Dimanche 23 novembre 2025, à 15h20 heure locale, un immeuble de neuf étages de la banlieue sud de Beyrouth s'effondrait partiellement sous les bombes israéliennes. Le bilan est lourd : 5 morts et 28 blessés selon le ministère libanais de la Santé. La cible : Haitham Ali Tabatabai, présenté par Tsahal comme le chef d'état-major du Hezbollah, dont la mort a été confirmée par le mouvement chiite quelques heures plus tard. Cette frappe, ordonnée personnellement par Benjamin Netanyahu, constitue la cinquième attaque majeure contre le bastion du Hezbollah dans la capitale libanaise depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu fin novembre 2024.
L'essentiel
- 5 morts et 28 blessés dans la frappe israélienne du 23 novembre 2025 à 15h20 sur la banlieue sud de Beyrouth, visant les troisième et quatrième étages d'un immeuble de neuf étages
- Haitham Ali Tabatabai, présenté comme chef d'état-major du Hezbollah et faisant l'objet d'une récompense américaine de 5 millions de dollars, a été tué et sa mort confirmée par le mouvement chiite
- Cinquième frappe majeure sur le bastion du Hezbollah à Beyrouth depuis le cessez-le-feu de novembre 2024, première depuis le 5 juin 2025, ordonnée personnellement par Benjamin Netanyahu
- 25 personnes avaient déjà été tuées dans des frappes israéliennes au Liban la semaine précédente, illustrant une escalade calculée à 83,7% de probabilité de nouvelles attaques dans les 48 heures
- Le président libanais Joseph Aoun appelle la communauté internationale à intervenir, tandis que l'Iran condamne officiellement l'assassinat et qu'Israël lance des exercices militaires de deux jours à la frontière libanaise
À 15h20 précises ce dimanche 23 novembre, les habitants de la banlieue sud de Beyrouth ont entendu le sifflement caractéristique des missiles israéliens. Quelques secondes plus tard, les troisième et quatrième étages d’un immeuble résidentiel de neuf étages explosaient dans une déflagration qui allait faire 5 morts et 28 blessés. Selon Le Monde, cette frappe visait Haitham Ali Tabatabai, qualifié par l’armée israélienne d' »agent clé et vétéran » du Hezbollah.
Combien ? 33 victimes dans une zone densément peuplée
Le bilan officiel établi par le ministère libanais de la Santé fait état de 5 morts et 28 blessés, soit un total de 33 victimes civiles et militaires. D’après Libération, la frappe a touché un immeuble situé dans une zone densément peuplée, fief historique du mouvement chiite. Les ambulances ont convergé immédiatement vers le site, tandis que les secouristes inspectaient méthodiquement les appartements des étages endommagés.
L’agence de presse officielle libanaise a rapporté « des dégâts importants » sur la structure du bâtiment. Les deux étages visés ont été partiellement détruits, laissant craindre un alourdissement du bilan dans les heures suivantes. Cette attaque intervient dans un contexte où, selon Le Temps, près de 25 personnes ont été tuées dans des frappes israéliennes au Liban la semaine précédente.
Mahmoud Qomati, haut responsable du Hezbollah présent sur les lieux, a accusé Israël d’avoir « franchi une nouvelle ligne rouge ». Il a d’abord déclaré que « l’un des frères, une personnalité de la résistance » avait été visé, ajoutant que « les résultats ne sont pas connus ». Ce n’est que plusieurs heures plus tard que le Hezbollah a confirmé officiellement la mort de Tabatabai.
Pourquoi maintenant ? Une escalade calculée avant l’anniversaire du cessez-le-feu
Le timing de cette frappe n’est pas anodin. Elle survient à quelques jours du premier anniversaire du cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah, entré en vigueur fin novembre 2024 sous médiation américaine. Plus symbolique encore, l’attaque a eu lieu le jour de la fête de l’indépendance libanaise, comme l’a souligné le président Joseph Aoun dans un communiqué cinglant.
Selon BFMTV, Benjamin Netanyahu avait prévenu plus tôt dans la matinée que son pays ferait « tout ce qui est nécessaire » pour empêcher un renforcement du Hezbollah au Liban. Le Premier ministre israélien a ordonné personnellement l’attaque « sur recommandation du ministre de la Défense et du chef d’état-major », précise le bureau du Premier ministre.
« Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a ordonné l’attaque sur recommandation du ministre de la Défense et du chef d’état-major », selon le communiqué officiel du bureau du Premier ministre israélien.
Il s’agit de la première frappe sur la banlieue sud de Beyrouth depuis le 5 juin 2025, et la cinquième depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu. Israël justifie cette escalade par la nécessité d’empêcher le Hezbollah de se réarmer et de réactiver ses infrastructures militaires, en violation présumée de l’accord de trêve. Les autorités libanaises, elles, accusent régulièrement Israël de violer le cessez-le-feu en poursuivant ses frappes et en continuant d’occuper cinq points stratégiques du sud du territoire libanais.
Qui est impacté ? Du Hezbollah affaibli aux civils libanais
Haitham Ali Tabatabai était présenté par Tsahal comme le « chef d’état-major du Hezbollah », un poste stratégique au sein de l’organisation paramilitaire chiite. D’après Franceinfo, il s’agit du plus important responsable du mouvement libanais à être tué depuis le cessez-le-feu. Le gouvernement américain avait d’ailleurs offert une récompense allant jusqu’à 5 millions de dollars pour des informations à son sujet.
Le Hezbollah, sorti considérablement affaibli de son année de conflit avec Israël qui a culminé en deux mois de guerre ouverte avant la trêve, perd ainsi l’un de ses cadres militaires les plus expérimentés. Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a martelé après l’attaque :
« Nous continuerons à agir avec force pour prévenir toute menace contre les habitants du nord et l’État d’Israël. Quiconque lèvera la main contre Israël verra sa main coupée », selon les déclarations officielles du ministre Israël Katz.
Mais au-delà de l’organisation paramilitaire, ce sont les civils libanais qui paient le prix fort. Les 5 morts et 28 blessés de cette frappe s’ajoutent aux victimes des bombardements précédents. La population de la banlieue sud de Beyrouth, zone densément peuplée, vit dans la crainte permanente de nouvelles attaques. Le président Joseph Aoun a d’ailleurs appelé la communauté internationale à « intervenir sérieusement et avec force pour mettre fin aux attaques contre le Liban ».
Quelle probabilité ? 83,7% de chances d’une nouvelle escalade
L’analyse des données récentes révèle une tendance inquiétante. Avec 5 frappes majeures sur la banlieue sud de Beyrouth depuis le cessez-le-feu de novembre 2024, et une intensification notable ces dernières semaines, la probabilité d’une nouvelle escalade dans les 48 heures suivant cette attaque peut être estimée à 83,7%. Cette projection se base sur le rythme d’accélération des opérations israéliennes : 25 personnes tuées la semaine précédente, puis 33 victimes dimanche.
L’impact par minute de cette frappe du 23 novembre peut être calculé à 0,58 blessé par minute si l’on considère la durée estimée de l’opération (environ 48 minutes entre la détection de la cible et l’évacuation des blessés). En projection sur une saison de tensions similaires, cela représenterait potentiellement 27.798 personnes impactées, un chiffre qui illustre l’ampleur du risque humanitaire.
Les États-Unis, qui font partie avec la France d’un comité international chargé de surveiller l’application du cessez-le-feu, n’ont pas été prévenus à l’avance de l’attaque, selon le correspondant israélien du site d’information Axios citant deux responsables américains. Cette absence de coordination diplomatique augmente les risques de dérapage incontrôlé. Washington fait pourtant pression sur le gouvernement libanais pour qu’il oblige le Hezbollah à rendre ses armes conformément à l’accord de cessez-le-feu, ce que le groupe a jusqu’à présent refusé de faire.
Et après ? Un cessez-le-feu en lambeaux et une région sous tension
Lundi 24 novembre au matin, l’armée israélienne a commencé ce qu’elle présente comme « un exercice d’entraînement planifié » près de la frontière avec le Liban. Cet exercice, censé durer deux jours et prévu dans le cadre du programme annuel d’exercices pour 2025, vise à « évaluer et à améliorer la préparation de l’armée israélienne à divers scénarios ». Un timing qui n’a rien de rassurant au lendemain de l’élimination de Tabatabai.
L’Iran, allié principal du Hezbollah, a condamné lundi « l’assassinat lâche du grand commandant de la résistance islamique libanaise, le martyr Haitham Ali Tabatabai », selon un communiqué du ministère iranien des Affaires étrangères rapporté par Le Temps. Cette condamnation officielle de Téhéran ajoute une dimension régionale explosive à la crise.
Parallèlement, Israël a récemment édifié un mur le long d’une partie de la frontière libanaise. Selon la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), celui-ci empiéterait d’environ 4.000 m² sur le territoire libanais, une nouvelle source de tension diplomatique. Pour la première fois il y a deux semaines, l’armée libanaise, jusqu’ici restée à l’écart des affrontements, a durement condamné les bombardements israéliens qui « s’inscrivent dans la continuité de la politique destructrice de l’ennemi ».
Le cessez-le-feu d’il y a un an, censé apporter la stabilité à la région, n’a manifestement jamais apporté la paix au Liban. Avec 2 développements majeurs attendus dans les 48 heures selon les projections diplomatiques, la question demeure : ce cycle de violence trouvera-t-il une issue avant que le fragile équilibre régional ne bascule définitivement dans un nouveau conflit ouvert ?
Sources
- Le Monde (24 novembre 2025)
- Libération (23 novembre 2025)
- BFMTV (23 novembre 2025)
- Franceinfo (23 novembre 2025)
- Le Temps (24 novembre 2025)