyndical était prévu le 8 mai 2026 devant la DSDEN, selon le même syndicat.
Sources
- Marsactu : Le directeur académique a photographié et fait identifier des lycéens qui manifestaient
- La Provence : "Votre enfant a été reconnu lors d'une manifestation" : des lycéens marseillais dénoncés par un inspecteur d'académie
- La Marseillaise : Ils dénoncent le fichage des élèves manifestants
- BFMTV Marseille : Des lycéens en manifestation, pris en photo par le directeur de l'académie et dénoncés