Annecy : la mairie accusée d’avoir racheté 1000 journaux sur l’affaire de viol
RSF et L'Essor Savoyard dénoncent une tentative de censure après la publication d'accusations visant le premier adjoint Anthony Granger
Le 4 juin 2026, près de 1000 exemplaires de L'Essor Savoyard ont été rachetés en urgence dans les kiosques d'Annecy. Le journal venait de publier les accusations de viol visant le premier adjoint au maire. Une enquête de Reporters sans frontières, dévoilée ce 20 juillet, pointe la mairie.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Le 4 juin 2026, près de 1000 exemplaires de L'Essor Savoyard ont été rachetés en urgence à Annecy après la publication d'accusations de viol visant le premier adjoint au maire.
- RSF accuse Myriam Clerc, conseillère du maire Antoine Armand, d'avoir participé à l'opération d'achat massif documentée par vidéosurveillance.
- Anthony Granger, visé par une plainte pour viol déposée le 25 avril 2026 concernant des faits de 2023, a été mis en retrait le 29 juin 2026.
- Le maire d'Annecy dément toute consigne officielle ou utilisation d'argent public dans cette opération.
Le 4 juin 2026, dès l’ouverture des points de vente, une razzia s’est abattue sur l’hebdomadaire L’Essor Savoyard à Annecy. Près de 3000 exemplaires ont été achetés en quelques heures, soit une hausse de 50 % des ventes habituelles. La raison : la une du journal consacrait son dossier aux accusations de viol présumé visant Anthony Granger, premier adjoint au maire.
Le 20 juillet 2026, Reporters sans frontières (RSF) et L’Essor Savoyard publient une enquête conjointe qui accuse la mairie d’Annecy d’avoir orchestré cette opération pour étouffer l’affaire.
Un rachat massif dès le matin du 4 juin
Selon l’enquête de RSF, des acheteurs se sont présentés dès l’ouverture dans plusieurs kiosques et supermarchés d’Annecy. Dans une grande surface, des personnes se sont fait passer pour des salariés du journal, prétextant une erreur d’impression pour récupérer d’un coup 146 exemplaires, rapporte L’Essor Savoyard.
Les caméras de surveillance et les témoignages de buralistes ont permis d’identifier plusieurs acheteurs. Parmi eux, Myriam Clerc, conseillère spéciale du maire Antoine Armand, affirme RSF. Un élu de la majorité municipale, sous anonymat, a confirmé au Figaro que certains membres du conseil avaient reçu l’ordre d’acheter des journaux « dans un moment de panique ».
L’affaire Anthony Granger
L’article de L’Essor Savoyard du 4 juin relatait le témoignage d’une victime présumée. La plainte pour viol a été déposée le 25 avril 2026, selon France 3. Elle concerne des faits survenus en 2023 sur un ancien collaborateur alors âgé de 18 ans. Une enquête préliminaire est en cours.
Anthony Granger a été officiellement mis en retrait de ses fonctions de premier adjoint le 29 juin 2026, lors du conseil municipal, rapporte Le Temps. Le maire a pris cette décision trois semaines après la publication de l’article.
Le maire dément toute consigne
Interrogé par Le Temps, Antoine Armand dément formellement avoir donné la moindre directive. « Aucune consigne n’a été passée par la Ville, le cabinet ou moi-même. Aucun argent public n’a été utilisé », a déclaré le maire d’Annecy.
RSF maintient ses accusations et parle d’une « tentative grossière de censure ». L’ONG a documenté les achats grâce aux vidéos de surveillance et aux déclarations de plusieurs points de vente. Selon l’organisation, l’opération visait à faire disparaître l’article des kiosques avant que les lecteurs habituels ne le trouvent.
Contexte dans la Haute-Savoie
Annecy, préfecture de la Haute-Savoie, compte environ 130 000 habitants. La ville est dirigée par Antoine Armand depuis 2020. L’Essor Savoyard, hebdomadaire local fondé en 1861, tire habituellement à environ 2000 exemplaires en Haute-Savoie.
Cette affaire intervient dans un département où la presse locale reste un relais d’information fort. Les accusations de tentative de censure par une collectivité ont suscité des réactions au-delà du département. RSF a classé cet épisode parmi les atteintes à la liberté de la presse en France en 2026.
Réactions et suite judiciaire
L’enquête préliminaire contre Anthony Granger suit son cours. Le parquet d’Annecy n’a pas communiqué de calendrier. La plaignante, dont l’identité est protégée, avait accordé un témoignage anonymisé à L’Essor Savoyard.
Côté politique, plusieurs élus d’opposition ont réclamé des explications en conseil municipal. Le maire a maintenu sa version lors de la séance du 15 juillet. Aucune procédure n’a été engagée à ce stade contre les personnes identifiées par RSF comme ayant participé aux achats massifs.
L’affaire continue de marquer la vie politique annécienne. Le retrait d’Anthony Granger ne clôt pas le dossier : l’issue de l’enquête judiciaire déterminera la suite.