Borge Brende quitte le Forum de Davos après 100 échanges avec Epstein

Le président du WEF démissionne ce jeudi 26 février après la révélation de ses liens avec le pédocriminel américain

Borge Brende quitte le Forum de Davos après 100 échanges avec Epstein
Siège du Forum économique mondial à Genève sous un ciel lumineux Pierre Monteil / INFO.FR (img2img)

Neuf ans après sa prise de fonction, Borge Brende tire sa révérence. L'ancien ministre norvégien des Affaires étrangères a annoncé ce jeudi 26 février 2026 qu'il quittait la présidence du Forum économique mondial, institution prestigieuse qui rassemble chaque année à Davos l'élite politique et économique planétaire. En cause : la révélation de plus de 100 échanges avec Jeffrey Epstein et trois rencontres avec le financier condamné pour trafic sexuel de mineures. Une démission qui s'inscrit dans la longue traîne de l'affaire Epstein, dont les ramifications continuent d'ébranler les cercles du pouvoir mondial.

L'essentiel — les faits vérifiés
  • Borge Brende démissionne ce jeudi 26 février 2026 de la présidence du Forum économique mondial après neuf ans à ce poste depuis 2017
  • Plus de 100 SMS et courriels échangés avec Jeffrey Epstein et trois rencontres lors de dîners mondains à New York en 2018 et 2019
  • Le Suisse Alois Zwinggi assure la direction par intérim en attendant la désignation d'un successeur permanent par le conseil d'administration
  • Une enquête interne avait été ouverte début février 2026 après la publication des millions de documents du dossier Epstein par la justice américaine fin janvier
  • Cette démission s'inscrit dans une série de départs forcés de personnalités dont les liens avec le pédocriminel ont été révélés publiquement

Plus de 100 messages. Trois dîners. Et une démission inévitable. Ce jeudi 26 février à la mi-journée, Borge Brende a formalisé ce que beaucoup anticipaient depuis la publication fin janvier des millions de documents du dossier Epstein par le département américain de la Justice. Selon Le Parisien, le diplomate norvégien de 58 ans a annoncé son retrait immédiat de la tête du Forum économique mondial, poste qu’il occupait depuis 2017.

Dans un communiqué sobre mais révélateur, l’ancien chef de la diplomatie norvégienne a tenté de justifier son départ sans reconnaître explicitement de faute. Le Dauphiné Libéré rapporte ses mots choisis avec soin.

« Après mûre réflexion, j’ai décidé de quitter mes fonctions de président-directeur général du Forum économique mondial. Je suis convaincu que le Forum peut désormais poursuivre son important travail sans distraction », a écrit Borge Brende dans son communiqué officiel.

Le terme « distraction » résonne comme un euphémisme face à l’ampleur du scandale. Car les révélations qui ont précipité cette démission ne concernent pas de simples contacts professionnels, mais bien une relation suivie avec l’un des criminels sexuels les plus notoires de l’histoire récente.

Un réseau de contacts soigneusement tissé à New York

L’histoire commence en 2018, dans les salons feutrés de Manhattan. Borge Brende, alors fraîchement installé à la tête du Forum économique mondial après une carrière politique en Norvège, effectue un déplacement à New York. C’est là que Terje Rod-Larsen, diplomate norvégien et ancien vice-Premier ministre, l’invite à un dîner mondain réunissant plusieurs dirigeants internationaux. Parmi les convives : Jeffrey Epstein, présenté comme un « investisseur américain » influent.

Selon les informations révélées par Le Bien Public, cette première rencontre ne restera pas isolée. En 2019, Brende participe à deux autres dîners similaires, toujours en présence d’Epstein et d’autres personnalités du monde diplomatique et économique. Entre ces rencontres physiques, les échanges se multiplient : plus de 100 SMS et courriels circulent entre les deux hommes.

Cette proximité interroge d’autant plus que Jeffrey Epstein avait déjà été condamné en 2008 pour sollicitation de prostitution auprès d’une mineure en Floride. Sa réputation sulfureuse n’était un secret pour personne dans les cercles qu’il fréquentait. Comment le président d’une institution aussi prestigieuse que le Forum économique mondial a-t-il pu maintenir des contacts aussi réguliers avec un tel personnage ?

Une enquête interne qui scelle le destin du dirigeant

Publicité

Début février 2026, alors que les documents du département de la Justice américain inondent la sphère publique, le nom de Borge Brende émerge parmi les milliers de pages déclassifiées. Le Forum économique mondial réagit immédiatement en ouvrant une enquête interne pour faire la lumière sur ces connexions embarrassantes.

Pendant trois semaines, l’organisation basée à Genève tente de contenir la crise. Mais la pression médiatique et l’indignation grandissante rendent la position de Brende intenable. Les sponsors du Forum, les gouvernements participants et les organisations non gouvernementales partenaires exigent des comptes. Comment une institution qui prétend façonner l’avenir de la gouvernance mondiale peut-elle être dirigée par quelqu’un ayant entretenu des relations suivies avec un prédateur sexuel condamné ?

La démission annoncée ce jeudi met fin à neuf années de mandat. Depuis 2017, Brende avait supervisé l’organisation de neuf éditions du rassemblement annuel de Davos, transformant progressivement l’événement en rendez-vous incontournable pour discuter des grands enjeux planétaires : climat, inégalités, intelligence artificielle, pandémies.

Alois Zwinggi prend les commandes par intérim

L’organisation ne reste pas sans capitaine. Dès l’annonce de la démission, Le Parisien révèle que le Suisse Alois Zwinggi, membre actuel de la direction, assurera la présidence par intérim. Ce proche collaborateur de Brende devra maintenir le cap en attendant que le conseil d’administration désigne un successeur permanent.

Le choix d’Alois Zwinggi n’est pas anodin. Cet expert en gouvernance internationale, discret mais respecté dans les cercles du Forum, incarne la continuité institutionnelle. Sa nomination temporaire vise à rassurer les partenaires et à démontrer que l’organisation peut fonctionner normalement malgré la tourmente.

Mais la tâche s’annonce ardue. Le prochain Forum de Davos, prévu en janvier 2027, se profile déjà à l’horizon. Les négociations avec les chefs d’État, les PDG des multinationales et les organisations internationales nécessitent des mois de préparation. Le nouveau dirigeant devra rapidement restaurer la crédibilité écornée de l’institution.

Une affaire qui continue de faire des victimes

La démission de Borge Brende n’est que la dernière d’une longue série de départs forcés liés à l’affaire Epstein. Depuis la publication progressive des documents judiciaires, plusieurs personnalités ont vu leur carrière brisée ou gravement compromise par la révélation de leurs liens avec le financier déchu.

Les documents rendus publics par la justice américaine ne se contentent pas de lister des noms. Ils détaillent les échanges, les rencontres, les voyages communs. Comme le souligne Le Dauphiné Libéré, « la simple mention du nom d’une personne dans le dossier Epstein ne suppose aucun acte répréhensible a priori de cette personne ». Mais les révélations montrent à tout le moins des liens que beaucoup ont minimisés, voire niés.

En France, la procureure de Paris a ouvert deux enquêtes et appelé les victimes potentielles à se manifester. Aux États-Unis, plusieurs procédures civiles sont en cours. Au Royaume-Uni, l’ombre d’Epstein continue de planer sur certains membres de l’establishment. L’affaire, loin d’être close avec le suicide du financier en prison en août 2019, continue de produire ses effets dévastateurs.

Questions sur la culture du secret dans les élites

Au-delà du cas Brende, c’est toute la question de la transparence et de l’éthique dans les cercles du pouvoir qui se pose. Comment des personnalités aussi exposées ont-elles pu fréquenter Epstein pendant des années sans que cela ne soulève de questions ? Pourquoi le silence a-t-il si longtemps prévalu ?

Le Forum économique mondial se présente comme un champion de la gouvernance responsable et de l’éthique des affaires. Ses rapports annuels sur les risques mondiaux insistent régulièrement sur l’importance de la transparence et de la redevabilité. La révélation que son président entretenait des contacts réguliers avec un criminel sexuel notoire soulève des questions embarrassantes sur l’écart entre les discours et les pratiques.

Pour l’organisation fondée en 1971 par Klaus Schwab, l’enjeu dépasse la simple succession à un poste de direction. C’est sa légitimité même qui est en jeu. Comment continuer à prétendre façonner l’agenda mondial quand la gouvernance interne fait défaut ? Comment restaurer la confiance des gouvernements, des entreprises et de la société civile ?

Les prochains mois seront décisifs. Le conseil d’administration devra non seulement désigner un successeur irréprochable à Borge Brende, mais aussi mettre en place des mécanismes de contrôle plus stricts pour éviter qu’un tel scandale ne se reproduise. Car dans l’ère de la transparence numérique et des réseaux sociaux, aucun secret ne reste éternellement enfoui. Et les fantômes du passé finissent toujours par ressurgir, même dans les salons les plus feutrés de Davos.

Sources

  • Le Parisien (26 février 2026)
  • Le Dauphiné Libéré (26 février 2026)
  • Le Bien Public (26 février 2026)
Alexandre Mercier

Alexandre Mercier

Analyste économique et journaliste à INFO.FR. Formation supérieure en économie et communication. Spécialisé en rédaction web et analyse des marchés financiers. Couvre l'actualité économique française et internationale au quotidien. Passionné par la vulgarisation des sujets économiques complexes.

Publicité
Lien copié !
× Infographie agrandie