Arnault refuse de démissionner après la dissolution définitive de la Jeune Garde
Le député LFI du Vaucluse défend son bilan avec le mouvement antifasciste dissous, tandis que ses absences répétées à Avignon alimentent les critiques
Le Conseil d'État a confirmé le 30 avril 2026 la dissolution de La Jeune Garde, groupuscule antifasciste cofondé par Raphaël Arnault, député LFI de la 1re circonscription du Vaucluse. L'élu refuse de démissionner et revendique sa fierté pour le bilan du mouvement, malgré la mise en examen de sept de ses membres pour homicide.
Le Conseil d’État a tranché le 30 avril 2026 : la dissolution de La Jeune Garde est définitive. Le recours déposé par le mouvement a été rejeté, la haute juridiction jugeant la mesure « adaptée, nécessaire et proportionnée » aux atteintes à l’ordre public. Raphaël Arnault, député LFI de la 1re circonscription du Vaucluse - qui englobe Avignon et ses 92 188 habitants - n’entend pas en tirer les conséquences politiques que lui réclament ses adversaires.
L’essentiel
- 30 avril 2026 : le Conseil d’État confirme définitivement la dissolution de La Jeune Garde, rejetant le recours du mouvement.
- 12 juin 2025 : décret de dissolution signé par le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau pour violences à Strasbourg, Paris et Lyon.
- 7 mises en examen : dont deux assistants parlementaires d’Arnault, pour homicide volontaire et complicité dans la mort de Quentin Deranque, le 12 février 2026 à Lyon.
- 54,98 % des voix : score d’Arnault au second tour des législatives 2024 dans la 1re circonscription du Vaucluse.
- Fondée en 2018 : La Jeune Garde avait été créée à Lyon par Raphaël Arnault comme groupe antifasciste.
« Fier sur plein d’aspects » : la réponse d’Arnault
Le lendemain de la décision du Conseil d’État, Raphaël Arnault s’est exprimé en marge du défilé du 1er mai 2026 à Avignon. Il a déclaré au Figaro être « fier de son bilan sur plein d’aspects » concernant La Jeune Garde, regrettant de ne pas lui avoir « dit au revoir ». Il a ajouté que « l’antifascisme perdurera bien au-delà de la Jeune Garde », selon France Info.
Le député ne s’est pas prononcé sur une éventuelle démission. Sa présence au cortège avignonnais du 1er mai, aux côtés de représentants syndicaux, constitue sa principale apparition publique locale depuis plusieurs semaines.
La mort de Quentin Deranque, déclencheur de la dissolution
Le 12 février 2026, Quentin Deranque, militant d’extrême droite, est lynché à Lyon. Il décède deux jours plus tard d’un traumatisme crânien. L’implication de membres de La Jeune Garde dans cette mort accélère la procédure déjà engagée depuis le décret de dissolution du 12 juin 2025.
Sept personnes ont depuis été mises en examen pour homicide volontaire et complicité, selon Wikipédia et Le Monde. Parmi elles, deux assistants parlementaires de Raphaël Arnault. Le gouvernement avait saisi la justice en février 2026 d’une possible reconstitution du mouvement, selon Le Monde. Pour Arnault, ces faits ne remettent pas en cause son engagement ni son mandat.
L’affaire illustre un débat plus large sur la frontière entre engagement militant et responsabilité politique. Le procès en appel du double assassinat de Bastia-Poretta, qui s’ouvre lui aussi devant une cour d’assises de la région, montre que les questions de violence et de responsabilité pénale occupent régulièrement les prétoires du Sud-Est.
Julien Aubert appelle à la démission
Julien Aubert, élu LR du Vaucluse, a réagi sur X sans ambiguïté :
L’élu LR pointe deux griefs : l’implication de proches d’Arnault dans les événements de Lyon, et ce qu’il décrit comme une absence du député dans sa circonscription. Ce double reproche est relayé depuis plusieurs mois dans la presse nationale. Le Parisien titrait en février 2026 sur un député « en pointillé » à Avignon, soulignant que sa permanence était souvent fermée - et parfois vandalisée après l’affaire Deranque.
Une présence locale contestée depuis l’élection
Raphaël Arnault a été élu en juillet 2024 avec 54,98 % des voix au second tour. Depuis lors, sa présence à Avignon est régulièrement mise en cause, selon Le Parisien et Valeurs Actuelles. Sa permanence de circonscription a été vandalisée, notamment dans les semaines ayant suivi la mort de Quentin Deranque en février 2026. Les conditions exactes de ces dégradations n’ont pas été précisées publiquement.
La question de l’ancrage territorial n’est pas anodine dans une ville comme Avignon, où les enjeux locaux - emploi, sécurité, logement - dominent le quotidien des 92 000 habitants. Un élu perçu comme absent du terrain s’expose à une usure rapide, d’autant que les débats au sein de la gauche sur les priorités programmatiques restent vifs à l’échelle nationale.
Contexte dans le Vaucluse
Le Vaucluse compte 572 056 habitants en 2025, selon l’INSEE. Avignon, préfecture du département, représente environ 16 % de cette population. La 1re circonscription, qui inclut la ville-centre, est un terrain politiquement disputé : la victoire d’Arnault en 2024 avec près de 55 % des voix était perçue comme une percée significative pour LFI dans un département à tradition conservatrice.
La dissolution de groupuscules antifascistes n’est pas un fait isolé. En 2022, le Groupe antifasciste Lyon et environs (GALE) avait été dissous dans des conditions similaires - recours rejeté par le Conseil d’État, violences reprochées, discours justifié par la lutte contre le « racisme d’État » - , selon Le Monde. La dissolution de La Jeune Garde s’inscrit dans cette séquence, avec une dimension judiciaire inédite : la mort d’un homme.
Pour Arnault, la séquence est d’autant plus délicate que les municipales de 2026 à Avignon approchent. Les positions du député sur ces scrutins locaux n’ont pas été rendues publiques à ce stade.
Une procédure judiciaire qui continue
La confirmation de la dissolution par le Conseil d’État clôt le volet administratif. Le volet pénal reste ouvert : les sept personnes mises en examen pour la mort de Quentin Deranque n’ont pas encore été jugées. Deux d’entre elles étant des collaborateurs directs d’Arnault, l’issue de cette instruction judiciaire pourrait peser sur la suite du mandat du député.
Les prochaines audiences dans ce dossier, dont le calendrier n’a pas encore été rendu public, constitueront une étape déterminante pour la position politique d’Arnault dans le Vaucluse. Des affaires similaires impliquant des élus et des procédures judiciaires sensibles montrent que la durée des instructions peut s’étirer sur plusieurs années avant tout jugement.