Avenue du Parisis : Argenteuil débat de l’après-abandon d’un projet vieux de 85 ans

Le conseil municipal d'Argenteuil examine les suites de l'abandon du Boulevard Intercommunal du Parisis, acté en septembre 2024 par le département.

Avenue du Parisis : Argenteuil débat de l'après-abandon d'un projet vieux de 85 ans
Illustration Sophie Lefebvre / info.fr

Le conseil municipal d'Argenteuil s'est saisi du dossier de l'Avenue du Parisis, projet routier de 21 km abandonné en 2024 après huit décennies de controverses. La question de l'avenir des espaces naturels des Buttes du Parisis est désormais au cœur des débats locaux, à quelques mois des municipales.

Le dossier revient sur la table. Le conseil municipal d’Argenteuil a débattu ces derniers jours du projet d’Avenue du Parisis - anciennement Boulevard Intercommunal du Parisis (BIP) - , infrastructure routière de 21 km censée relier les autoroutes A1 et A15 dans le sud du Val-d’Oise, traversant une dizaine de communes. Un projet né en 1939, redéfini dans les années 1980, et officiellement abandonné dans sa forme initiale le 25 septembre 2024.

Un projet vieux de 85 ans, enterré sous la pression

Conçu à l’origine comme un tronçon de la rocade A87, le BIP avait été relancé à plusieurs reprises. Deux tronçons de 6 km avaient même été réalisés aux extrémités est et ouest entre 1990 et 2003, selon les données disponibles sur le projet. Mais le chaînon manquant central - 11 km entre Bonneuil-en-France et Soisy-sous-Montmorency - n’a jamais vu le jour.

Les oppositions ont fini par peser. En octobre 2023, environ 1 000 personnes avaient défilé à Sarcelles contre le projet, selon 20 Minutes, mobilisées notamment par l’impact redouté sur les Buttes du Parisis, espace naturel de 500 hectares classé et géré par le Syndicat Intercommunal des Buttes du Parisis et l’Agence Régionale des Espaces Verts d’Île-de-France. Un arrêt partiel du Conseil d’État en 2023 sur des prescriptions environnementales avait également fragilisé la relance du projet par la Région Île-de-France.

Face à cette accumulation, la présidente du Conseil départemental du Val-d’Oise, Marie-Étienne, a tranché. « Le projet initial de l’Avenue du Parisis, tel qu’il fut imaginé il y a bientôt 15 ans, nécessite aujourd’hui d’être repensé », a-t-elle déclaré, comme le rapporte France 3 Paris Île-de-France. Le Parisien évoque de son côté la « déroute » d’un dossier devenu ingérable politiquement.

Les Buttes du Parisis au centre des enjeux locaux

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L’abandon du tracé initial ne clôt pas le débat pour autant. À Argenteuil, l’enjeu porte désormais sur l’affectation des emprises foncières réservées au projet et sur la préservation effective des Buttes du Parisis. En février 2026, France Nature Environnement Île-de-France a interpellé les candidats aux municipales d’Argenteuil et des communes voisines sur l’avenir de ces espaces naturels, selon le communiqué de FNE Île-de-France.

Des alternatives multimodales - transports en commun, pistes cyclables, aménagement des voiries existantes - sont évoquées pour répondre aux besoins de mobilité dans le Parisis, sans qu’aucun projet précis n’ait encore été formalisé à ce stade.

Un précédent dans l’histoire de l’aménagement francilien

Le BIP est souvent présenté comme « le plus vieux projet routier de France », selon Vert le média, qui le cite en exemple d’un projet d’infrastructure enterré par la mobilisation citoyenne et les contraintes environnementales. Un audit de la Cour des Comptes en 2006 avait déjà recommandé une révision en profondeur du dossier.

À Argenteuil, les discussions municipales reflètent une question plus large : que faire des décennies de gel urbain imposées par une réserve foncière aujourd’hui caduque ? La réponse reste ouverte.

Prochaine étape : Les élections municipales de 2026 constitueront un premier test politique sur ce dossier. FNE Île-de-France attend des engagements concrets des candidats sur la protection des Buttes du Parisis avant le scrutin.

Sources

Sophie Lefebvre

Sophie Lefebvre

Installée à Cergy, elle couvre les tensions sur le logement, les projets de Grand Paris Express, l'université et les débats sur la sécurité. Formée à Sciences Po Rennes, elle a commencé en radio. Ligne de travail : interroger les élus, les syndicalistes, les étudiants, vérifier les permis de construire avant de publier.

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