Abattoir de Martinique : reprise totale sous surveillance après les révélations de L214

La préfecture autorise la reprise complète des activités après des travaux et formations, suite aux images choc diffusées par l'association de protection animale.

Abattoir de Martinique : reprise totale sous surveillance après les révélations de L214
Illustration Jean-Luc Sinapah / info.fr

L'abattoir du Lamentin, géré par la Collectivité Territoriale de Martinique (CTM), a repris son activité à plein régime le 23 avril 2026. Cette décision fait suite à des travaux d'urgence et une formation renforcée des agents, après la diffusion d'images par L214 montrant des bovins égorgés conscients.

Des dysfonctionnements révélés par L214

Le 25 mars 2026, l’association L214 diffuse une vidéo montrant des pratiques non conformes à l’abattoir de Martinique. Les images révèlent des bovins abattus alors qu’ils étaient encore conscients, en raison d’un équipement inadapté aux petits gabarits. Selon L214, ces dysfonctionnements violent la réglementation sur la protection animale.

La préfecture de Martinique a réagi rapidement en émettant un arrêté d’urgence le 26 mars, limitant l’activité de l’abattoir à l’abattage des grands bovins. La Direction de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt (DAAF) a reconnu des infractions, tout en soulignant l’importance stratégique de l’établissement pour éviter des abattages informels.

Travaux et formations pour une reprise sous contrôle

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L’exploitant a réalisé des travaux d’urgence pour adapter les équipements d’immobilisation aux différents gabarits d’animaux. Des tests satisfaisants ont permis à la préfecture de lever les restrictions le 23 avril. Les agents ont également suivi une formation aux bonnes pratiques en matière de protection animale, comme l’exigeait la mise en demeure préfectorale.

La reprise totale des opérations s’effectue sous une surveillance renforcée de l’État. Selon RCI Martinique, cette mesure vise à garantir le respect des normes sanitaires et animales. La préfecture a déclaré que « la situation est désormais maîtrisée », tout en maintenant un suivi strict.

Plaintes et enjeux judiciaires

Deux plaintes pour cruauté animale ont été déposées contre l’abattoir. L214 a porté plainte contre X le 26 mars 2026, dénonçant des bovins égorgés conscients et un usage excessif d’aiguillons électriques. L’Association Stéphane Lamart a suivi le 13 avril avec une plainte similaire, réclamant la fermeture immédiate de l’établissement.

En réponse, la CTM a déposé plainte contre L214 pour intrusion sur le site. Selon RCI Martinique, cette plainte vise à contester la légalité des images diffusées. Le conflit judiciaire s’inscrit dans un contexte national où les abattoirs font l’objet d’une surveillance accrue depuis un audit de 2016 révélant 80% de non-conformités.

Un enjeu économique et sanitaire

L’abattoir du Lamentin joue un rôle clé pour la Martinique. En 2023, il a traité 2 168 bovins, soit 685 tonnes équivalent carcasse, en légère baisse par rapport à 2022. Selon la DAAF, sa fermeture aurait pu favoriser des abattages informels sans contrôles sanitaires.

L214 réclame un moratoire sur la construction de nouveaux abattoirs en France, soulignant que l’État a été condamné sept fois en trois ans pour manquements aux contrôles vétérinaires. L’association dénonce également des dysfonctionnements dans 18 abattoirs français depuis 2016.

Contexte

En 2012, l’abattoir départemental visait un seuil de rentabilité à 2 800 tonnes de production. La baisse de la production bovine locale, observée depuis 2022, pose des défis économiques pour l’établissement. Les enquêtes de L214 ont déjà conduit à des fermetures d’abattoirs en métropole, comme celui de Houdan en 2017 après des révélations similaires.

Sources

Jean-Luc Sinapah

Jean-Luc Sinapah

Basé à Fort-de-France, traite les tensions sur le coût de la vie, les débats sur l'autonomie, le tourisme et les projets de reconstruction après les séismes. Diplômé du CFJ, il a grandi en Martinique. Conviction : interroger les commerçants, les militants, les élus, vérifier les prix dans les supermarchés avant de conclure.

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