Banque de France : la croissance 2026 tombe à 0,5 %, l’inflation repart
La Banque de France a fortement abaissé sa prévision de croissance pour 2026 à 0,5 %, contre 0,9 % encore attendu en mars. L'inflation est revue à la hausse à 2,5 %, sous l'effet du choc pétrolier lié au conflit au Moyen-Orient.
La Banque de France a nettement abaissé mardi 16 juin sa prévision de croissance pour 2026 à 0,5 %, contre 0,9 % en mars. L'institution invoque la flambée du pétrole (112 dollars le baril au deuxième trimestre) et une…
Les enjeux
Ce qu'il faut comprendre
Des prévisions en trompe-l'œil
La Banque de France passe d'une croissance de 0,9 % à 0,5 % en trois mois. Le gouvernement reste sur son objectif de 0,9 % (source f43). Écart béant entre la parole politique et les chiffres de l'institution indépendante.
L'inflation repart, la BCE sous pression
L'inflation IPCH passe de 1,7 % à 2,5 % pour 2026. Dans le scénario le plus défavorable, elle atteindrait 4 %. La BCE prévoit 3 % d'inflation pour la zone euro (f93). Les spéculations sur une baisse des taux s'éloignent.
Le choc pétrolier frappe par les prix, pas par les volumes
Le prix du baril bondit à 112 dollars (f6) mais la France importe peu de brut du Moyen-Orient (12 %, selon la Banque de France) et exporte de l'électricité (f145). Le détroit d'Ormuz est perturbé (60 % des flux dans le pire scénario, f140), mais le choc est avant tout un choc de prix qui alimente l'inflation importée sans paralyser l'industrie. Le Smic revalorisé de 2,4 % (f23) risque d'être absorbé.
Déficit et dette : le ciseau se referme
Avec une croissance à 0,5 %, le déficit atteindrait 5,2 % du PIB (f38) et la dette 122 % en 2028 (f40), selon les projections de la Banque de France. Chaque dixième de point de croissance en moins creuse le déficit d'environ 2 milliards d'euros. Sans mesures d'économies supplémentaires (f75), la trajectoire est insoutenable. Le ministre appelle à la confiance (f102), mais les chiffres de la Banque de France sont sans équivoque.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- La Banque de France révise la croissance 2026 de 0,9 % à 0,5 %, soit une baisse de 0,4 point.
- L'inflation 2026 est révisée de 1,7 % à 2,5 % à cause de la flambée du pétrole (112 $/baril).
- Le premier trimestre s'est soldé par une contraction de 0,1 % du PIB, le deuxième sera atone.
- Le gouvernement vise toujours 0,9 % de croissance, en décalage avec la Banque de France.
- La dette publique pourrait atteindre 122 % du PIB en 2028 en l'absence de mesures correctives.
La Banque de France a publié mardi 16 juin une prévision de croissance à 0,5 % pour 2026 [1], contre 0,9 % encore anticipé en mars [2]. La révision est massive: 0,4 point de pourcentage [3] en trois mois. C’est un ajustement rare, comparable à celui de juin 2022 après l’invasion de l’Ukraine, où l’institution avait également procédé à une révision de 0,4 point. Après être tombée à 0,9 % en février 2026 [4], l’inflation IPCH est désormais prévue à 2,5 % pour l’ensemble de l’année [5]. Cette révision de 0,4 point de croissance constitue un signal fort adressé aux marchés et au gouvernement.
Les causes sont connues: le baril de pétrole a atteint 112 dollars au deuxième trimestre [6], contre à peine 60 dollars avant le conflit déclenché le 28 février par les frappes américaines et israéliennes sur l’Iran [7]. « Le prix du pétrole a davantage augmenté que dans les hypothèses du scénario de base de mars. Mais surtout, l’activité s’est avérée moins résiliente qu’anticipé au premier trimestre 2026 », résume la Banque de France [8]. Le premier trimestre s’est en effet soldé par un recul de 0,1 % du PIB [9], et le deuxième devrait être atone [10]. L’enquête mensuelle menée auprès de 8 500 chefs d’entreprise [11] confirme le frein dans l’industrie.
L’inflation, elle, repart. La Banque de France prévoit désormais 2,5 % d’inflation IPCH en 2026 [5], contre 1,7 % en mars [12]. Soit une hausse de 0,8 point [13]. L’inflation hors énergie et alimentation resterait contenue à 1,6 % [14], mais l’énergie tire tout vers le haut. Dans le scénario le plus défavorable (baril à 145 dollars [15]), l’inflation atteindrait 4,0 % en 2026 et 3,9 % en 2027 [16][17]. Selon les projections de la Banque de France, ces hypothèses sont détaillées dans les tableaux de leurs prévisions macroéconomiques de juin 2026.
Si le choc pétrolier se traduit par une hausse des prix, il n’entraîne pas encore de rupture d’approvisionnement. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite 20 % des hydrocarbures mondiaux [18], est partiellement perturbé: dans le scénario le plus sombre, 60 % des flux seraient interrompus [19]. Mais pour l’instant, c’est le prix du baril qui flambe (112 dollars [6]) et non les volumes qui manquent. Le choc est donc un choc de prix, qui alimente l’inflation importée sans paralyser l’industrie. Les ménages en subissent les conséquences via le carburant, le fioul et les transports, tandis que le Smic, revalorisé de 2,4 % en juin [20], risque d’être rapidement absorbé. La Banque de France souligne que la France importe peu de brut du Moyen-Orient (environ 12 %, selon ses analyses) et qu’elle est redevenue exportatrice nette d’électricité, ce qui limite la transmission des hausses de prix de l’électricité en Europe [21].
Cette révision de la croissance a des conséquences directes sur les finances publiques. Selon les projections de la Banque de France, avec 0,5 % de croissance, le déficit public atteindrait 5,2 % du PIB en 2026 [22], contre 5,1 % en 2025 [23], et la dette grimperait à 122 % du PIB en 2028 [24]. En l’absence de mesures d’économies supplémentaires [25], le redressement des comptes publics serait « limité », prévient la Banque de France [26]. Le gouvernement, qui construit son budget sur l’hypothèse d’une croissance à 0,9 % [27], se trouve ainsi en décalage avec la réalité économique. Selon Le Parisien, le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a appelé au « retour de la confiance collective » [28][29], mais les chiffres de la Banque de France imposent leur réalité. Le gouvernement mise néanmoins sur l’impact différé des réformes structurelles et sur un possible apaisement des tensions géopolitiques pour justifier sa prévision plus optimiste.
Les autres institutions sont plus pessimistes que le gouvernement, mais moins que la Banque de France: le FMI prévoit 0,7 % [30], la BCE 0,8 % pour la zone euro [31]. L’Insee, dans sa note de conjoncture d’avril, avait déjà abaissé ses prévisions à 0,2 % de hausse du PIB pour les premier et deuxième trimestres [32] et estimé que le baril tutoie les 100 dollars [33]. La Banque de France, elle, table sur un rebond à 0,9 % en 2027 puis 1,2 % en 2028 [34][35], si le pétrole redescend. Sinon, le scénario défavorable (119 dollars le baril [36]) ramènerait la croissance à 0,6 % [37] et l’inflation à 2,5 % [38]. Le scénario le plus sombre, avec un baril à 145 dollars et 60 % des flux du détroit d’Ormuz interrompus [19], plongerait la France dans une quasi-récession.
En attendant, la consommation des ménages ralentit à +0,2 % [39] et l’investissement des entreprises repart timidement à +0,5 % [40]. Le Smic a été revalorisé de 2,4 % en juin [20]. Mais ce coup de pouce risque d’être absorbé par la hausse des prix. La conclusion de la Banque de France est claire: l’économie française tourne au ralenti, et les scénarios les plus pessimistes prévoient une quasi-récession si le conflit s’aggrave.
Un calendrier qui interroge
Pourquoi les projections de la Banque de France sont-elles parues le 16 juin [41]? La veille, le 14 juin, une annonce faisait état d’un possible accord-cadre entre les États-Unis et l’Iran [42], ce que la Banque de France dit ne pas avoir pris en compte. Le timing est serré: les hypothèses techniques de l’Eurosystème ont été arrêtées au 21 mai [43]. Depuis, le prix du gaz a atteint 48 EUR/MWh au troisième trimestre [44] mais devrait refluer à 26 EUR/MWh fin 2028 [45]. De nouvelles données pourraient rebattre les cartes.
La banque centrale a fourni trois scénarios [46]. Le scénario de base, le plus probable aujourd’hui, est celui de 0,5 % de croissance et 2,5 % d’inflation. Mais dans un monde où le baril flirte avec les 100 dollars [33], l’incertitude reste le maître-mot.
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Questions des lecteurs
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Sources
Voir le détail de chaque fait sourcé (46)
« En 2026, la croissance annuelle du PIB dans notre scénario de base serait de 0,5 % »
banque-france.fr ↗ ↩
« contre 0,9 % encore anticipés en mars »
20minutes.fr ↗ ↩
« révisée à la baisse de 0,4 point de pourcentage par rapport au scénario de base de nos projections de mars »
banque-france.fr ↗ ↩
« elle était jusqu'ici faible, à 0,9% en février en France »
tf1info.fr ↗ ↩
« En 2026, l'inflation totale et l'inflation hors énergie et alimentation s'établiraient respectivement à 2,5 % et 1,6 % »
banque-france.fr ↗ ↩
« le prix du pétrole augmenterait jusqu'à 112 dollars par baril au deuxième trimestre 2026 »
banque-france.fr ↗ ↩
« Le 28 février dernier, les États-Unis et Israël ont décidé d'attaquer l'Iran, qui a riposté. »
tf1info.fr ↗ ↩
« « Le prix du pétrole a davantage augmenté que dans les hypothèses du scénario de base de mars. Mais surtout, l’activité s’est avérée moins résiliente qu’anticipé au premier trimestre 2026 » »
20minutes.fr ↗ ↩
« Après une surprise négative sur la croissance au premier trimestre (publiée à - 0,1 %) »
banque-france.fr ↗ ↩
« elle s’attend à une croissance nulle au deuxième trimestre »
20minutes.fr ↗ ↩
« L’enquête menée auprès de 8.500 chefs d’entreprise montre un net coup de frein dans l’industrie »
20minutes.fr ↗ ↩
« contre 1,7 % anticipé en mars »
20minutes.fr ↗ ↩
« Les perspectives d’évolution des prix à la consommation sont, pour leur part, revues à la hausse de 0,8 point »
francetransactions.com ↗ ↩
« L'inflation hors énergie et alimentation augmente également, pour se situer à 1,6 % en glissement annuel au mois de mai 2026, après 1,4 % en avril »
banque-france.fr ↗ ↩
« dans le scénario le plus défavorable, les prix du pétrole et du gaz atteindraient 145 dollars par baril et 106 EUR/MWh respectivement au deuxième trimestre 2026 »
banque-france.fr ↗ ↩
« Dans le scénario le plus défavorable, l’inflation IPCH atteindrait 4,0 % et 3,9 % respectivement en 2026 et 2027 »
francetransactions.com ↗ ↩
« 3,9 % respectivement en 2026 et 2027 »
francetransactions.com ↗ ↩
« par lequel transitent 20% des hydrocarbures »
tf1info.fr ↗ ↩
« Dans cette hypothèse, 60% des flux de pétrole et de GNL qui transitent par le détroit d'Ormuz seraient interrompus au deuxième trimestre (contre 40% dans le scénario précédent) et les infrastructures existantes seraient durablement endommagées. »
bfmtv.com ↗ ↩
« la revalorisation automatique du Smic de 2,4 % en juin 2026 »
banque-france.fr ↗ ↩
« Désormais, "la France est depuis redevenue exportatrice nette d'électricité. Dans la mesure où les interconnexions avec le reste de l'Europe sont limitées, il est peu probable qu'une hausse du prix de l'électricité dans les pays où elle est produite par des centrales à gaz se transmette aux prix français", rapelle la Banque de France. »
bfmtv.com ↗ ↩
« Le déficit « pourrait se dégrader légèrement en 2026 », atteignant 5,2 % du PIB, après 5,1 % en 2025. »
20minutes.fr ↗ ↩
« après 5,1 % en 2025. »
20minutes.fr ↗ ↩
« Elle pourrait atteindre 122 % du PIB en 2028. »
20minutes.fr ↗ ↩
« Et ce, « en l’absence de mesures d’économies supplémentaires ». »
francetransactions.com ↗ ↩
« le redressement des comptes publics serait « limité » »
francetransactions.com ↗ ↩
« Le gouvernement vise toujours + 0,9 % de croissance pour 2026. »
20minutes.fr ↗ ↩
« selon le ministre Roland Lescure »
leparisien.fr ↗ ↩
« « L’heure est au retour de la confiance collective: c’est elle, davantage que la dépense publique, qui permettra de soutenir la croissance » »
leparisien.fr ↗ ↩
« le FMI s’est montré moins optimiste, avec une prévision de 0,7 %. »
20minutes.fr ↗ ↩
« et une croissance de 0,8 % »
leparisien.fr ↗ ↩
« L'Institut prévoit désormais une hausse de 0,2% du produit intérieur brut (PIB) aux premier et deuxième trimestres 2026. »
tf1info.fr ↗ ↩
« Le baril "tutoie les 100 dollars, contre un peu plus de 60 dollars" avant le conflit, note l'Insee. »
tf1info.fr ↗ ↩
« Elle prévoit un « rebond » de la croissance à 0,9 % en 2027, puis 1,2 % en 2028. »
20minutes.fr ↗ ↩
« et 1,2 % en 2028 (comme précédemment) »
leparisien.fr ↗ ↩
« Le scénario de la Banque de France dit "défavorable" (baril à 119 dollars au deuxième trimestre) conduirait à une inflation de 2,5% en France en 2026 et une croissance de seulement 0,6%. »
bfmtv.com ↗ ↩
« Le scénario de la Banque de France dit "défavorable" (baril à 119 dollars au deuxième trimestre) conduirait à une inflation de 2,5% en France en 2026 et une croissance de seulement 0,6%. »
bfmtv.com ↗ ↩
« Le scénario de la Banque de France dit "défavorable" (baril à 119 dollars au deuxième trimestre) conduirait à une inflation de 2,5% en France en 2026 et une croissance de seulement 0,6%. »
bfmtv.com ↗ ↩
« La consommation des ménages ralentirait à + 0,2 %, après + 0,5 % en 2025 »
banque-france.fr ↗ ↩
« l'investissement des entreprises amorcerait un léger redressement par rapport à 2025 (+ 0,5 %, après + 0,2 %) »
banque-france.fr ↗ ↩
« dans ses projections macroéconomiques de la Banque de France, publiées ce 16 juin 2026 »
francetransactions.com ↗ ↩
« sans tenir « compte de l’annonce du 14 juin relative à la signature possible d’un accord-cadre entre les États-Unis et l’Iran » »
leparisien.fr ↗ ↩
« Ces projections reposent sur les hypothèses techniques de l'Eurosystème arrêtées au 21 mai 2026 (cf. tableau A en annexe). »
banque-france.fr ↗ ↩
« Le prix du gaz atteindrait 48 EUR/MWh au troisième trimestre 2026 »
banque-france.fr ↗ ↩
« puis diminuerait progressivement pour s'établir à 26 EUR/MWh à la fin de 2028 »
banque-france.fr ↗ ↩
« Une fois n'est pas coutume, l'institution a élaboré trois scénarios plus ou moins favorables pour tenir compte de l'incertitude qui demeure autour de la durée et de l'intensité du conflit. »
bfmtv.com ↗ ↩
Sources
- Projections macroéconomiques – Juin 2026
- La Banque de France abaisse nettement sa prévision de croissance pour 2026
- Ces chiffres qui montrent que la guerre au Moyen-Orient pèse déjà sur l'économie française
- Anticipations macroéconomiques sur 2026 : croissance réduite de moitié, hausse de l’inflation, un cocktail amer selon la Banque de France
- La Banque de France revoit à la baisse sa prévision de croissance pour 2026
- Projections macroéconomiques intermédiaires – Mars 2026
- Une croissance de 0,9% dans le meilleur des cas, de 0,3% dans le pire (avec un baril à 145 dollars): la Banque de France dévoile ses scénarios en 2026 pour l'économie française
