Bobigny : la présidente du tribunal dénonce des « attaques intolérables » contre les magistrats
Après la condamnation du directeur de Frontières pour doxing, des messages injurieux et racistes visent le juge Youssef Badr. La présidence du TJ de Bobigny et le ministère de la Justice réagissent.
Le 19 juin 2026, Anne Auclair-Rabinovitch, présidente du tribunal judiciaire de Bobigny, a dénoncé les « attaques intolérables » visant les trois magistrats ayant condamné Erik Tegnér. Le ministère de la Justice a également condamné ces intimidations.
L’essentiel
- Condamnation le 18 juin : Erik Tegnér, directeur de Frontières, écope de 6 mois de prison avec sursis et 10 000 € d’amende pour divulgation de données personnelles d’avocats (doxing).
- Cibles des attaques : Le magistrat Youssef Badr, président de la formation collégiale, est visé par des messages injurieux, racistes et haineux sur les réseaux sociaux dès le 19 juin.
- Réaction institutionnelle : Anne Auclair-Rabinovitch annonce que tout propos intimidant sera signalé au procureur ; le ministère de la Justice condamne « avec fermeté » ces attaques.
Le tribunal correctionnel de Bobigny a condamné, le 18 juin 2026, Erik Tegnér à six mois de prison avec sursis, 10 000 euros d’amende et des dommages-intérêts pour avoir divulgué les noms et lieux d’exercice d’une soixantaine d’avocats spécialisés en droit des étrangers. Comme le relatait info.fr, la publication figurait dans un hors-série de janvier 2025 présentant ces avocats comme « coupables » de l’invasion migratoire.
Ce qui s’est passé
Dès le lendemain de la décision, le juge Youssef Badr, président de la formation collégiale qui a rendu le jugement, est devenu la cible de messages injurieux, racistes et haineux sur les réseaux sociaux. Selon Actu.fr, les détracteurs attaquent le magistrat notamment sur son prénom et son engagement associatif. Les trois juges ayant siégé sont visés, mais Youssef Badr concentre l’essentiel des attaques.
Le condamné, Erik Tegnér, dirige le média identitaire Frontières. La peine prononcée par le tribunal correctionnel de Bobigny est assortie d’un sursis simple et d’une obligation de verser des dommages-intérêts aux avocats plaignants, a précisé Le Monde.
La réaction de la présidente du tribunal
Le 19 juin 2026, Anne Auclair-Rabinovitch, présidente du tribunal judiciaire de Bobigny, a publié un communiqué officiel. Elle y dénonce des « attaques intolérables » contre les trois magistrats et annonce que « tout propos intimidant ou menaçant sera systématiquement signalé au procureur de la République ». Elle rappelle que les décisions de justice se contestent par les voies de recours, non par l’intimidation. Le communiqué a été relayé par plusieurs médias locaux et nationaux.
La réponse du ministère de la Justice
Le ministère de la Justice a également « condamné avec fermeté » les attaques visant le magistrat bobignien. Dans un communiqué cité par Ouest-France, la chancellerie réaffirme que « s’en prendre à un magistrat parce qu’il a rendu une décision de justice est inacceptable » et que « l’indépendance de la justice est un principe fondamental ». Ces déclarations interviennent alors que la polémique enfle sur les réseaux sociaux, avec des appels à la retenue mais aussi des relais par des comptes proches de l’extrême droite.
Contexte en Seine-Saint-Denis
Le tribunal judiciaire de Bobigny est l’un des plus importants d’Île-de-France, avec une activité judiciaire dense liée à la fois à la démographie du département (1,6 million d’habitants) et à sa situation socio-économique. La Seine-Saint-Denis est le département le plus pauvre de France métropolitaine, avec un taux de pauvreté élevé et une forte proportion de population issue de l’immigration. Les avocats spécialisés en droit des étrangers y sont nombreux, ce qui explique la sensibilité particulière autour de l’affaire Tegnér. La protection des magistrats, déjà au cœur des préoccupations après plusieurs agressions ces dernières années, est régulièrement débattue dans le département.
Prochaine étape : une procédure pour menaces ?
La présidente du tribunal a indiqué que tout propos intimidant ou menaçant sera systématiquement signalé au parquet. Il n’est pas exclu que des plaintes soient déposées contre les auteurs des messages les plus violents. Le ministère de la Justice suit de près la situation. De son côté, la défense d’Erik Tegnér n’a pas encore annoncé si elle fera appel de la condamnation.
Sources
- Actu.fr : Un juge de Bobigny pris pour cible après la condamnation du directeur de Frontières : le tribunal riposte
- Le Monde : Erik Tegnér, le directeur du magazine d’extrême droite Frontières, condamné à six mois avec sursis pour divulgation de données personnelles d’avocats
- Ouest-France : Des magistrats cibles d’« attaques intolérables » après la condamnation d’Erik Tegnér, patron de Frontières
- BFMTV : S’en prendre à un magistrat est inacceptable : un juge pris pour cible après la condamnation d'Erik Tegnér