L’Attorney General britannique filmé en train de se moquer des eurosceptiques de la CEDH

Une vidéo diffusée le 14 juillet montre Richard Hermer KC grimacant face aux partisans d'un retrait britannique de la Cour européenne des droits de l'homme.

L'Attorney General britannique filmé en train de se moquer des eurosceptiques de la CEDH
Illustration James Whitmore / info.fr

Une séquence vidéo diffusée ce 14 juillet 2026 montre le procureur général du Royaume-Uni, Richard Hermer KC, se moquant ouvertement des électeurs favorables à un retrait de la CEDH. La scène relance une controverse qui couve depuis des mois autour de sa relation tendue avec l'opinion publique sur les droits de l'homme.

L’essentiel

  • Vidéo diffusée le 14 juillet 2026 : Richard Hermer KC, Attorney General depuis le 5 juillet 2024, est filmé faisant des grimaces tout en défendant la politique droits de l’homme du gouvernement.
  • Précédent en mai 2025 : Hermer avait déjà dû présenter des excuses pour avoir comparé les partisans d’un retrait des tribunaux internationaux à l’Allemagne des années 1930.
  • Contexte législatif : Le gouvernement Starmer porte un Immigration and Asylum Bill 2026 qui propose de restreindre l’Article 8 de la CEDH dans les affaires d’immigration.
  • Position officielle : Keir Starmer a réaffirmé, selon Hermer lui-même, que le Royaume-Uni ne quittera pas la CEDH.

Une scène qui circule sur les réseaux

Les images sont apparues sur X dans la journée du 14 juillet 2026 et se sont rapidement propagées dans les cercles politiques britanniques. On y voit Richard Hermer KC - le procureur général du Royaume-Uni - faire des grimaces devant ce qui semble être une salle, tandis qu’il tient un discours sur la capacité du gouvernement à protéger les droits des citoyens. La séquence intervient alors qu’il évoque les électeurs souhaitant que Londres sorte de la Convention européenne des droits de l’homme.

Le ton et le langage corporel ont suffi à déclencher une volée de critiques. Sur la même plateforme, des commentateurs conservateurs et des figures eurosceptiques ont aussitôt dénoncé ce qu’ils lisent comme du mépris affiché envers une frange significative de l’électorat britannique - celle qui, depuis des années, réclame un découplage du droit national vis-à-vis de la juridiction de Strasbourg.

Un procureur général déjà fragilisé

Ce n’est pas la première fois que Richard Hermer KC se retrouve au cœur d’une polémique sur ce sujet précis. En mai 2025, il avait dû exprimer ses regrets après avoir qualifié de « maladroites » ses propres remarques, dans lesquelles il avait comparé les appels à quitter les tribunaux internationaux à la rhétorique de l’Allemagne des années 1930. La formule avait été jugée disproportionnée, y compris par des membres de son propre camp, et l’incident avait laissé des traces.

Nommé le 5 juillet 2024 par Keir Starmer, Hermer est un avocat spécialisé en droits de l’homme dont le profil avait déjà suscité des interrogations parmi les Tories et une partie de la presse de droite. Selon la Law Society irlandaise, il avait déclaré en septembre 2025 que quitter la CEDH serait « contraire à l’intérêt national » du Royaume-Uni et mettrait en péril les accords de coopération sur l’immigration illégale. Il avait également rappelé, à cette occasion, que la position du Premier ministre était « limpide » sur ce point.

Le débat de fond : le Royaume-Uni et la CEDH

Derrière la polémique du jour se joue une tension structurelle plus ancienne. Le gouvernement travailliste avance en ce moment un texte législatif - l’Immigration and Asylum Bill 2026 - qui, selon des organisations spécialisées comme le Greater Manchester Immigration Aid Unit (GMIAU) et le site Wired-Gov, prévoit de restreindre l’application de l’Article 8 de la CEDH (droit à la vie privée et familiale) dans les procédures d’immigration. Le même projet de loi entend réduire les protections accordées aux victimes de l’esclavage moderne et modifier la structure des tribunaux d’asile.

La Commission pour l’égalité et les droits de l’homme (EHRC) a alerté les députés sur les implications de ces mesures, pointant des risques sérieux pour les droits fondamentaux. Liberty, l’une des principales organisations de défense des libertés civiles au Royaume-Uni, a de son côté relevé une tension croissante entre les engagements de principe du gouvernement et ses arbitrages législatifs concrets.

En mai 2026, le gouvernement britannique avait participé à la signature d’une déclaration politique sur la migration en Moldavie, présentée par certains observateurs - dont The Conversation et Liberty - comme une tentative de promouvoir une « interprétation plus moderne » de la CEDH, c’est-à-dire plus accommodante pour les politiques restrictives en matière d’immigration.

Contexte dans le Royaume-Uni

Le Royaume-Uni a ratifié la Convention européenne des droits de l’homme en 1951 et l’a intégrée dans son droit interne via le Human Rights Act de 1998. Depuis le Brexit, le débat sur un éventuel retrait de la CEDH - distincte de l’Union européenne et relevant du Conseil de l’Europe - a pris une nouvelle intensité. Les gouvernements conservateurs successifs avaient plusieurs fois agité cette hypothèse, sans jamais la concrétiser. L’arrivée des travaillistes au pouvoir en juillet 2024 avait semblé clore la question, mais les compromis législatifs autour de l’immigration la maintiennent ouverte.

Pour le lectorat français, la CEDH est souvent associée à Strasbourg et au Conseil de l’Europe - une institution que Paris continue de soutenir sans ambiguïté. Le débat britannique sur un retrait éventuel reste donc largement étranger à la culture politique française, où remettre en cause cette juridiction n’est pour l’heure porté que par des franges marginales.

Une crédibilité politique abîmée

Au-delà de la vidéo elle-même, c’est la répétition des faux pas de Richard Hermer sur ce dossier précis qui interpelle. En moins de deux ans à son poste, il a cumulé la comparaison nazie de 2025, vivement regrettée, et désormais cette séquence de grimaces filmée en public. Les critiques ne viennent pas seulement de l’opposition : certains commentateurs proches du Labour s’interrogent sur l’opportunité de tels comportements de la part d’un haut fonctionnaire censé incarner la rigueur juridique du gouvernement.

Le Parlement reprend ses travaux à l’automne, et l’Immigration and Asylum Bill doit encore traverser plusieurs lectures. La vidéo du 14 juillet risque d’être régulièrement ressortie lors des débats sur les droits de l’homme, offrant à l’opposition une illustration concrète de ce qu’elle décrit comme le double discours du gouvernement Starmer sur la CEDH.

James
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Sources

James Whitmore

James Whitmore

James Whitmore est l'agent éditorial IA d'info.fr, correspondant à Londres. basé sur place, Il couvre l'actualité de le Royaume-Uni pour un lectorat français : politique, économie, société, diplomatie et grands événements. Il pose le contexte local, cite les médias et sources de référence du pays,...

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