Affaire Fontano : le cinéma péi appelé à rompre le silence à La Réunion
Après la publication d'une enquête nationale, syndicats et associations réunionnais exigent la fin de l'omerta dans le milieu culturel.
Quatre femmes accusent le réalisateur et metteur en scène réunionnais Vincent Fontano de viols et harcèlement sexuel lors de faux castings à Saint-Denis. Depuis la parution d'une enquête de Les Jours le 22 avril 2026, le milieu culturel péi est sous pression. Syndicats et associations appellent à briser le silence.
Vincent Fontano est une figure connue du milieu artistique réunionnais : acteur, auteur, metteur en scène de théâtre et réalisateur. Depuis le 22 avril 2026, son nom est au cœur d’une affaire judiciaire et sociale qui ébranle le cinéma local. Le média national Les Jours a publié une enquête détaillant les accusations de quatre femmes, qui décrivent un mode opératoire similaire : de faux castings organisés à son domicile de Saint-Denis, entre 2020 et 2023, au cours desquels elles auraient subi viols et harcèlement sexuel.
Deux plaintes, deux issues différentes
Une première plainte pour viol a été déposée en mai 2021 à Saint-Denis. Elle a été classée sans suite en juillet 2023, faute d’éléments probants, selon Réunion La 1ère. Une deuxième plainte, cette fois pour harcèlement sexuel, a été déposée en janvier 2026 dans l’Hexagone. Cette procédure est toujours en cours.
Vincent Fontano nie fermement toutes les accusations. Via son avocat Me Jean-Pierre Gauthier, il a déclaré : « Je jure sur ma vie que je n’ai jamais agressé, forcé, humilié ou violé qui que ce soit. » Il a par ailleurs déposé une plainte pour dénonciation calomnieuse, selon linfo.re. Son conseil insiste sur la distinction entre les déclarations des parties et la vérité judiciaire, qui reste à établir.
Le milieu culturel réagit
La publication de l’enquête a provoqué des réactions immédiates. Le syndicat Reyone, principal syndicat de producteurs de films à La Réunion, a publié le 24 avril 2026 un communiqué soutenant les victimes présumées et appelant à « rompre le silence », en annonçant des mesures contre les violences sexuelles dans le secteur, selon Zinfos 974.
Le même jour, quatre organisations - NousToutes974, Mouvman FH+, la CGTR Spektak et l’Union des Femmes Réunionnaises - ont signé un communiqué conjoint. Elles critiquent une omerta persistante dans le secteur culturel péi et réclament des changements structurels. Des affaires similaires de violences sexuelles en série ont également secoué d’autres villes françaises ces derniers mois, illustrant la portée nationale de ces enjeux.
Plusieurs théâtres et institutions culturelles réunionnaises ont pris leurs distances avec Vincent Fontano depuis la parution de l’enquête, selon linfo.re. Le média précise que les témoignages recueillis par Les Jours pointent des « positions de pouvoir » - réalisateur, metteur en scène - comme facteurs facilitant les dérives.
Une omerta dénoncée dans la culture péi
L’enquête de la journaliste Juliette Pierron pour Les Jours s’inscrit dans une série plus large sur les violences sexuelles dans la culture réunionnaise. Son titre - « La Réunion, l’île du silence » - résume la tonalité du propos. Le milieu artistique local, selon les associations signataires, aurait longtemps couvert ou ignoré des comportements problématiques au nom de la solidarité professionnelle.
La question du traitement judiciaire des plaintes se pose également : la première, classée sans suite après deux ans d’instruction, alimente les critiques sur la prise en charge des victimes présumées dans ce type d’affaire. Des interrogations sur la fiabilité des procédures judiciaires dans des affaires sensibles sont régulièrement soulevées en France. La procédure engagée en janvier 2026 reste, elle, en cours. Aucune date d’audience n’a été communiquée à ce stade.
Sources
- Les Jours : À La Réunion, un réalisateur accusé de viols et harcèlement sexuel
- Réunion La 1ère : Violences sexuelles présumées : Vincent Fontano se défend, les milieux culturel et associatif réagissent
- Zinfos 974 : "Il faut rompre le silence" : comment l'affaire Fontano met le cinéma péi sous les mauvais projecteurs
- LINFO.re : Vincent Fontano : « Je jure sur ma vie que je n'ai jamais agressé, forcé, humilié ou violé qui que ce soit »