États-Unis : 5 ans d’historique de réseaux sociaux exigés pour 42 pays

L'administration Trump impose de nouvelles données obligatoires aux touristes exemptés de visa, dont les Français, dans un délai de 60 jours

États-Unis : 5 ans d’historique de réseaux sociaux exigés pour 42 pays
Contrôle des douanes américaines dans un aéroport international avec voyageurs Pierre Monteil / INFO.FR

Un avis publié ce mercredi 10 décembre dans le Federal Register bouleverse les conditions d'entrée aux États-Unis. L'administration Trump exige désormais des ressortissants de 42 pays, dont la France, la Belgique et l'Allemagne, qu'ils fournissent l'intégralité de leur historique d'activité sur les réseaux sociaux des 5 dernières années pour obtenir leur autorisation ESTA. Cette mesure, qui entrera en vigueur dans 60 jours sauf contestation judiciaire, s'accompagne d'exigences sans précédent sur les données personnelles et familiales.

L'essentiel

  • L'administration Trump exige l'historique complet des réseaux sociaux sur 5 ans pour les ressortissants de 42 pays exemptés de visa, dont la France, selon un avis publié le 10 décembre 2025 dans le Federal Register
  • Les demandeurs d'ESTA devront également fournir tous leurs numéros de téléphone des 5 dernières années, leurs adresses email des 10 dernières années, et les données complètes de leurs membres de famille
  • Le secteur touristique américain enregistre déjà une baisse prévue de 6,3% des arrivées internationales en 2025 par rapport à 2024, selon l'US Travel Association
  • La mesure entrera en vigueur dans 60 jours sauf contestation judiciaire, juste avant la Coupe du monde 2026 qui doit accueillir des centaines de milliers de supporters étrangers
  • Cette extension fait suite à des mesures similaires imposées aux étudiants internationaux depuis mai 2025, qui contribuaient à hauteur de 44 milliards de dollars à l'économie américaine en 2023-2024

À 60 jours de la Coupe du monde de football 2026 qui doit attirer des centaines de milliers de supporters internationaux, l’administration Trump durcit drastiquement les conditions d’entrée sur le territoire américain. Selon un avis publié ce mercredi 10 décembre dans le Federal Register, le journal officiel américain, les visiteurs exemptés de visa devront désormais communiquer l’historique complet de leurs réseaux sociaux sur une période de cinq ans. Une décision qui concerne directement les ressortissants de 42 pays bénéficiant du programme d’exemption de visa, parmi lesquels la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, le Japon, la Corée du Sud, Israël, l’Australie et la Belgique.

Une collecte de données personnelles étendue à la sphère familiale

L’examen des réseaux sociaux ne constitue que la partie émergée d’un dispositif de surveillance bien plus vaste. Comme le détaille Boursorama, les services des douanes et de la protection des frontières américains (CBP) ajouteront plusieurs nouveaux champs obligatoires à la demande d’autorisation électronique ESTA. Les candidats devront fournir tous les numéros de téléphone utilisés au cours des cinq dernières années, ainsi que l’ensemble des adresses électroniques employées durant les dix dernières années.

Mais l’aspect le plus intrusif concerne sans doute l’extension de cette collecte aux membres de la famille. Les demandeurs d’ESTA devront communiquer les noms complets, numéros de téléphone, dates de naissance, lieux de naissance et adresses de résidence de leurs proches. L’avis suggère explicitement d’ajouter les médias sociaux comme « élément obligatoire de données » pour toute demande d’autorisation de séjour, transformant une formalité administrative en véritable enquête de sécurité.

Un secteur touristique déjà fragilisé par la politique America First

Cette nouvelle exigence intervient dans un contexte déjà tendu pour l’industrie touristique américaine. Selon les projections de l’US Travel Association citées par La Libre Belgique, le pays enregistrera une baisse de 6,3% des arrivées de touristes étrangers en 2025 par rapport à 2024. Un déclin directement attribué aux politiques restrictives du président républicain.

En novembre dernier, l’administration Trump avait déjà sensiblement relevé le prix d’entrée des parcs nationaux pour les visiteurs étrangers, justifiant cette mesure par la volonté de « donner la priorité aux Américains ». Cette stratégie d’America First appliquée au tourisme se poursuit donc avec ce nouveau dispositif de contrôle, malgré les enjeux économiques colossaux. Les étudiants internationaux, déjà soumis depuis mai à un contrôle systématique de leurs réseaux sociaux, contribuaient à hauteur de 44 milliards de dollars à l’économie américaine lors de l’année scolaire 2023-2024.

Un timing problématique à l’approche de la Coupe du monde 2026

La proposition tombe au plus mal pour les organisateurs de la Coupe du monde de football 2026, que les États-Unis co-accueilleront avec le Canada et le Mexique. L’événement doit attirer des centaines de milliers de supporters du monde entier, dont une large proportion provient précisément des 42 pays concernés par le programme d’exemption de visa. Le délai de mise en œuvre de 60 jours, sauf contestation judiciaire, signifie que ces nouvelles règles pourraient être opérationnelles bien avant le coup d’envoi du tournoi.

« Des touristes sous très haute surveillance », titre Libération, résumant l’inquiétude générale face à ce dispositif.

Actuellement, les ressortissants des 42 pays éligibles peuvent voyager aux États-Unis pendant 90 jours sans visa, à la seule condition d’obtenir une autorisation ESTA. Cette procédure relativement simple et rapide a largement facilité les échanges touristiques et professionnels transatlantiques. Le nouveau dispositif complexifie considérablement cette démarche, transformant une formalité administrative en un processus d’examen approfondi qui pourrait décourager de nombreux voyageurs.

Des précédents inquiétants dans le contrôle des réseaux sociaux

Cette extension aux touristes s’inscrit dans une escalade progressive des mesures de surveillance numérique. Depuis mars 2025, les agents consulaires étaient déjà tenus de procéder à l’examen systématique des réseaux sociaux des étudiants étrangers, à la recherche de preuves de soutien à « une activité terroriste ou à une organisation terroriste ». Dans les faits, comme le rapporte The Guardian, ce contrôle pouvait se limiter à un simple et vague « soutien à la cause palestinienne ».

L’administration Trump avait même ordonné en mai 2025 la suspension temporaire des demandes de visas étudiants, le temps de mettre en place ces nouveaux protocoles de vérification. De nombreux étudiants internationaux, y compris chinois, ont depuis assuré s’autocensurer sur les campus et prendre diverses mesures pour échapper à cette surveillance accrue. L’extension de ces pratiques aux touristes ordinaires franchit un nouveau palier dans la collecte de données personnelles.

Des questions juridiques et pratiques en suspens

L’avis publié dans le Federal Register laisse de nombreuses zones d’ombre quant aux modalités concrètes d’application. Comment les autorités américaines vérifieront-elles l’exhaustivité des informations fournies ? Quels réseaux sociaux seront concernés ? Les comptes fermés ou supprimés devront-ils être mentionnés ? Les messageries privées seront-elles consultées ? Autant de questions auxquelles le texte ne répond pas explicitement.

Sur le plan juridique, cette mesure pourrait faire l’objet de contestations, notamment au regard des législations européennes sur la protection des données personnelles comme le RGPD. Le délai de 60 jours avant l’entrée en vigueur laisse la porte ouverte à d’éventuels recours judiciaires, même si l’avis ne précise pas devant quelles juridictions ces contestations pourraient être portées.

Pour les millions de voyageurs concernés, cette nouvelle donne soulève une question fondamentale : jusqu’où les États-Unis peuvent-ils aller dans l’examen de la vie privée numérique de visiteurs qui ne demandent qu’à séjourner temporairement sur leur territoire ? La réponse, dans les prochaines semaines, déterminera peut-être l’avenir même du programme d’exemption de visa, pilier des échanges transatlantiques depuis des décennies.

Sources

  • Le Monde (10 décembre 2025)
  • Boursorama (10 décembre 2025)
  • Libération (10 décembre 2025)
  • La Libre Belgique (10 décembre 2025)
  • Courrier international (28 mai 2025)
Marie Delacroix

Marie Delacroix

Journaliste spécialisée dans les questions environnementales et scientifiques. Formation en journalisme scientifique et développement durable. Expertise reconnue sur les enjeux climatiques, la transition énergétique et la biodiversité. Couvre également l'innovation technologique et la recherche. Membre fondateur d'INFO.FR, elle apporte un éclairage expert sur les défis écologiques contemporains.