Depuis le début du mois de décembre 2025, les parquets de Bruxelles et de Paris font face à une recrudescence inquiétante de signalements concernant de faux courriers électroniques. Ces messages frauduleux, qui usurpent l'identité des procureurs et des services de police, accusent leurs destinataires d'infractions fictives, notamment liées à la consultation de sites pornographiques. Une technique d'hameçonnage particulièrement insidieuse qui vise à extorquer des données personnelles et bancaires.
L'essentiel
- Le parquet de Bruxelles a enregistré une forte augmentation des signalements début décembre 2025 concernant de faux e-mails usurpant l'identité du procureur général Frédéric Van Leeuw
- Les escrocs accusent leurs victimes d'infractions fictives, notamment liées à la consultation de sites pornographiques, pour créer un climat d'anxiété propice à la manipulation
- La préfecture de Police de Paris et l'ANTAI ont également émis des alertes similaires entre août et novembre 2025, révélant une campagne coordonnée à l'échelle européenne
- Les personnes âgées constituent la cible privilégiée de ces arnaques, selon une note du ministère de l'Intérieur français publiée en 2023
- Les autorités recommandent de transférer tout message suspect à suspect@safeonweb.be en Belgique et au 33700 en France pour alimenter les systèmes de prévention
Le 4 décembre 2025, le parquet de Bruxelles a lancé une alerte sans précédent. Selon La Libre Belgique, ces dernières semaines ont vu exploser le nombre de citoyens recevant des courriers électroniques frauduleux se faisant passer pour le Ministère Public ou le procureur général Frédéric Van Leeuw. Dans ces messages soigneusement élaborés, les escrocs prétendent que le destinataire fait l’objet d’une enquête judiciaire, créant un climat d’anxiété propice à la manipulation.
La technique employée repose sur un mécanisme psychologique bien rodé : l’intimidation par l’autorité. Les victimes reçoivent des e-mails aux apparences officielles, parfois accompagnés du logo des institutions judiciaires, les informant qu’elles sont poursuivies pour des infractions graves. Parmi les accusations les plus fréquemment invoquées figurent la consultation de contenus pornographiques illégaux, une thématique particulièrement anxiogène qui pousse les destinataires à réagir impulsivement.
Une vague transfrontalière qui touche la France et la Belgique
L’ampleur du phénomène dépasse largement les frontières belges. Comme le rapporte Actu.fr, la préfecture de Police de Paris a également émis un avertissement le 8 août 2025 concernant de faux messages circulant à Neuilly-sur-Seine. Les autorités françaises soulignent que « l’expéditeur usurpe l’identité de la police », une pratique qui s’inscrit dans une tendance plus large d’usurpation d’identité des services publics.
Cette stratégie criminelle ne se limite pas aux seules autorités judiciaires. Selon CNews, l’Agence Nationale de Traitement Automatisé des Infractions (ANTAI) fait également l’objet d’une campagne massive d’usurpation depuis le 16 novembre 2025. Les escrocs envoient de faux avis de contravention routière, exploitant la crainte des amendes majorées pour inciter au paiement immédiat via des sites frauduleux.
Un arsenal technique sophistiqué au service de la fraude
Les méthodes employées par ces cybercriminels révèlent un niveau de sophistication préoccupant. D’après les informations communiquées par l’Autorité des marchés financiers le 19 mai 2025, certaines campagnes de phishing visent même les professionnels du secteur financier. Ces attaques utilisent des pièces jointes piégées capables d’installer des logiciels d’accès à distance, permettant aux pirates de prendre le contrôle complet des systèmes informatiques.
Le parquet de Bruxelles insiste sur la dangerosité de ces messages : « Ces e-mails sont des faux et peuvent être dangereux. Soyez vigilant, n’ouvrez pas les pièces jointes et ne cliquez pas sur les liens contenus dans l’e-mail. » Cette mise en garde reflète l’inquiétude croissante des autorités face à l’industrialisation de ces pratiques frauduleuses.
« Ces e-mails sont des faux et peuvent être dangereux. Soyez vigilant, n’ouvrez pas les pièces jointes et ne cliquez pas sur les liens contenus dans l’e-mail », selon le parquet de Bruxelles.
Des victimes vulnérables et des conséquences dramatiques
Les personnes âgées constituent la cible privilégiée de ces escroqueries. Dans une note publiée en 2023, le ministère de l’Intérieur français rappelait que cette catégorie de population reste particulièrement exposée aux vols « à la fausse qualité », où les criminels se font passer pour des représentants de l’autorité publique. La honte associée à certaines accusations, comme la consultation de contenus pornographiques, rend les victimes encore plus réticentes à signaler les faits.
Selon BruxellesToday, le nombre de signalements a fortement augmenté ces derniers jours auprès du parquet de Bruxelles. Les autorités belges recommandent de transférer tout message suspect à l’adresse suspect@safeonweb.be, une plateforme de cybersécurité qui centralise les signalements et coordonne les actions de prévention.
Les réflexes de protection à adopter d’urgence
Face à cette menace, les experts en cybersécurité martèlent plusieurs règles essentielles. Tout d’abord, il convient de vérifier systématiquement l’adresse de l’expéditeur. L’ANTAI rappelle sur son site officiel qu’elle n’envoie jamais de SMS pour réclamer un paiement, et que sa seule adresse électronique légitime est [email protected]. Pour toute amende routière, les sites officiels demeurent www.amendes.gouv.fr et www.stationnement.gouv.fr.
En cas de doute, le Journal du Geek recommande de ne jamais cliquer sur les liens contenus dans les messages suspects. Si des identifiants ont malencontreusement été saisis sur un site frauduleux, il faut immédiatement modifier ses mots de passe, activer la double authentification et lancer une analyse antivirus complète de ses appareils.
« L’expéditeur usurpe l’identité de la police. Ce message est frauduleux », alerte la préfecture de Police de Paris.
Une criminalité organisée qui s’adapte en permanence
L’évolution constante des techniques d’hameçonnage témoigne d’une véritable professionnalisation du crime numérique. Les campagnes observées en décembre 2025 s’inscrivent dans une tendance documentée par l’ANSSI, l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information. Parmi les menaces identifiées figurent les attaques à but lucratif, incluant les rançongiciels, mais aussi l’espionnage et les opérations de déstabilisation.
Le procureur de la République a été saisi de ces éléments par l’AMF, qui a transmis l’ensemble des informations techniques recueillies lors de ses investigations. Cette coordination entre autorités judiciaires, régulateurs financiers et services de police illustre la complexité de la lutte contre ces nouvelles formes de criminalité transfrontalière.
En France, la plateforme Signal Spam permet aux citoyens de signaler gratuitement les tentatives d’hameçonnage en transférant les messages au 33700. Ces signalements alimentent les bases de données des autorités et contribuent à améliorer les systèmes de filtrage des fournisseurs d’accès et des messageries électroniques. Une mobilisation collective qui reste la meilleure arme contre des réseaux criminels toujours plus inventifs.
Sources
- La Libre Belgique (4 décembre 2025)
- BruxellesToday (4 décembre 2025)
- Actu.fr (8 août 2025)
- CNews (16 novembre 2025)
- Journal du Geek (19 août 2025)
- Autorité des marchés financiers (19 mai 2025)