Avis SwissBorg : fuyez vite !!

Notre enquête sur les frais, les blocages de retrait et le cashback en jeton maison d'une plateforme crypto suisse pourtant régulée.

Cryptomonnaies bloquees derriere une vitre et enchainees, illustration de l'article sur SwissBorg
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Frais parmi les plus élevés du marché, cashback versé dans un jeton maison qui a perdu 90 % de sa valeur, retraits gelés pendant des semaines, contrôles disproportionnés et un service client confié à une IA : enquête et test sur une plateforme suisse pourtant régulée, mais qui prend ses utilisateurs à rebrousse-poil.

L'essentiel

Ce qu'il faut retenir

Faits vérifiés
  • Dépôt par carte ou Apple Pay facturé 2,25 % à 4,5 %, et frais d'échange de 0,99 %, soit 4 à 10 fois plus cher que Binance
  • Cashback versé uniquement en jeton BORG, verrouillé, alors que ce jeton a perdu 90 % de sa valeur depuis 2021
  • Blocage d'au moins 30 jours sur les retraits après un dépôt par carte, contre 72 heures chez Kraken
  • Retraits gelés et justificatifs réclamés jusque sur 85 euros, un montant pourtant parfaitement traçable
  • Support de première ligne assuré par une intelligence artificielle, lente et à côté de la plaque en cas d'urgence
  • À sa décharge, SwissBorg est une société régulée (agrément MiCA de l'AMF) : le reproche porte sur ses pratiques commerciales, pas sur la sécurité des fonds
6 faits vérifiés 10 sources mis à jour le 17 juillet à 13:20

SwissBorg, une plateforme bien réelle et régulée

Soyons justes d’emblée, car c’est ce qui rend le reste accablant. SwissBorg n’est pas une arnaque anonyme. Fondée en 2017 à Lausanne par Cyrus Fazel et Anthony Lesoismier, la société revendique environ un million d’utilisateurs et 1,3 milliard de dollars d’actifs sous gestion. Elle est régulée : enregistrée en tant que prestataire de services sur actifs numériques (PSAN) auprès de l’AMF depuis avril 2022, titulaire d’une licence estonienne, et surtout titulaire depuis le 12 mars 2026 d’un agrément MiCA complet délivré par l’AMF française (numéro A2026-011), l’un des cadres réglementaires les plus stricts d’Europe. Elle publie une preuve de réserves via Fireblocks et fait auditer son code par Hacken.

Autrement dit, vos fonds n’y sont pas plus en danger qu’ailleurs, et nous ne prétendons pas le contraire. Le problème est ailleurs : dans le prix, dans les blocages, et dans un mépris assez rare de l’expérience utilisateur. Voici, chiffres à l’appui, pourquoi nous vous conseillons de regarder ailleurs.

Des frais parmi les plus élevés du marché

C’est le premier choc. Le virement SEPA est gratuit, mais dès que vous payez par carte bancaire, Apple Pay ou Google Pay, SwissBorg prélève entre 2,25 % et 4,5 % de frais de dépôt. Sur chaque achat ou vente, les frais d’échange sont plafonnés à 0,99 % depuis septembre 2025 (c’était 1,49 % auparavant). Pour comparaison, Binance ou Bybit facturent autour de 0,10 %. Vous payez donc 4 à 10 fois plus cher pour la même opération.

Plateforme Dépôt carte / Apple Pay Frais d’échange Blocage après dépôt carte
SwissBorg 2,25 % à 4,5 % 0,99 % 30 jours minimum
Binance ~1,8 % ~0,10 % -
Kraken ~3,75 % (variable) 0,25 % à 0,40 % 72 heures
Coinbase ~3,99 % ~0,60 % à 1,5 % 7 à 14 jours

SwissBorg se défend en affirmant appliquer zéro spread et une transparence totale sur le prix de chaque transaction. C’est en partie vrai, et c’est un bon point. Mais dans les faits, l’écart entre le prix indicatif affiché et le prix d’exécution réel peut gonfler la facture, et de nombreux utilisateurs constatent un coût effectif plus proche de 1,5 à 2 %. Ce chiffre n’est pas prouvable sur un document officiel : nous le présentons comme un ressenti largement partagé, pas comme une donnée maison.

Ce que coûte vraiment un aller-retour de 1 000 euros

Prenons un cas concret : vous déposez 1 000 euros par carte, vous achetez du bitcoin, puis vous le revendez.

  • Dépôt par carte à 2,9 % (milieu de fourchette) : environ 29 euros.
  • Achat de 971 euros de crypto à 0,99 % : environ 9,60 euros.
  • Revente à 0,99 % : environ 9,60 euros.
  • Total : environ 48 euros de frais sur 1 000 euros, soit près de 5 %.

Le même aller-retour sur une plateforme à 0,10 % coûte environ 2 euros, et en passant par virement SEPA (gratuit) chez SwissBorg, vous tomberiez à environ 20 euros. La leçon est claire : payer par carte chez SwissBorg, c’est offrir presque un mois de rendement à la plateforme avant même d’avoir gagné le moindre centime.

Le cashback en BORG : rembourser en monnaie de singe

C’est le tour de passe-passe le plus habile. Pour faire oublier ses frais, SwissBorg a lancé en septembre 2025 le programme « Paid to Trade » : une partie de vos frais vous est remboursée en cashback. Sauf que ce cashback est versé exclusivement en jeton BORG, le jeton maison de la plateforme, et qu’il est automatiquement verrouillé.

Or ce jeton BORG (ex-CHSB) ne vaut plus grand-chose. Voici les chiffres, au 17 juillet 2026 (source CoinGecko) :

Donnée sur le jeton BORG Valeur
Cours actuel ~0,153 $
Plus haut historique (mai 2021, sous le nom CHSB) 1,64 $
Baisse depuis le sommet -90,7 %
Capitalisation ~150 M$ (rang 194)
Volume d’échange sur 24 h ~225 000 $ seulement
Rachat annuel par SwissBorg ~15 M$

On vous « rembourse » donc dans un actif qui a perdu 90 % de sa valeur depuis son pic, que vous devez immobiliser, et dont l’émetteur, SwissBorg, soutient lui-même le cours en le rachetant à hauteur d’environ 15 millions de dollars par an. Comme le volume d’échange quotidien du BORG n’est que de 225 000 dollars, les rachats de l’entreprise pèsent lourdement dans un marché minuscule. Pour accéder aux meilleurs taux de cashback (jusqu’à 99 %), il faut bloquer jusqu’à 100 000 BORG. Traduction : plus vous jouez le jeu, plus vous vous exposez à un jeton volatil et dépendant de son propre émetteur. SwissBorg assume d’ailleurs parler d’un « volant de la demande » (demand flywheel) : le mécanisme est conçu pour soutenir son jeton, pas pour vous enrichir.

Le blocage de 30 jours, bien plus long qu’ailleurs

Déposez par carte, et vos cryptos deviennent inutilisables pendant au moins 30 jours. Ce n’est pas une rumeur : c’est écrit noir sur blanc dans les conditions générales (clause 5.7, « Initial Lock-up »). Pire, chaque nouvelle recharge par carte ajoute 10 jours de blocage pour les comptes standard (clause 5.8), et SwissBorg se réserve le droit de modifier ces durées à tout moment, sans préavis (clause 5.9).

La justification, le risque de rétrofacturation (chargeback), est parfaitement légitime et pratiquée par tout le secteur : une carte peut être contestée pendant plusieurs semaines, et bloquer la sortie des cryptos empêche un fraudeur de déposer, retirer, puis annuler. Mais c’est la durée qui coince. Là où Kraken bloque 72 heures et Binance.US ou Coinbase une à deux semaines, SwissBorg impose au moins 30 jours, et c’est un plancher, pas un plafond. Bonne nouvelle tout de même : ce blocage ne concerne que les dépôts par carte. En passant par virement SEPA, vous l’évitez.

Retraits gelés et contrôles disproportionnés

C’est là que l’expérience devient kafkaïenne, et notre propre test le confirme. Un retrait de 85 euros en bitcoin, pour un paiement personnel, resté bloqué des heures sans la moindre explication. Une réclamation, et hop : « contrôle de routine », avec demande de relevés bancaires et de justificatifs d’origine des fonds. Le tout alors que le compte avait été alimenté par virement SEPA, depuis un compte au nom de l’utilisateur, dans une banque européenne connue. La traçabilité maximale, le risque quasi nul.

Soyons précis, car c’est important : la vérification de l’origine des fonds est une obligation légale (lutte contre le blanchiment, articles L.561 et suivants du Code monétaire et financier), et un virement depuis son propre compte ne prouve pas, en droit, l’origine première de l’argent. SwissBorg est dans son rôle de plateforme régulée, et il faut le reconnaître.

Reste le point qui interroge le plus. Selon le propre centre d’aide de SwissBorg, la vérification de l’origine des fonds ne devient obligatoire qu’à partir de 50 000 euros de dépôts cumulés (les documents sont acceptés dès 30 000 euros, et un contrôle est aussi déclenché au-delà d’un million d’euros de retraits). En dessous de ces seuils, la plateforme se réserve néanmoins le droit d’exiger des justificatifs à sa seule discrétion, pour des raisons de sécurité ou de conformité. Sur le papier, c’est donc parfaitement couvert. Mais invoquer ce motif de sécurité pour un retrait de 85 euros, alimenté par un virement SEPA depuis un compte au nom de l’utilisateur dans une banque européenne connue, et juste après une réclamation, revient à étirer la notion de risque jusqu’à l’absurde. Rien ne l’imposait, ni la loi, ni le seuil habituel de la plateforme : c’est un choix, et il tombe au pire moment. Les témoignages abondent dans le même sens sur Trustpilot : comptes gelés 45 jours, fonds de 16 000 ou 25 000 francs suisses bloqués, demandes de fiches de paie, d’avis d’imposition, voire de factures de vente de voiture, et parfois un compte fermé sans explication alors que l’argent reste retenu.

Un service client confié à une intelligence artificielle

Quand vous finissez par avoir besoin d’un humain, vous tombez sur « Cyborg », un agent conversationnel estampillé « Generated by AI ». Notre échange est éloquent : après avoir expliqué en détail qu’un retrait urgent était bloqué, l’IA repose une question déjà répondue, puis, une fois le ticket accepté, demande de « résumer brièvement votre problème », celui-là même que l’on venait d’écrire en six lignes.

Échange avec le service client IA de SwissBorg, juillet 2026 : l'assistant demande de résumer un problème déjà décrit en détail.
Échange avec le support SwissBorg, juillet 2026. L’agent, marqué « Generated by AI », demande de résumer un problème pourtant déjà détaillé.

Aucun support téléphonique, des réponses par e-mail toutes les 48 à 72 heures, et une première ligne robotisée qui vous fait tourner en rond pendant que vos fonds dorment. Pour une plateforme qui manipule votre argent, c’est difficilement acceptable.

Trustpilot : une note qui s’effrite

Le verdict des utilisateurs suit la même pente. Sur Trustpilot, SwissBorg est classé « Moyen », autour de 3,2 à 3,4 sur 5 pour près de 1 900 avis, en recul par rapport aux 3,6 de fin 2025. Les plaintes récurrentes ? Toujours les mêmes : retraits bloqués, KYC intrusif, frais élevés, support lent. Les notes sont meilleures sur les magasins d’applications (4,4 sur Google Play, 4,2 sur l’App Store), portées par une interface effectivement soignée et pensée pour les débutants. Mais la satisfaction s’effondre dès qu’il faut sortir son argent, et c’est tout le paradoxe : facile d’entrer, pénible de sortir.

Le hack de 41 millions de dollars

Pour être complet, un épisode récent mérite d’être cité sans être exagéré. En septembre 2025, le programme SOL Earn de SwissBorg a été vidé d’environ 41 millions de dollars (près de 193 000 jetons Solana). À la décharge de la plateforme : l’attaque venait d’un prestataire tiers (Kiln), pas de l’infrastructure de SwissBorg ; moins de 1 % des utilisateurs et environ 2 % des actifs ont été touchés ; et l’entreprise s’est engagée à rembourser intégralement les clients concernés sur sa trésorerie. Un incident géré de façon plutôt responsable, mais qui rappelle que même les acteurs sérieux ne sont jamais totalement à l’abri.

Comment limiter la casse (si vous restez malgré tout)

Si vous tenez à utiliser SwissBorg, voici trois réflexes qui vous éviteront le pire :

  • Ne déposez jamais par carte ni Apple Pay : vous économisez 2,25 % à 4,5 % de frais et vous échappez au blocage de 30 jours. Le virement SEPA est gratuit et immédiat.
  • Ne comptez pas sur le cashback en BORG comme d’une vraie ristourne : c’est un jeton volatil, verrouillé, dont vous ne maîtrisez pas la valeur future. Raisonnez sur le frais brut de 0,99 %.
  • Gardez une trace écrite de l’origine de vos fonds (relevés, factures) dès le départ : le jour où un contrôle tombe, même sur un petit montant, vous gagnerez des semaines.

Notre verdict : passez votre chemin

SwissBorg n’est ni une escroquerie ni une plateforme dangereuse pour vos fonds. C’est une société régulée, transparente sur ses réserves, avec une belle application. Mais c’est aussi, à nos yeux, l’une des solutions les plus chères et les plus contraignantes d’Europe pour acheter de la crypto : des frais 4 à 10 fois supérieurs à la concurrence, un cashback versé dans un jeton maison qui a perdu 90 % de sa valeur et sert surtout son émetteur, des blocages de 30 jours, des contrôles disproportionnés jusque sur 85 euros, et un service client robotisé.

Aucun utilisateur exigeant ne devrait accepter ça. Et méfiez-vous des comparateurs qui placent SwissBorg en tête des classements des « meilleures plateformes pour acheter de la crypto en Europe » : c’est souvent du pur marketing d’affiliation, pas un avis d’utilisateur. Notre conseil, sans détour : regardez ailleurs.

Questions fréquentes

SwissBorg est-il une arnaque ?

Non. SwissBorg est une société suisse régulée, agréée MiCA par l’AMF française depuis mars 2026, avec preuve de réserves et audits. Le reproche ne porte pas sur la sécurité des fonds mais sur des frais très élevés et des pratiques commerciales contraignantes.

Quels sont les vrais frais de SwissBorg ?

Virement SEPA gratuit, mais dépôt par carte ou Apple Pay de 2,25 % à 4,5 %, et frais d’échange de 0,99 % par opération, soit 4 à 10 fois plus que Binance (~0,10 %). Un aller-retour de 1 000 euros par carte peut coûter près de 48 euros.

Pourquoi mon retrait SwissBorg est-il bloqué ?

Deux raisons possibles : le blocage automatique de 30 jours minimum après un dépôt par carte (clause 5.7 des CGU), ou un contrôle de conformité (KYC, origine des fonds) qui peut geler le compte plusieurs jours à plusieurs semaines, parfois sur de petits montants.

Le cashback en BORG vaut-il le coup ?

À manier avec prudence. Il est versé dans le jeton maison BORG, verrouillé, et ce jeton a perdu plus de 90 % de sa valeur depuis 2021. Sa valeur réelle future est incertaine.

Comment éviter les frais chez SwissBorg ?

En déposant uniquement par virement SEPA (gratuit) plutôt que par carte, ce qui supprime aussi le blocage de 30 jours. Les frais d’échange de 0,99 %, eux, restent incompressibles sans immobiliser du BORG.

Anthony
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Sources

Anthony Goujon

Anthony Goujon

Fondateur et directeur de la publication d'INFO.FR depuis novembre 2025, Anthony Goujon a initié le projet dès 2024 en développant lui-même l'architecture technique de la plateforme. Son parcours, éclectique, mêle journalisme, technologies et entrepreneuriat média. Spécialiste de l'intelligence artificielle appliquée à l'information, il a conçu…

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