Algues en déclin : une association replante des laminaires au large de Loire-Atlantique
Face au recul des forêts sous-marines bretonnes dû au réchauffement, des initiatives locales tentent de restaurer ces écosystèmes menacés.
Les macroalgues brunes disparaissent à vue d'œil des côtes atlantiques. En Loire-Atlantique, l'association Estuaire Loire Vilaine a lancé cette année un projet de réimplantation de laminaires. L'économie et la biodiversité sont en jeu.
L’eau se réchauffe, et les forêts sous-marines rétrécissent. Selon France 3 Bretagne, le déclin des Laminaria digitata - ces grandes algues brunes qui structurent les fonds côtiers - s’est accéléré depuis 2025 sur les côtes bretonnes et atlantiques. La cause : des températures de l’eau régulièrement supérieures à 17°C, un seuil au-delà duquel ces espèces ne peuvent plus se reproduire. Poissons, crustacés et biodiversité littorale en font les frais.
En Loire-Atlantique, l’association Estuaire Loire Vilaine n’attend pas. Soutenue par la Fondation de la Mer, elle a engagé en 2026 un programme de restauration des laminaires, avec des protocoles expérimentaux de réimplantation. L’objectif est double : recréer des habitats sous-marins fonctionnels et limiter l’érosion côtière que la disparition de ces « forêts » accélère. Le projet bénéficie également de fonds européens via le FEAMPA, selon les documents officiels consultés. Un contexte comparable frappe d’autres façades maritimes : en Méditerranée, les pêcheurs corses subissent eux aussi de plein fouet le réchauffement des eaux.
Un enjeu économique de premier plan
Les laminaires ne sont pas qu’un maillon écologique. En Bretagne, leur récolte représente 60 000 à 70 000 tonnes par an, assurée par une trentaine de navires, selon les données de la préfecture de région. Cette filière alimente l’industrie cosmétique, alimentaire et pharmaceutique. Sa fragilisation inquiète l’ensemble de la filière des algues. À Oléron, les ostréiculteurs font face à d’autres perturbations algales, signe que le littoral atlantique est sous pression sur plusieurs fronts.
Pour mieux comprendre ces dynamiques, le projet ALCID a été lancé en novembre 2025, financé à hauteur de 85 000 euros sur 18 mois. Des chercheurs sont en résidence à Océanolab, à Brest, du 11 avril au 1er novembre 2026, pour étudier l’impact du changement climatique et des espèces invasives sur les champs d’algues bretonnes, selon la Fondation pour la Biodiversité.
La France attendue au tournant
Le cadre réglementaire pousse aussi à agir. D’ici août 2026, la France doit soumettre à l’Union européenne son plan national de restauration de la nature, incluant les habitats marins, pour une mise en œuvre jusqu’en juin 2032, selon le Conseil économique, social et environnemental. Les initiatives locales comme celle de Loire-Atlantique s’inscrivent dans ce calendrier. Le Monde souligne de son côté qu’il « faut restaurer les écosystèmes qu’on a dégradés » - formule qui résume l’état d’esprit d’une communauté scientifique de plus en plus mobilisée.
Prochaine étape : les résultats des expérimentations ALCID à Océanolab sont attendus à partir de novembre 2026, et pourraient alimenter les recommandations du plan national de restauration.
Sources
- Le Monde : Les algues, victimes du dérèglement climatique : 'Il faut restaurer les écosystèmes qu'on a dégradés'
- Fondation de la Mer : Restaurer les laminaires en Loire-Atlantique
- France 3 Bretagne : Climat : l'extinction de forêts sous-marines menace poissons et crustacés
- Fondation pour la Biodiversité : ALCID : protéger les forêts d'algues bretonnes face au changement climatique