Affaire Deranque : 2 assistants parlementaires de Raphaël Arnault en garde à vue

Robin Chalendard, second collaborateur du député LFI, soupçonné d'avoir hébergé un suspect après le lynchage mortel du 12 février à Lyon

Affaire Deranque : 2 assistants parlementaires de Raphaël Arnault en garde à vue
Hémicycle de l'Assemblée nationale française vide en plein jour Nathalie Rousselin / INFO.FR (img2img)

L'enquête sur le meurtre de Quentin Deranque prend une tournure politique explosive. Mercredi 18 février, le parquet de Lyon a confirmé que Robin Chalendard, second assistant parlementaire du député insoumis Raphaël Arnault, figure parmi les onze personnes placées en garde à vue. Après Jacques-Elie Favrot, interpellé mardi soir pour homicide volontaire, ce nouveau collaborateur est soupçonné d'avoir fourni une aide logistique aux auteurs présumés du lynchage qui a coûté la vie au militant nationaliste de 23 ans le 12 février dernier.

L'essentiel — les faits vérifiés
  • Robin Chalendard, 24 ans, second assistant parlementaire de Raphaël Arnault, placé en garde à vue mercredi 18 février pour avoir fourni une aide logistique aux suspects
  • Onze personnes au total en garde à vue, dont deux assistants parlementaires et un ancien stagiaire du député LFI, huit hommes et trois femmes âgés de 21 à 25 ans
  • Jacques-Elie Favrot, premier collaborateur interpellé mardi soir, soupçonné d'homicide volontaire dans le lynchage mortel de Quentin Deranque le 12 février à Lyon
  • Deux suspects fichés S parmi les gardés à vue, plusieurs anciens membres de la Jeune Garde, groupuscule antifasciste dissous cofondé par Raphaël Arnault
  • Pression politique intense sur le député du Vaucluse : Maud Bregeon, Jordan Bardella et Bruno Retailleau réclament son exclusion du groupe LFI, refusée par Manuel Bompard

Onze personnes en garde à vue, deux assistants parlementaires d’un député de La France insoumise parmi les suspects, et une pression politique qui s’intensifie d’heure en heure. Six jours après la mort de Quentin Deranque, frappé mortellement jeudi 12 février en marge d’une conférence de l’eurodéputée Rima Hassan à Sciences Po Lyon, l’enquête révèle des ramifications inattendues au cœur même de l’Assemblée nationale. Selon Le Parisien, Robin Chalendard, connu sous le pseudonyme de « Robin Michel » dans ses fonctions parlementaires, a été interpellé mardi soir en même temps que neuf autres suspects.

Un second collaborateur dans la tourmente

Robin Chalendard, âgé de 24 ans et collaborateur de Raphaël Arnault depuis 2025, principalement dans sa circonscription du Vaucluse, n’aurait pas participé directement aux violences. D’après Le Figaro, il ne ferait pas partie du noyau des six principaux suspects qui ont porté les coups mortels. Les enquêteurs de la Division de la criminalité territoriale du Rhône lui reprochent d’avoir été impliqué dans une « mise à disposition de moyens pour se soustraire aux recherches », selon les termes du procureur de la République de Lyon.

Connu du renseignement territorial pour son appartenance à la mouvance contestataire liée à l’ultragauche, Robin Chalendard est l’un des deux fichés S parmi les onze gardés à vue. Ancien membre de la Jeune Garde, le groupuscule antifasciste cofondé par Raphaël Arnault et dissous par le ministère de l’Intérieur, il aurait fourni un logement à Adrian B., un autre suspect interpellé qui avait lui-même effectué un stage à l’Assemblée nationale auprès du député insoumis. Ce dernier est, lui, soupçonné d’avoir participé directement aux coups portés.

Jacques-Elie Favrot, premier assistant impliqué

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L’affaire avait éclaté mardi soir avec l’interpellation de Jacques-Elie Favrot, assistant parlementaire de Raphaël Arnault depuis 2024, placé en garde à vue pour « homicide volontaire ». Le député avait immédiatement réagi sur le réseau social X, tentant de prendre ses distances :

« Comme indiqué par un communiqué de son avocat, mon collaborateur Jacques-Elie Favrot a cessé toutes ses activités parlementaires. Dès hier (lundi), avant d’apprendre son interpellation ce soir, nous avons engagé auprès des services de l’Assemblée les procédures pour mettre fin à son contrat. »

Selon TF1 Info, les onze suspects actuellement entendus, huit hommes et trois femmes âgés de 21 à 25 ans (à l’exception d’une femme d’une quarantaine d’années), ont été placés en garde à vue pour des durées pouvant aller jusqu’à 48 heures. L’enquête se poursuit sous les chefs « d’homicide volontaire » et « violences aggravées par trois circonstances : réunion, masqué et port d’armes », ainsi que « association de malfaiteurs dans l’intention de commettre un délit ».

Une pression politique croissante sur Raphaël Arnault

La révélation de l’implication de deux assistants parlementaires dans cette affaire place le député du Vaucluse sous une pression politique intense. La porte-parole du gouvernement Maud Bregeon a réclamé « l’exclusion » de Raphaël Arnault du groupe de La France insoumise, demande rapidement relayée par Jordan Bardella et le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau. Mais selon Le HuffPost, le mouvement mélenchoniste refuse catégoriquement de céder.

Manuel Bompard, coordinateur de LFI, a affirmé qu' »il n’est absolument pas question d’écarter Raphaël Arnault », arguant que le député « n’a commis aucun délit ou crime ». Auprès de LCI, l’insoumis Hadrien Clouet a confirmé que le contrat de Robin Chalendard avait également été rompu, tentant ainsi de couper les liens formels entre l’élu et ses collaborateurs mis en cause. Mais cette stratégie de distanciation rapide peine à convaincre l’opposition, qui voit dans ces interpellations la confirmation d’une proximité dangereuse entre LFI et les milieux violents d’extrême gauche.

Le drame du 12 février et ses ramifications

Quentin Deranque, 23 ans, avait été violemment agressé jeudi 12 février au soir par plusieurs personnes cagoulées. Il était venu assurer la sécurité de militantes du collectif identitaire Némésis lors d’une conférence organisée à Sciences Po Lyon. Souffrant d’un grave traumatisme crânien après avoir été lynché par un groupe de militants antifascistes, le jeune homme est décédé samedi 14 février. Son décès a provoqué une onde de choc dans le paysage politique français, ravivant les tensions autour de la violence politique et du rôle de certains groupuscules radicaux.

La Jeune Garde, dissoute officiellement mais dont plusieurs anciens membres figurent parmi les suspects, est particulièrement pointée du doigt. Fondée en 2018 par Raphaël Arnault pour « s’opposer à la violence des groupuscules d’extrême droite », cette organisation avait figuré parmi les soutiens officiels de l’alliance de gauche lors des élections législatives de 2024. Plusieurs suspects sont connus des services de renseignement, et deux d’entre eux sont fichés S en raison de leur appartenance à cette mouvance contestataire.

Des questions qui persistent

Au-delà des aspects judiciaires, cette affaire soulève des interrogations majeures sur les liens entre certains élus de La France insoumise et les milieux radicaux d’extrême gauche. Comment deux assistants parlementaires, rémunérés par l’Assemblée nationale, ont-ils pu être impliqués dans une affaire aussi grave ? Raphaël Arnault avait-il connaissance des activités de ses collaborateurs en dehors de leurs fonctions officielles ? Le député n’a pas souhaité s’exprimer publiquement sur le cas de Robin Chalendard, se contentant d’annoncer la rupture de son contrat par l’intermédiaire de ses collègues.

Les gardes à vue devraient se poursuivre jusqu’à jeudi, laissant aux enquêteurs le temps d’établir précisément le rôle de chacun dans le lynchage mortel. La justice devra déterminer qui a porté les coups fatals, qui a organisé l’expédition punitive, et qui a aidé les auteurs présumés à échapper aux recherches. Pour La France insoumise, l’enjeu est désormais de limiter les dégâts politiques d’une affaire qui pourrait durablement entacher l’image du mouvement et relancer le débat sur sa complaisance supposée envers les violences d’extrême gauche.

Sources

  • Le Parisien (18 février 2026)
  • France Info (18 février 2026)
  • Le Figaro (18 février 2026)
  • TF1 Info (18 février 2026)
  • Le HuffPost (18 février 2026)
  • Le JDD (18 février 2026)
Nathalie Rousselin

Nathalie Rousselin

Reporter et journaliste d'investigation. Parcours en sciences sociales et journalisme de terrain. Expertise dans le traitement des faits de société et les enquêtes de fond. Expérience en presse quotidienne régionale. Rejoint INFO.FR pour couvrir l'actualité société et les faits divers.

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