Ambulanciers guyanais : la hausse du carburant menace les interventions d’urgence

Le gazole à 2,19 euros le litre en Guyane depuis le 1er mai pèse sur les coûts des ambulanciers, qui redoutent de devoir hésiter avant d'intervenir.

Ambulanciers guyanais : la hausse du carburant menace les interventions d'urgence
Illustration Sylvie Tchangou / info.fr

Depuis le 1er mai 2026, le gazole routier a bondi de 20 centimes en Guyane pour atteindre 2,19 euros le litre. Les ambulanciers, dont le carburant représente un quart des dépenses, alertent sur un risque concret devoir hésiter avant de rejoindre un patient éloigné. Les syndicats ont quitté le ministère de la Santé le 28 avril sans solution.

Depuis le 1er mai 2026, le gazole routier a bondi de 20 centimes en Guyane pour atteindre 2,19 euros le litre. Les ambulanciers, dont le carburant représente un quart des dépenses, alertent sur un risque concret : devoir hésiter avant de rejoindre un patient éloigné. Les syndicats ont quitté le ministère de la Santé le 28 avril sans solution.

L’essentiel

  • Prix du gazole : 2,19 €/litre en Guyane depuis le 1er mai 2026, hausse de 20 centimes sur un mois, confirmée par la Préfecture de Guyane.
  • Hausse cumulée : +33 % par rapport à avril 2025, où le gazole était autour de 1,65 euro le litre, selon les données INSEE et la préfecture.
  • Part dans les coûts : le carburant représente un quart des dépenses opérationnelles des ambulanciers guyanais, selon La1ere.fr.
  • Ministère de la Santé : les syndicats reçus le 28 avril 2026, sans perspective de solution immédiate.
  • Aide de l’État : 70 euros par véhicule, jugée insuffisante par les organisations professionnelles.

Un prix qui dépasse le seuil symbolique des 2 euros

La Préfecture de Guyane a officialisé les prix maxima pour mai 2026 : le sans-plomb à 2,08 euros le litre (+10 centimes), le gazole routier à 2,19 euros (+20 centimes). Ces tarifs sont fixés chaque mois par arrêté préfectoral dans le cadre du régime de prix réglementés applicable dans ce territoire d’outre-mer.

La cause principale identifiée : les répercussions du conflit au Moyen-Orient sur les marchés mondiaux des hydrocarbures, selon la Préfecture de Guyane. En un an, la hausse cumulée sur le gazole atteint environ 33 %, d’après les données de l’INSEE et de la préfecture, qui situe le litre à 1,65 euro en avril 2025.

Pour mémoire, une première hausse sensible avait déjà frappé la Guyane au 1er avril 2026, avant cette nouvelle progression de mai.

Un quart des dépenses, des interventions en question

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Pour les sociétés d’ambulances, la facture carburant n’est pas un poste marginal. Selon La1ere.fr, elle représente un quart de leurs coûts opérationnels. Dans un territoire où les distances peuvent dépasser 50 kilomètres pour atteindre certains patients, chaque intervention génère une consommation importante.

C’est là que la situation devient préoccupante sur le plan sanitaire. Les professionnels, toujours selon La1ere.fr, craignent de devoir « se poser des questions avant d’aller rejoindre un malade » - formule reprise directement par les ambulanciers dans leurs alertes publiques. Le risque de refus ou d’hésitation sur des interventions pour des patients éloignés est désormais explicitement évoqué par les opérateurs.

Cette situation n’est pas sans rappeler les tensions rencontrées par d’autres professionnels du transport sanitaire en France métropolitaine. Dans le Gers, les taxis confrontés à une aide de 50 euros pour un surcoût estimé à 500 euros ont exprimé une colère comparable face à l’État.

L’aide de 70 euros par véhicule jugée insuffisante

L’État a mis en place une aide de 70 euros par véhicule pour les ambulanciers. Les syndicats la jugent dérisoire au regard de la hausse réelle des charges. Selon La1ere.fr, seule source sur ce point, les organisations professionnelles réclament une revalorisation des tarifs des prestations fixés par la Sécurité sociale - ces tarifs conditionnant directement les recettes des entreprises, qui ne peuvent pas librement ajuster leurs prix.

En avril 2026, l’État avait par ailleurs accordé une aide exceptionnelle de 20 centimes par litre aux TPE et PME du transport routier, selon info.fr. Mais cette mesure était limitée au seul mois d’avril et ne couvre pas les ambulanciers au-delà de ce délai.

Le 2 avril 2026, les transporteurs, ambulanciers inclus, avaient tenu une conférence de presse à Cayenne pour alerter sur l’impact économique de la hausse. Le collectif avait appelé à une mobilisation du secteur, selon Peyi Guyane.

Le ministère de la Santé interpellé, sans réponse immédiate

Le 28 avril 2026, les représentants syndicaux des ambulanciers guyanais ont été reçus au ministère de la Santé. La réunion n’a pas débouché sur des mesures concrètes, selon La1ere.fr, confirmé par RMC/BFMTV qui relève que les ambulanciers sont « remontés contre le gouvernement » après une « réunion qui ne résout pas l’urgence de la situation ».

Les syndicats maintiennent leur demande de revalorisation des tarifs Sécu. Sans ajustement, le modèle économique de certaines structures - notamment les petites entreprises opérant sur des zones enclavées - risque d’être mis sous tension dans les prochains mois.

Contexte dans la Guyane

La Guyane est un territoire de 290 000 kilomètres carrés, en grande partie forestier, où les infrastructures routières sont limitées à quelques axes principaux. Les distances entre communes peuvent atteindre plusieurs dizaines de kilomètres, et les alternatives à la route sont rares voire inexistantes dans les zones isolées de l’intérieur. Cette géographie rend la dépendance au carburant structurellement plus forte qu’en métropole pour tout service de transport sanitaire.

Historiquement, la Guyane avait déjà connu des hausses de carburant significatives en 2022, dans le contexte de la guerre en Ukraine. L’INSEE avait alors mesuré des progressions mensuelles allant jusqu’à 1,9 % sur l’énergie. La situation actuelle, alimentée par le conflit au Moyen-Orient, présente des similitudes en termes de dynamique de prix, mais la durée et l’ampleur restent à évaluer.

Le territoire compte par ailleurs plusieurs communes accessibles uniquement par voie fluviale ou aérienne - Saint-Georges, Grand-Santi, Maripasoula - , ce qui rend d’autant plus critique le maintien d’un maillage ambulancier fonctionnel sur les axes routiers existants. Un accident mortel survenu récemment à Mana sur la RD10 a rappelé la vulnérabilité des populations dans ces zones peu desservies.

Prochaine étape : un suivi ministériel attendu fin mai

De nouveaux échanges entre les syndicats et le ministère de la Santé sont attendus fin mai 2026. Les tarifs préfectoraux du carburant pour juin seront fixés dans les prochaines semaines, et pourraient constituer un nouveau point de tension si la tendance haussière se poursuit sur les marchés internationaux.

Sources

Sylvie Tchangou

Sylvie Tchangou

Sylvie est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Guyane (973), avec Cayenne pour chef-lieu. Spécialité du département : Centre spatial Kourou et Amazonie française. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Outre-mer.

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