Besançon : arrêté anti-mendicité agressive signé par le maire LR, l’opposition crie à la stigmatisation
Ludovic Fagaut invoque 60 mains courantes en un mois pour justifier une mesure en vigueur jusqu'au 15 octobre 2026
Le maire LR de Besançon, Ludovic Fagaut, a signé jeudi 29 mai 2026 un arrêté visant la mendicité agressive et l'alcoolisation sur la voie publique dans le centre historique et à Châteaufarine. L'opposition LFI dénonce une mesure « humainement insupportable » et envisage un recours juridique.
L’essentiel
- Arrêté signé le 29 mai 2026 : en vigueur dès ce jour jusqu’au 15 octobre 2026 (renouvelable), de 10h à 20h.
- Périmètre : Grande rue, rue des Granges, places Pasteur et du 8-Septembre, rue Battant, rue Champrond, passage Pierre-Adrien Pâris (centre Boucle) et zone commerciale de Châteaufarine.
- Justification chiffrée : 60 mains courantes entre le 15 avril et le 20 mai 2026 - dont 29 troubles à la tranquillité publique, 15 faits d’ivresse, 6 rixes, 6 vols.
- Opposition : Séverine Vézies (LFI) qualifie l’arrêté de mesure « antisociale » et « stigmatisante », cite une décision du Conseil de l’Europe du 5 mars 2026, envisage un recours.
Un arrêté promis en campagne, signé dès la fin mai
Ludovic Fagaut, maire LR de Besançon, a signé jeudi matin l’arrêté municipal encadrant les comportements agressifs en lien avec la mendicité et l’alcoolisation sur la voie publique. La mesure était une promesse de campagne. Elle est applicable dès le 29 mai 2026 et court jusqu’au 15 octobre, avec possibilité de renouvellement, selon l’Est Républicain.
Le texte cible l’insistance répétée, les regroupements créant des troubles à l’ordre public et la consommation visible d’alcool. Il ne vise pas la mendicité passive. Le maire l’a précisé lors d’une conférence de presse : les personnes en situation de précarité ne sont pas visées en tant que telles. Le CCAS (Centre communal d’action sociale) continue de fonctionner en parallèle.
60 mains courantes en 35 jours
Pour justifier l’urgence de la mesure, la municipalité s’appuie sur un relevé de 60 mains courantes enregistrées entre le 15 avril et le 20 mai 2026 dans les secteurs concernés. Le détail : 29 signalements de troubles à la tranquillité publique ou d’attroupements agressifs, 15 faits d’ivresse ou de consommation d’alcool sur la voie publique, 6 rixes et 6 vols.
La Boutique Jeanne-Antide, rue Champrond - dans le périmètre de l’arrêté - , est évoquée par la mairie comme un point de concentration de certains troubles. Une réflexion serait en cours sur son éventuel déplacement, selon l’Est Républicain. L’association elle-même n’a pas encore réagi publiquement à ce stade.
Les regroupements incluant des chiens jugés problématiques sont également visés par le texte.
L’opposition dénonce une politique de relégation
Séverine Vézies, élue LFI, a immédiatement contesté la démarche. Elle reproche d’abord la méthode : l’arrêté n’a pas été soumis au conseil municipal réuni la veille, le 28 mai. « Humainement insupportable », « antisociale », « stigmatisante » : les qualificatifs utilisés par l’opposition traduisent un désaccord de fond, rapporte France 3 Bourgogne-Franche-Comté.
Sur le fond, Séverine Vézies estime que le Code pénal (article 312) et le code de la santé publique couvrent déjà les comportements visés. Elle cite également une décision du Conseil de l’Europe rendue le 5 mars 2026, qu’elle considère comme un argument supplémentaire contre ce type d’arrêté. Un recours juridique est envisagé.
L’élue critique ce qu’elle perçoit comme une politique de déplacement de la pauvreté plutôt que d’accompagnement social. La question d’un éventuel déplacement de la Boutique Jeanne-Antide renforce ces critiques.
Du côté des tensions sécuritaires dans le Doubs, la situation bisontine s’inscrit dans un contexte départemental marqué par plusieurs affaires d’ordre public ces dernières semaines.
Contexte dans le Doubs
Besançon concentre environ 115 000 habitants, soit près d’un tiers de la population du Doubs. La commune est le principal pôle commercial et touristique du département. Son centre historique - la Boucle, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco avec les fortifications Vauban - accueille une forte fréquentation estivale.
Les arrêtés municipaux anti-mendicité ont une histoire contentieuse en France. Des juridictions administratives ont annulé des textes similaires dans plusieurs villes, estimant qu’ils portaient atteinte à la liberté d’aller et venir. Besançon avait déjà été concernée par ce type de débat en 2018, selon les précédents locaux documentés. La décision du Conseil de l’Europe citée par l’opposition du 5 mars 2026 pourrait peser dans une éventuelle procédure.
La mairie LR n’a pas précisé les modalités de contrôle et de verbalisation prévues par l’arrêté, ni les effectifs de police municipale affectés à son application.
La Boutique Jeanne-Antide dans le viseur
La mention explicite de la Boutique Jeanne-Antide - structure d’accueil de jour pour personnes en grande précarité implantée rue Champrond depuis plusieurs années - est le point le plus sensible de l’annonce. L’éventualité d’un déplacement de cette structure du périmètre sécurisé suscite des interrogations sur la cohérence de la démarche sociale affichée par la mairie.
Le CCAS de Besançon n’a pas communiqué sur d’éventuels renforts de dispositifs d’accompagnement liés à cet arrêté. Les associations d’aide aux personnes sans-abri bisontines n’avaient pas encore réagi publiquement au moment de la publication de cet article.
Pour suivre l’actualité locale du Doubs, plusieurs faits divers récents illustrent la densité de l’actualité sécuritaire dans l’agglomération ces dernières semaines.
Prochaine étape
L’opposition a annoncé étudier un recours devant le tribunal administratif. La mairie n’a pas communiqué de calendrier précis pour un éventuel bilan d’application avant la date d’échéance du 15 octobre 2026.
Sources
- Est Républicain : Un arrêté municipal anti-mendicité en vigueur dans la Boucle et à Châteaufarine
- Est Républicain : Un arrêté municipal pour lutter contre la mendicité agressive et l'alcoolisation sur la voie publique
- France 3 Bourgogne-Franche-Comté : "C'est humainement insupportable" : la ville de Besançon prend un arrêté anti-mendicité agressive, l'opposition déplore une mesure antisociale