Abbaretz : le site minier pollué à l’arsenic attire toujours malgré les interdictions
Le Bois Vert, ancienne mine d'étain fermée en 1957, reste fréquenté malgré clôtures, panneaux et travaux de sécurisation menés par la DREAL et le BRGM.
Le site du Bois Vert à Abbaretz, en Loire-Atlantique, concentre de l'arsenic dans ses sols et présente des risques physiques documentés. Interdit partiellement depuis 2019, il continue pourtant d'attirer promeneurs, coureurs et cyclistes, selon un article de Presse Océan daté du 28 mai 2026.
L’essentiel
- Arsenic confirmé : le BRGM a relevé des concentrations d’arsenic supérieures aux normes dans les sols et eaux du site, dont 38 µg/l mesurés en 2004, bien au-dessus du seuil réglementaire.
- Restrictions depuis juillet 2019 : la DREAL et la sous-préfecture de Châteaubriant-Ancenis ont imposé clôtures, panneaux et un sentier piéton unique autorisé après le rapport BRGM de mai 2019.
- Sentier sécurisé aménagé en 2021 : 1 870 m de chemin balisé, passerelles et clôtures ; travaux d’érosion et de lagune achevés au printemps 2026 par le DPSM/BRGM.
- Interdictions contournées en 2026 : passages répétés de sportifs hors sentier aggravent l’érosion des terrils et le transport de matériaux pollués, selon Presse Océan et la DREAL.
- Commune de 2 073 habitants : Abbaretz (INSEE 2023) est propriétaire des terrils depuis 1996 ; l’État gère la sécurisation via le DPSM/BRGM.
Une mine d’étain, des décennies de séquelles
L’exploitation minière du Bois Vert a duré cinq ans, de 1952 à 1957. En peu de temps, environ quatre millions de mètres cubes de matériaux ont été extraits, produisant entre 3 750 et 4 000 tonnes de concentré de cassitérite - l’oxyde d’étain. Ce que la mine a laissé derrière elle est plus durable : un terril conique de 110 à 121 mètres de hauteur et un lac formé dans l’excavation, entourés de résidus chargés en arsenic et métaux lourds. Les études du BRGM de 2004 puis de 2019 ont confirmé des concentrations importantes dans les sols et dans les eaux.
La commune d’Abbaretz a racheté les terrils en 1996. Depuis, la gestion du site est partagée : la mairie pour le foncier, l’État via le DPSM (Département prévention et sécurité minière du BRGM) pour les travaux de mise en sécurité après-mine.
Des mesures d’accès imposées en 2019, un sentier aménagé en 2021
Après le rapport BRGM de mai 2019, la DREAL des Pays de la Loire et la sous-préfecture de Châteaubriant-Ancenis ont agi. En juillet 2019, des clôtures ont été posées, des panneaux d’interdiction installés et un périmètre précis défini. Trail, VTT et équitation sont interdits sur les zones sensibles. Seule la promenade piétonne sur un tracé balisé reste autorisée.
Les risques sont doubles, selon la préfecture de Loire-Atlantique. D’un côté, les risques sanitaires : l’arsenic présent dans les sols peut être ingéré ou inhalé par contact direct. De l’autre, les risques physiques : instabilité des terrils, érosion, zones de chutes et secteurs d’enlisement autour du lac, dont la baignade est également interdite.
Un sentier de promenade sécurisé a ensuite été aménagé en 2021 : 1 870 mètres de chemin balisé, avec passerelles et clôtures. Une infrastructure pensée pour canaliser la fréquentation sans interdire tout accès au site.
Travaux de 2024-2026 : érosion et lagune
Le DPSM/BRGM a mené deux séries de travaux récents. En 2024, renforcement de piste et gestion de l’érosion des terrils par enrochements et seuils. En mai 2026, une nouvelle campagne a ciblé la gestion de l’érosion et l’amélioration du fonctionnement d’une lagune, équipée de rideaux de palplanches formant des bassins de décantation pour limiter la dispersion des polluants vers l’aval. Ces travaux sont désormais achevés, selon le site du DPSM.
Le suivi des eaux et des sols se poursuit de façon continue, conformément aux obligations de l’après-mine.
En mai 2026, les interdictions toujours contournées
Malgré sept ans de restrictions et les aménagements successifs, le constat dressé par Presse Océan le 28 mai 2026 reste préoccupant. Promeneurs, coureurs et cyclistes continuent de s’aventurer hors du sentier autorisé. Les équipements ont été dégradés, nécessitant des réparations.
Ces passages répétés hors des zones balisées ne sont pas sans conséquences. Selon la DREAL et l’article de Presse Océan, ils accentuent l’érosion des terrils et favorisent le transport de matériaux pollués vers les zones basses. Les clôtures partiellement dégradées réduisent l’efficacité du dispositif. La DREAL et la préfecture rappellent que seul le sentier sécurisé est autorisé et appellent au respect strict des interdictions en vigueur.
La baignade dans le lac reste formellement interdite. Les eaux sont acides et ont présenté historiquement des concentrations en arsenic dépassant les normes, selon les suivis du BRGM.
Contexte dans la Loire-Atlantique
Le site du Bois Vert est l’un des rares sites miniers après-mine gérés par l’État en Loire-Atlantique. Abbaretz, commune rurale de 2 073 habitants selon l’INSEE (données 2023), se situe dans le secteur de Châteaubriant-Ancenis, à la lisière de la région Pays de la Loire et de la Bretagne historique. Le département ne compte pas d’autre site de cette nature à l’accès aussi problématique.
La question de la sécurisation des sites miniers après-mine est un enjeu national, traité par le DPSM sous tutelle du BRGM. Le cas d’Abbaretz illustre la difficulté de concilier attractivité d’un site naturel singulier - le terril conique est visible depuis plusieurs kilomètres - et impératifs sanitaires et de sécurité. D’autres sites industriels désaffectés en Pays de la Loire posent des questions similaires de gestion des risques résiduels.
La problématique du respect des périmètres de sécurité par le public n’est pas propre à ce site. Les services de l’État dans l’Ouest soulignent régulièrement les difficultés à faire respecter les mesures réglementaires sans moyens de contrôle permanents sur le terrain.
Prochaine étape
Le suivi réglementaire des eaux et des sols se poursuit. La DREAL n’a pas annoncé de renforcement des dispositifs physiques à ce stade, selon les informations disponibles au 29 mai 2026. La commune d’Abbaretz n’a pas fait de déclaration publique sur d’éventuelles mesures complémentaires.
Sources
- Préfecture de Loire-Atlantique : L'État prend des mesures de sécurité pour restreindre l'accès au site du Bois Vert à Abbaretz
- DPSM / BRGM : Travaux de gestion de l'érosion et d'amélioration du fonctionnement d'une lagune – site d'Abbaretz (44)
- Ouest-France / Presse Océan : Arsenic, érosion, accidents : ce site naturel de Loire-Atlantique continue d'attirer malgré les interdictions
- SystExt : Des intérêts difficiles à concilier dans la gestion de l'ancien site minier d'Abbaretz