Bethoncourt : une ex-élue détourne 22 000 € du budget sport pour ses dettes de jeu
L'ancienne présidente de l'office municipal des sports comparaît en juin, après avoir avoué avoir prélevé 21 900 euros de subventions publiques pour éponger ses pertes en ligne.
Une ancienne adjointe de Bethoncourt (Doubs) a détourné 21 900 euros des fonds de l'office municipal des sports entre mai 2024 et novembre 2025. La somme, soit 20 % du budget sport annuel de la commune, a servi à rembourser une addiction aux jeux en ligne. La prévenue, sans antécédent judiciaire, comparaît en juin 2026.
Une ancienne adjointe de Bethoncourt, quinquagénaire, comparaîtra en juin 2026 pour détournement de biens publics. Elle a reconnu, lors de sa garde à vue du 27 avril, avoir prélevé 21 900 euros sur le compte de l’office municipal des sports entre mai 2024 et novembre 2025. L’argent a servi à couvrir des pertes liées à son addiction aux jeux en ligne.
L’essentiel
- 21 900 € détournés sur les fonds de l’office municipal des sports de Bethoncourt entre mai 2024 et novembre 2025.
- 20 % du budget sport annuel de la commune - argent destiné au financement des associations sportives locales.
- Plus de 100 000 € perdus en quatre ans par la prévenue sur des plateformes de jeux en ligne, selon France 3 Franche-Comté.
- Plainte déposée le 23 avril 2026 par le nouveau maire Matthieu Guinebert auprès de la gendarmerie, après découverte des faits par la nouvelle équipe municipale.
- Comparution prévue en juin 2026 ; la commune s’est constituée partie civile pour récupérer les 22 190 euros estimés.
De mai 2024 à novembre 2025 : des prélèvements répétés
L’ancienne élue présidait l’office municipal des sports (OMS) de Bethoncourt, une association financée exclusivement par des subventions de la commune. À ce titre, elle disposait d’un accès direct aux fonds. Selon France 3 Franche-Comté et L’Est Républicain, elle a opéré des prélèvements réguliers pendant dix-huit mois, sans que les contrôles internes ne détectent les anomalies.
Les fonds prélevés représentaient environ 20 % du budget sport annuel de la ville, argent normalement affecté aux associations sportives locales. Les enquêteurs n’ont pas établi d’enrichissement personnel : l’intégralité des sommes semble avoir été absorbée par les jeux en ligne.
Le procureur Paul-Édouard Lallois, cité par L’Est Républicain, résume la logique de la prévenue : « Elle estimait qu’il s’agissait d’emprunts pour éponger ses dettes liées à son addiction aux jeux en ligne. » Une rationalisation qui n’a pas convaincu la justice : les fonds n’ont jamais été restitués avant la découverte des faits.
Découverte après les élections de mars 2026
C’est la nouvelle équipe municipale, élue en mars 2026, qui a mis au jour les irrégularités lors d’un audit de routine des associations subventionnées. Le maire Matthieu Guinebert a déposé plainte auprès de la gendarmerie le 23 avril 2026, selon France 3 Franche-Comté.
Placée en garde à vue le 27 avril, la prévenue s’est présentée spontanément au procureur et a reconnu l’ensemble des faits. Elle est poursuivie pour détournement de biens publics par dépositaire public, une qualification pénale pouvant entraîner jusqu’à dix ans d’emprisonnement. La procédure retenue est la comparution immédiate, avec audience fixée en juin 2026.
Une moto et plusieurs milliers d’euros ont été saisis par les enquêteurs à titre de biens criminels, précise France 3 Franche-Comté. Bethoncourt s’est constituée partie civile pour tenter de récupérer les 22 190 euros estimés.
Une addiction évaluée à plus de 100 000 € en quatre ans
L’affaire dépasse le seul détournement. La prévenue aurait perdu plus de 100 000 euros sur des plateformes de jeux en ligne sur quatre ans, toujours selon France 3 Franche-Comté. Les 21 900 euros détournés de l’OMS ne constituent donc qu’une fraction des sommes englouties.
Aucun antécédent judiciaire ne figurait à son casier. Son avocat pourrait plaider le contexte addictologique en atténuation, même si la qualification retenue - dépositaire public - aggrave la situation pénale. Ce point n’a pas été précisé par le parquet à ce stade.
Contexte dans le Doubs
Bethoncourt compte environ 10 592 habitants selon les estimations 2023 de l’INSEE. La commune fait partie du Pays de Montbéliard, bassin industriel structuré autour de l’héritage Stellantis (ex-PSA). Les associations sportives y jouent un rôle social important, ce qui rend le détournement d’autant plus sensible pour les clubs concernés.
Le Doubs n’est pas étranger aux affaires de détournements liés à des élus ou agents publics. L’ex-maire de Passavant avait été soupçonnée en 2020 d’avoir prélevé entre 30 000 et 50 000 euros de fonds municipaux, selon Ouest-France. En 2023, un employé du Département du Doubs avait été condamné pour avoir détourné 152 000 euros, rapportait L’Est Républicain. À Besançon, l’ex-maire Jean-Louis Fousseret avait lui été relaxé en novembre 2025 dans une affaire impliquant 82 750 euros d’indemnités, selon le site Le Trois.
Ces précédents illustrent une problématique récurrente : le contrôle des flux financiers dans les structures associatives adossées aux collectivités locales reste insuffisant, notamment dans les communes de taille moyenne où les audits sont moins fréquents. L’affaire de Bethoncourt a précisément été détectée non par un contrôle systématique, mais par le changement de majorité.
Le cas s’inscrit aussi dans un contexte national préoccupant sur les jeux en ligne. L’Autorité nationale des jeux (ANJ) alertait en 2024 sur la progression des comportements addictifs liés aux plateformes légales, avec des profils de joueurs de plus en plus diversifiés en termes d’âge et de catégorie socioprofessionnelle. Ce volet n’a pas été développé par le parquet dans ses déclarations publiques.
Les associations sportives en attente
Le détournement a privé les associations sportives de Bethoncourt de 20 % de leurs financements sur au moins une partie de la période 2024-2025. La municipalité n’a pas encore précisé si un abondement exceptionnel serait accordé aux clubs lésés dans l’attente d’un remboursement judiciaire.
La constitution de partie civile de la commune ouvre la voie à des dommages et intérêts, mais le recouvrement effectif dépendra de la situation patrimoniale de la prévenue. Les biens saisis - moto et liquidités - couvrent une fraction de la somme réclamée.
L’audience de juin 2026 devant le tribunal correctionnel fixera la peine et statuera sur les intérêts civils. D’ici là, la mairie Guinebert devra aussi répondre aux clubs sur la gestion des subventions de la saison en cours.
Sources
- France 3 Franche-Comté : 20 % du budget sport est parti : une ancienne élue municipale détourne 22 000 euros pour payer ses dettes de jeux en ligne
- L'Est Républicain : Addict aux jeux en ligne, l'ex-élue de Bethoncourt détourne 22 000 € d'argent public
- Tout Montbéliard : Bethoncourt : 21 900 € de détournements présumés au sein d'une association, l'ancienne présidente reconnaît les faits
- La Dépêche du Midi : Pour éponger ses dettes de jeux en ligne, l'ex-élue soutirait 22 000 euros à une association de la Ville