Bobigny : un homme abattu par un policier, l’IGPN saisie par le parquet
Puvaneswaran V., 43 ans, a été tué par balle le 30 mai lors d'une intervention de la BAC de Pantin pour un différend locatif.
Samedi 30 mai 2026 vers 14h, un homme de 43 ans a été mortellement blessé par un policier dans un immeuble de la rue Hector-Berlioz à Bobigny. Le parquet a saisi l'IGPN et ouvert une enquête pour violence avec arme ayant entraîné la mort. Des témoins contestent la version officielle.
L’essentiel
- 30 mai 2026, vers 14h : Puvaneswaran V., 43 ans, abattu par un policier de la BAC de Pantin au 12 rue Hector-Berlioz à Bobigny (93).
- Deux tirs à l’abdomen : un policier a fait feu deux fois ; décès constaté malgré l’intervention du SAMU.
- Enquête ouverte : le parquet de Bobigny a saisi l’IGPN pour « violence avec arme ayant entraîné la mort ».
- Deux voisins blessés avant l’arrivée de la police : dont un enfant, lors d’un différend locatif avec le défunt.
- Témoignages contradictoires : selon L’Humanité, des témoins contestent la proportionnalité du tir.
Ce qui s’est passé rue Hector-Berlioz
Samedi 30 mai 2026, peu après 14h, trois policiers de la BAC de Pantin sont dépêchés au foyer Adoma Résidence Berlioz, 12 rue Hector-Berlioz à Bobigny, pour un différend locatif. Sur place, Puvaneswaran V., résident de 43 ans, avait déjà blessé légèrement deux voisins avec une arme blanche - dont un enfant d’origine afghane - selon Le Parisien et BFM TV.
À la sortie de l’ascenseur, les agents se retrouvent face à l’homme, armé de deux couteaux. Malgré les injonctions, il avance vers eux en les brandissant. Un policier tente un coup de pied ; un autre fait feu à deux reprises, l’atteignant à l’abdomen. Le SAMU intervient mais le décès est constaté sur place, selon la préfecture de police de Paris.
La version officielle et les témoignages contestataires
La préfecture de police de Paris a qualifié l’usage de l’arme d’« administratif », évoquant une menace directe sur les agents. Cette version est reprise par Le Parisien, BFM TV et Le Monde.
Mais selon L’Humanité (édition du 3 juin 2026), des témoins racontent un scénario différent : les tirs seraient intervenus dès l’ouverture des portes de l’ascenseur, alors qu’une autre personne se trouvait encore à l’intérieur, faisant « tampon ». L’Humanité précise également que Puvaneswaran V. était en proie à une crise psychotique depuis le matin, une situation gérée dans un premier temps par des voisins. Les pompiers, appelés avant la police, auraient renoncé à intervenir en raison des couteaux brandis.
Ces témoignages ne constituent pas une mise en cause judiciaire des policiers à ce stade : c’est précisément l’objet de l’enquête ouverte par le parquet.
L’IGPN saisie, enquête pour « violence avec arme »
Le parquet de Bobigny a ouvert une enquête pour « violence avec arme ayant entraîné la mort » et confié les investigations à l’Inspection générale de la police nationale (IGPN). Les premières auditions - témoins et policiers - ont débuté dans la foulée, selon L’Humanité et Le Parisien. Puvaneswaran V. est décrit comme membre de la communauté tamoule implantée en Seine-Saint-Denis. Selon L’Humanité, sa famille est liée aux Tigres tamouls, mouvement armé sri-lankais écrasé en 2009. Une marche blanche est annoncée à Bobigny dans les prochains jours par la communauté.
Pour les questions de violences policières et saisines IGPN en Île-de-France, ce dossier s’inscrit dans une séquence chargée : le même 30 mai, le parquet de Bobigny a saisi une seconde fois l’IGPN, cette fois pour un adolescent de 13 ans grièvement blessé à l’œil lors des célébrations de la victoire du PSG dans la ville, selon BFM TV et L’Humanité.
Contexte dans la Seine-Saint-Denis
Bobigny est le chef-lieu du département de Seine-Saint-Denis (93), département le plus densément peuplé hors Paris, avec près de 1,7 million d’habitants. La ville accueille plusieurs foyers de travailleurs migrants anciens, dont la Résidence Berlioz d’Adoma, construite en 1959 sur d’anciens terrains maraîchers, selon le recensement du CAUE Observatoire.
Le 93 concentre régulièrement des affaires de tirs policiers et de saisines IGPN. En l’espace d’une seule journée, le parquet de Bobigny a ouvert deux enquêtes distinctes impliquant l’IGPN. Pour mémoire, à Montreuil et Bondy - communes voisines - les opérations anti-fraude et contrôles de sécurité se sont également multipliés ces dernières semaines dans le département.
La question de la gestion des crises psychiatriques par les forces de l’ordre reste un sujet récurrent dans le débat public, sans protocole national unifié à ce jour.
Prochaine étape
L’IGPN poursuit ses investigations ; aucune mise en examen n’a été annoncée à ce stade. La marche blanche organisée par la communauté tamoule de Bobigny doit se tenir dans les prochains jours, date non encore confirmée officiellement.
Sources
- Le Parisien : Bobigny : armé de deux couteaux, un homme fonce sur des policiers et est abattu
- BFM TV : Un policier tue un homme qui le menaçait avec des couteaux à Bobigny
- L'Humanité : Bobigny : un homme abattu de deux tirs par la police samedi, l'IGPN saisie
- Le Monde : Un policier tue un homme qui le menaçait avec des couteaux à Bobigny