Angoulême : le procès d’un policier accusé de harcèlement sexuel renvoyé à 2027
Jugé pour avoir harcelé quatre femmes venues déposer plainte, le fonctionnaire reste en poste au commissariat d'Angoulême.
Le procès d'un policier de 49 ans du commissariat d'Angoulême, accusé de harcèlement sexuel sur quatre femmes venues porter plainte en 2022, n'aura pas lieu ce 29 avril. Il est renvoyé au 23 mars 2027, après une demande de dépaysement formulée par la défense.
Le policier de 49 ans devait comparaître ce mercredi devant le tribunal correctionnel d’Angoulême. L’audience n’a pas eu lieu. La défense a déposé une demande de dépaysement, transmise au parquet général de Bordeaux pour examen. Les parties civiles dénoncent une manœuvre dilatoire. La prochaine date est fixée au 23 mars 2027, selon Charente Libre.
L’essentiel
- Quatre victimes : des femmes venues déposer plainte en 2022 pour viol, agression sexuelle, violence conjugale ou escroquerie.
- Procès renvoyé : prévu le 29 avril 2026, il est reporté au 23 mars 2027 suite à une demande de dépaysement de la défense.
- Enquête IGPN : déclenchée par une psychologue du commissariat, elle a permis de saisir le téléphone du policier et d’y trouver des traces de conversations à caractère sexuel.
- Toujours en poste : le fonctionnaire est muté dans un service sans contact avec le public, mais reste au commissariat d’Angoulême.
- Précédent local : en janvier 2026, un autre policier du même commissariat avait reconnu un viol et cinq tentatives d’enlèvement.
Ce qui s’est passé en 2022
Les faits reprochés remontent à 2022. Le policier exerçait au commissariat d’Angoulême lorsque quatre femmes sont venues y déposer plainte. Les motifs de ces plaintes étaient graves : viol, agression sexuelle, violence conjugale, escroquerie. Des situations de grande vulnérabilité.
Selon Charente Libre, le fonctionnaire a obtenu les numéros de téléphone de ces femmes en invoquant la nécessité de suivre leurs dossiers. Il leur a ensuite envoyé des messages à connotation sexuelle, proposé des rencontres nocturnes et imposé des échanges intimes.
Une psychologue à l’origine de l’enquête
L’affaire n’a pas été signalée par la hiérarchie directe du policier. C’est une psychologue du commissariat qui a alerté après avoir recueilli le témoignage d’une plaignante. Elle a fait part de ses soupçons, déclenchant l’ouverture d’une enquête.
L’Inspection générale de la police nationale (IGPN) a été saisie. Les enquêteurs ont saisi le téléphone du fonctionnaire. Les traces des conversations ont été retrouvées, confirmant les accusations portées par les quatre femmes.
Une demande de dépaysement contestée
La défense a demandé le renvoi du dossier devant une autre juridiction, invoquant des liens supposés entre le prévenu et le tribunal d’Angoulême. Cette demande de dépaysement doit être examinée par le parquet général de Bordeaux.
Les parties civiles ne partagent pas cette analyse. Elles y voient une tactique destinée à repousser l’échéance judiciaire, selon Charente Libre. Le renvoi au 23 mars 2027 représente près d’un an supplémentaire d’attente pour les victimes, cinq ans après les faits.
Le policier toujours au commissariat
Malgré les poursuites, le fonctionnaire n’a pas été suspendu. Il travaille toujours au commissariat d’Angoulême, mais a été muté dans un service sans contact avec le public. Une mesure administrative qui n’empêche pas toute confrontation : l’une des victimes l’a recroisé lors d’un accident de circulation, selon Charente Libre.
Cette situation illustre les limites du cadre disciplinaire applicable aux fonctionnaires de police en attente de jugement. La mise à l’écart du public ne vaut pas suspension.
Contexte dans la Charente
Ce dossier n’est pas isolé dans le département. En janvier 2026, un autre policier de 45 ans, lui aussi affecté au commissariat d’Angoulême, avait reconnu lors de sa garde à vue le viol d’une adolescente de 17 ans et cinq tentatives d’enlèvement de femmes. Il aurait utilisé la formule « Monte ou je te bute », selon les informations de Charente Libre et d’Ouest-France. Deux affaires distinctes, deux policiers différents, le même commissariat.
Ces deux cas surviennent dans un contexte national dégradé. En 2025, les services de sécurité français ont enregistré 132 300 victimes de violences sexuelles, soit une hausse de 8 % par rapport à 2024, dont 76 200 mineures (58 % des cas), selon le ministère de l’Intérieur. En 2023, le nombre de femmes de 18 ans et plus victimes de viols, tentatives de viol ou agressions sexuelles était estimé à 277 000 en France, selon le gouvernement. L’association Nous Toutes rappelle que plus d’une femme sur deux (53 %) a déjà été victime de harcèlement ou d’agression sexuelle.
L’affaire d’Angoulême pose une question précise : que se passe-t-il lorsque le lieu censé accueillir les victimes devient lui-même un espace de danger ? La confiance dans les forces de l’ordre dépend aussi de la réponse apportée à ce type de situation. D’autres affaires de violences impliquant des agents de sécurité ont récemment illustré la même fragilité institutionnelle à l’échelle nationale. Des dossiers comme celui d’interpellations pour agression montrent à quel point la chaîne judiciaire peut être sollicitée simultanément à plusieurs niveaux.
Une audience en mars 2027
Le tribunal correctionnel d’Angoulême devra statuer sur la demande de dépaysement avant toute chose. Si elle est rejetée, le dossier reviendra devant la même juridiction. Si elle est acceptée, une autre juridiction sera désignée. Dans les deux cas, le fond n’a pas encore été examiné.
Les quatre plaignantes devront patienter jusqu’au 23 mars 2027 au minimum avant d’être entendues sur les faits eux-mêmes.
Sources
- Charente Libre : Un policier d'Angoulême poursuivi pour harcèlement sexuel : le procès renvoyé
- Charente Libre : Le policier d'Angoulême avoue un viol et cinq tentatives d'enlèvement
- Ministère de l'Intérieur : Victimes de violences physiques et sexuelles enregistrées en hausse en 2025
- NousToutes : Comprendre les chiffres des violences sexuelles