Bordeaux : une infirmière alerte sur la catastrophe sanitaire en Gironde

Déserts médicaux, urgences saturées, pénuries de médicaments le témoignage de Catherine pointe une dégradation structurelle de l'accès aux soins.

Bordeaux : une infirmière alerte sur la catastrophe sanitaire en Gironde
Illustration Hugo Castaing / info.fr

À Bordeaux, une infirmière prénommée Catherine dénonce publiquement une «perte de chance» pour les patients girondins. Derrière son alerte 600 000 habitants en zone de désert médical dans le département, des urgences débordées et des réponses institutionnelles encore insuffisantes.

À Bordeaux, une infirmière prénommée Catherine dénonce publiquement une «perte de chance» pour les patients girondins. Derrière son alerte : 600 000 habitants en zone de désert médical dans le département, des urgences débordées et des réponses institutionnelles encore insuffisantes.

L’essentiel

  • 600 000 habitants : nombre de Girondins concernés par les déserts médicaux sur 1,6 million d’habitants, premier département de Nouvelle-Aquitaine touché.
  • 6,5% de la population régionale en zones rouges de désert médical en Nouvelle-Aquitaine, contre 3,3% en moyenne nationale (ARS).
  • +40,6% d’appels au 15 : le centre SAMU du CHU de Bordeaux est passé de 591 000 à 831 000 appels entre 2020 et 2025.
  • 202 médecins volontaires mobilisés au 15 août 2025 dans le cadre du pacte régional contre les déserts médicaux.
  • 8 heures d’attente signalées aux urgences de Bordeaux le 30 avril 2026 par une patiente, sans examen réalisé.

Le cri d’alarme d’une soignante bordelaise

Catherine, infirmière à Bordeaux, a pris la parole publiquement sur le compte X @Lesinfirmieres1 pour dénoncer ce qu’elle qualifie de catastrophe sanitaire quotidienne. Son constat : déserts médicaux, urgences débordées ou fermées, erreurs médicales et pénuries de médicaments se cumulent pour créer une «perte de chance» pour les patients.

Son alerte s’inscrit dans un contexte documenté. En Gironde, selon Sud Ouest, 600 000 personnes sur 1,6 million d’habitants sont concernées par les déserts médicaux, faisant du département le premier de la région sur ce critère. La densité de médecins généralistes y est de 177 pour 100 000 habitants en 2025, selon l’INSEE - légèrement au-dessus de la moyenne régionale (165), mais insuffisante pour couvrir une population en forte croissance.

Des urgences sous pression croissante

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Les services d’urgences absorbent une part croissante du déficit de médecine de ville. Le SAMU-Centre 15 du CHU de Bordeaux a enregistré 831 000 appels en 2025, contre 591 000 en 2020, soit une hausse de 40,6% en cinq ans, selon Sud Ouest. La croissance démographique en Gironde amplifie mécaniquement cette pression.

Le 30 avril 2026, une patiente identifiée sous le nom de Frédérique Teuma a témoigné sur X d’une attente de plus de huit heures aux urgences de Bordeaux, sans qu’aucun examen ne soit réalisé. Elle évoque des conditions d’hygiène préoccupantes et un sentiment d’abandon.

Ce témoignage isolé rejoint des alertes syndicales antérieures. Le syndicat SUD avait déjà prévenu, selon Sud Ouest, que le CHU de Bordeaux ne pourrait «pas faire face à une situation exceptionnelle» dans son état actuel. La grève des laboratoires d’analyses médicales observée début mai 2026 révèle, sur un autre segment, les mêmes tensions structurelles dans l’accès aux soins.

Les pénuries de médicaments, une dimension sous-estimée

Catherine cite également les pénuries de médicaments parmi les facteurs de dégradation. Les données disponibles confirment l’ampleur du phénomène : en 2026, 27% des personnes en Nouvelle-Aquitaine déclarent avoir été confrontées à une pénurie de médicaments au cours des douze derniers mois, selon France Assos Santé. Ce taux monte à 43% parmi les patients atteints d’une affection de longue durée (ALD).

Les conséquences concrètes de ces ruptures d’approvisionnement sur les patients restent difficiles à quantifier précisément à l’échelle girondine. Aucun bilan départemental spécifique n’a été communiqué à ce stade.

Contexte dans la Gironde

La Gironde concentre à elle seule une part disproportionnée de la crise régionale. La Nouvelle-Aquitaine est la région de France métropolitaine la plus touchée par les déserts médicaux : 404 143 habitants y vivent en zones rouges, soit 6,5% de la population, contre 3,3% en moyenne nationale, selon l’ARS. Dans ce tableau régional, la Gironde occupe la première place en nombre absolu de personnes concernées.

Le nouveau zonage des médecins libéraux, arrêté le 30 janvier 2026 par l’ARS Nouvelle-Aquitaine, identifie 28,5% de la population régionale en zones d’intervention prioritaire (ZIP). Ce zonage conditionne les aides à l’installation et les dispositifs de permanence des soins. D’autres territoires français expérimentent des modèles alternatifs d’accès aux soins, notamment en santé mentale, sans que ces formules ne soient encore déployées à grande échelle en Gironde.

Les réponses de l’ARS : volontaires et docteurs juniors

L’ARS Nouvelle-Aquitaine a communiqué sur plusieurs leviers d’action. Au 15 août 2025, 202 médecins s’étaient portés volontaires pour des missions ponctuelles en zones sous-dotées, dans le cadre du pacte régional de lutte contre les déserts médicaux. France 3 Nouvelle-Aquitaine avait signalé que ce chiffre dépassait les 260 médecins à une date ultérieure.

Sur le moyen terme, l’ARS annonce le déploiement de près de 300 docteurs juniors de médecine générale à partir de novembre 2026 dans les départements en déficit, dont 58 affectés en Gironde, selon Sud Ouest. Ces étudiants en fin de cursus interviendront en zones sous-dotées sous supervision.

L’ARS indique par ailleurs «travailler activement pour limiter les tensions aux urgences, en lien étroit avec les établissements de santé», sans détailler à ce stade les mesures opérationnelles précises pour le CHU de Bordeaux.

Un système sous tension, des solutions à long terme

L’écart entre l’urgence décrite par les soignants et les délais de déploiement des solutions institutionnelles est au cœur du débat. Les 58 docteurs juniors attendus en Gironde n’arriveront pas avant novembre 2026. Les missions de médecins volontaires restent ponctuelles. Et le zonage prioritaire, s’il ouvre des droits, ne crée pas mécaniquement des médecins là où ils manquent.

La question du financement pérenne et du numerus clausus passé, dont les effets se font encore sentir sur les cohortes de médecins en activité, n’est pas abordée dans les communications officielles récentes. Les raisons structurelles du sous-équipement chronique en Gironde n’ont pas été précisées par l’ARS dans ses dernières prises de position.

Le déploiement des 58 docteurs juniors en Gironde prévu pour novembre 2026 constituera un premier test concret de la capacité du dispositif à réduire la pression sur les urgences bordelaies.

Sources

Hugo Castaing

Hugo Castaing

Hugo est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Gironde (33), avec Bordeaux pour chef-lieu. Spécialité du département : viticulture Bordeaux (4 milliards CA) et métropole étudiante. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Nouvelle-Aquitaine.

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