Affaire Epstein : un costume de Blanche-Neige et des mails avec le patron de Barclays

Les 3 millions de pages déclassifiées révèlent des échanges troublants entre Jeffrey Epstein et Jes Staley évoquant le personnage de Disney

Affaire Epstein : un costume de Blanche-Neige et des mails avec le patron de Barclays
Documents officiels déclassifiés de l'affaire Epstein sur un bureau d'enquête Pierre Monteil / INFO.FR (img2img)

Parmi les 3 millions de pages de documents déclassifiés fin janvier 2026 dans l'affaire Jeffrey Epstein, une correspondance interpelle : le financier américain aurait demandé à une femme non identifiée d'acheter un costume de Blanche-Neige, quelques semaines avant des échanges de mails avec Jes Staley, alors patron de la banque Barclays, faisant référence à ce même personnage. Ces révélations s'inscrivent dans la vaste publication ordonnée par l'administration Trump, comprenant plus de 2 000 vidéos et 180 000 photos, qui continue d'éclairer les réseaux du délinquant sexuel mort en 2019.

L'essentiel

  • Plus de 3 millions de pages, 2 000 vidéos et 180 000 photos ont été déclassifiées le 30 janvier 2026 dans l'affaire Epstein par le ministère de la Justice américain
  • Jeffrey Epstein a demandé l'achat d'un costume de Blanche-Neige avant des échanges de mails avec Jes Staley, ex-patron de Barclays, évoquant ce personnage
  • Le chef d'orchestre Frédéric Chaslin a écrit en 2013 avoir trouvé une étudiante en philosophie de 21 ans pour Epstein, affirmant qu'il s'agissait d'une simple interprète pour visiter des musées
  • Le prince Laurent de Belgique a confirmé avoir rencontré Epstein à deux reprises, déclinant ses propositions de projets liés à de la fraude environnementale
  • Un juge fédéral a refusé en août 2025 la publication des témoignages du grand jury, invoquant la protection de plus de 1 000 victimes dans cette affaire

Le 30 janvier 2026, le ministère de la Justice américain a publié une masse colossale de documents dans l’affaire Jeffrey Epstein. Selon La Dépêche, cette « nouvelle salve de documents figurant dans les ‘Epstein Files' » comprend plus de 3 millions de pages, plus de 2 000 vidéos et plus de 180 000 photos. Parmi cette documentation sans précédent, une correspondance attire particulièrement l’attention : celle évoquant un costume de Blanche-Neige et les échanges subséquents avec Jes Staley, l’ancien directeur général de la banque britannique Barclays.

Le mystérieux costume de Blanche-Neige

Dans les semaines précédant des échanges de courriels avec Jes Staley, Jeffrey Epstein aurait demandé à une femme dont l’identité n’a pas été révélée d’acquérir un costume de Blanche-Neige. Cette demande, apparemment anodine, prend une dimension troublante lorsqu’on la met en perspective avec les correspondances ultérieures entre le financier et le banquier britannique. Les documents déclassifiés montrent que les deux hommes ont évoqué à plusieurs reprises ce personnage de Disney dans leurs échanges, sans que le contexte précis de ces références ne soit clairement établi.

Jes Staley, qui a dirigé Barclays de 2015 à 2021, entretenait des relations professionnelles et personnelles avec Jeffrey Epstein depuis les années 2000, lorsqu’il occupait des fonctions dirigeantes chez JPMorgan Chase. Le banquier a toujours affirmé n’avoir eu aucune connaissance des activités criminelles d’Epstein, insistant sur le caractère strictement professionnel de leur relation. Toutefois, la nature de ces échanges évoquant Blanche-Neige soulève de nouvelles interrogations sur la proximité réelle entre les deux hommes.

Une avalanche de révélations embarrassantes

La publication de ces millions de documents intervient dans un contexte politique tendu. Comme le rapporte Euronews, l’administration Trump avait promis durant la campagne électorale de 2024 de « lever les scellés sur tous les documents relatifs à cette affaire afin de faire preuve d’une totale transparence ». Cependant, cette promesse s’est heurtée à des obstacles juridiques et politiques, notamment après qu’un juge fédéral a refusé en août 2025 la publication des témoignages du grand jury.

Parmi les personnalités citées dans ces documents figurent plusieurs Français. La Dépêche révèle notamment le cas du chef d’orchestre Frédéric Chaslin, qui a vigoureusement réagi « après la publication d’un courriel adressé en 2013 au criminel sexuel américain dans lequel il disait » avoir trouvé une jeune femme pour Epstein. Dans un mail du 12 septembre 2013, Chaslin écrivait : « J’ai trouvé une fille formidable pour ton prochain séjour à Paris. Étudiante en philosophie. 21 ans. Elle ressemble un peu à l’épouse actuelle de Polanski. »

« Il est totalement inadmissible et faux d’insinuer que j’aurais ‘trouvé une fille’ pour Jeffrey Epstein. La réalité est simple et vérifiable : il m’avait demandé de lui recommander une interprète afin de l’accompagner dans la visite de musées parisiens », a déclaré Frédéric Chaslin dans un communiqué publié sur X.

Des connexions européennes étendues

Les documents révèlent également que Jeffrey Epstein avait tenté d’établir des contacts avec la royauté européenne. Selon Histoires Royales, le prince Laurent de Belgique, frère cadet du roi Philippe, a confirmé avoir été approché par le financier américain à plusieurs reprises dans les années 1990 et 2000. Dans un communiqué du 2 février 2026, le prince a révélé qu’Epstein « voulait rencontrer mes parents pour les présenter à ses amis milliardaires » et lui avait proposé « de participer à un projet dans le secteur de l’environnement » qui était « clairement lié à de la fraude ».

Le réalisateur français Michel Hazanavicius, auréolé du succès de son film « The Artist », figure également dans les correspondances. La Dépêche indique qu’Epstein l’aurait approché en 2012 via son assistante Lesley Groff, et que les deux hommes se seraient rencontrés dans l’appartement parisien du financier, avenue Foch. Les échanges de mails montrent qu’Epstein invitait régulièrement le cinéaste à des dîners lors de ses passages à Paris, invitations que Hazanavicius aurait le plus souvent déclinées.

Des demandes banales révélatrices d’un mode de vie

Au-delà des connexions avec des personnalités, les documents révèlent aussi les habitudes quotidiennes d’Epstein. Les Titis du PSG rapporte qu’en mars 2018, le financier avait demandé deux billets pour assister au match retour des huitièmes de finale de la Ligue des Champions entre le PSG et le Real Madrid au Parc des Princes. Sa demande de billets gratuits avait été refusée par les deux clubs. Ce détail, apparemment anodin, illustre l’étendue des tentatives d’Epstein pour s’immiscer dans tous les cercles d’influence, du sport de haut niveau aux institutions culturelles.

Ces révélations interviennent alors que l’affaire continue de secouer la classe politique américaine. Selon L’Humanité, un mail de 2019 attribué à Epstein affirme que Donald Trump « savait à propos des filles », une accusation que le président américain a toujours fermement démentie. Le document indique qu' »il savait à propos des filles, comme il a demandé à Ghislaine d’arrêter », en référence à Ghislaine Maxwell, la complice d’Epstein qui purge actuellement une peine de 20 ans de prison.

Les limites de la transparence

Malgré l’ampleur de cette publication, des zones d’ombre persistent. Comme le souligne Le Monde, un juge fédéral a refusé en août 2025 de lever le secret judiciaire sur les documents émanant du grand jury, estimant que « le gouvernement n’a pas démontré qu’il existait des circonstances particulières qui justifieraient la divulgation de ces dossiers normalement tenus secrets ». Le juge Richard Berman a également souligné que la levée du secret sur ces documents « pourrait menacer la sécurité et la vie privée des plus de 1 000 victimes dans cette affaire ».

Il est important de noter, comme le précise La Dépêche, que « cette montagne de documents a été publiée sans contexte et le fait d’être cité n’implique absolument pas un lien avec les activités criminelles de l’homme d’affaires ». La simple présence d’un nom dans la correspondance d’Epstein ne constitue pas une preuve de participation ou de connaissance de ses crimes, le financier ayant entretenu des relations professionnelles et sociales avec des centaines de personnalités dans le monde entier.

« Les 100 000 pages de dossiers et documents sur Epstein que détient le gouvernement surpassent largement les quelque 70 pages issues du grand jury », a déclaré le juge Richard Berman selon Le Monde, ajoutant que « le gouvernement est la partie la plus à même de procéder à une divulgation complète au public du dossier Epstein ».

L’affaire Epstein continue ainsi de révéler, fragment par fragment, l’étendue du réseau que le financier avait tissé pendant des décennies. Entre les demandes de costumes de personnages Disney, les tentatives d’approche de la royauté européenne et les connexions avec le monde de la finance internationale, ces 3 millions de pages dessinent le portrait d’un homme qui utilisait sa fortune et ses relations pour s’immiscer dans tous les cercles du pouvoir. Reste à savoir si les prochaines révélations permettront enfin de faire toute la lumière sur les complicités qui ont permis à ses crimes de perdurer aussi longtemps, ou si elles ne feront qu’ajouter de nouveaux noms à une liste déjà longue de personnalités embarrassées par leur simple présence dans les carnets d’adresses d’un criminel.

Sources

  • La Dépêche (3 février 2026)
  • Histoires Royales (2 février 2026)
  • Les Titis du PSG (2 février 2026)
  • Le Monde (21 août 2025)
  • Euronews (19 juillet 2025)
  • L'Humanité (12 novembre 2025)
Marie Delacroix

Marie Delacroix

Journaliste spécialisée dans les questions environnementales et scientifiques. Formation en journalisme scientifique et développement durable. Expertise reconnue sur les enjeux climatiques, la transition énergétique et la biodiversité. Couvre également l'innovation technologique et la recherche. Membre fondateur d'INFO.FR, elle apporte un éclairage expert sur les défis écologiques contemporains.