Moins d'un mois après la suspension par Bangkok de l'accord de paix négocié en octobre sous l'égide de Donald Trump, les combats ont repris lundi 8 décembre entre la Thaïlande et le Cambodge. Les deux royaumes d'Asie du Sud-Est se rejettent mutuellement la responsabilité de cette nouvelle escalade militaire qui a déjà provoqué l'évacuation de 35 000 personnes et fait au moins un mort parmi les soldats. Cette résurgence des tensions ravive un différend territorial vieux de plusieurs décennies qui avait déjà causé 28 morts entre 2008 et 2011.
L'essentiel
- Les combats ont repris le 8 décembre 2025 entre la Thaïlande et le Cambodge, provoquant l'évacuation de 35 000 personnes et la mort d'au moins un soldat
- Cette escalade intervient moins d'un mois après la suspension par Bangkok, le 10 novembre, de l'accord de paix négocié en octobre sous l'égide de Donald Trump
- Le différend territorial entre les deux royaumes remonte à l'époque de l'Indochine française et avait déjà causé 28 morts entre 2008 et 2011
- En juillet 2025, un précédent épisode de violence avait fait 33 morts et déplacé environ 200 000 personnes avant un cessez-le-feu fragile
- Les relations diplomatiques entre Bangkok et Phnom Penh sont au plus bas depuis des décennies, compliquées par des tensions commerciales avec les États-Unis
Le 8 décembre 2025 au petit matin, les canons ont de nouveau tonné à la frontière entre la Thaïlande et le Cambodge. Selon L’Humanité, cette reprise des hostilités intervient moins d’un mois après que Bangkok ait suspendu, le 10 novembre dernier, l’accord de paix péniblement négocié en octobre sous la médiation du président américain Donald Trump. Les deux armées se sont mutuellement accusées d’avoir déclenché les premiers tirs dans la province thaïlandaise d’Ubon Ratchathani, marquant le retour d’un conflit frontalier qui empoisonne les relations entre ces deux nations depuis des décennies.
Un différend territorial ancien qui ressurgit
Le tracé de la frontière entre les deux royaumes constitue une pomme de discorde historique héritée de l’époque de l’Indochine française. Comme le rappelle Courrier International, la précédente série d’affrontements majeurs, survenue entre 2008 et 2011 autour du temple de Preah Vihear, avait fait 28 morts et provoqué le déplacement de dizaines de milliers de personnes. Cette zone frontalière contestée, riche en temples khmers anciens et en ressources naturelles, cristallise des revendications territoriales contradictoires que ni la diplomatie internationale ni les décisions de la Cour internationale de justice n’ont réussi à résoudre durablement.
L’armée thaïlandaise affirme avoir été attaquée par les forces cambodgiennes dans la province d’Ubon Ratchathani et déplore la mort d’au moins un de ses soldats. De son côté, Phnom Penh accuse Bangkok d’avoir initié les bombardements, dénonçant une violation caractérisée de l’accord de cessez-le-feu. Cette guerre des communiqués illustre la profonde méfiance qui règne désormais entre les deux capitales, dont les relations diplomatiques sont, selon Le Parisien, « au plus bas depuis des décennies ».
L’échec de la diplomatie trumpienne
L’accord de paix négocié en octobre 2025 devait marquer un succès diplomatique pour Donald Trump, fraîchement réélu à la Maison Blanche. Le président américain avait orchestré personnellement les pourparlers entre les deux nations, présentant cette médiation comme un exemple de sa capacité à résoudre les conflits internationaux. Pourtant, à peine un mois après sa signature, Bangkok décidait unilatéralement de suspendre l’accord le 10 novembre, invoquant des violations présumées de la part du Cambodge.
Cette suspension intervient dans un contexte commercial tendu. Selon plusieurs sources, la Thaïlande et le Cambodge sont en pleines discussions avec Washington au sujet des droits de douane prohibitifs que l’administration Trump menace d’imposer à ces deux économies fortement dépendantes des exportations. Cette instrumentalisation de l’accord de paix comme monnaie d’échange commercial a été dénoncée par L’Humanité comme un échec patent de la « diplomatie par les droits de douanes » prônée par le président américain.
Une crise humanitaire qui s’amorce
Les conséquences humaines de cette reprise des hostilités se font déjà sentir. D’après les autorités locales citées par L’Humanité, 35 000 personnes ont déjà été évacuées des zones frontalières depuis le début des bombardements du 8 décembre. Les populations civiles, prises entre deux feux, fuient les villages situés à proximité immédiate de la ligne de démarcation contestée, craignant une intensification des combats dans les jours à venir.
Cette situation rappelle les sombres heures de juillet 2025, lorsqu’un précédent épisode de violence avait éclaté entre les deux nations. À cette époque, comme le relate Le Monde, les affrontements avaient fait 33 morts et provoqué le déplacement d’environ 200 000 personnes. Les combats s’étaient alors étendus sur de multiples fronts, de la province touristique de Trat sur le golfe de Thaïlande jusqu’à la zone surnommée « le Triangle d’émeraude » pour sa proximité avec le Laos.
« Les hostilités entre la Thaïlande et le Cambodge ont repris ce lundi 8 décembre à la frontière entre les deux pays », confirme L’Humanité dans son édition du 8 décembre.
Les enjeux régionaux d’un conflit bilatéral
Au-delà des deux protagonistes directs, cette résurgence des tensions inquiète l’ensemble de la région. L’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), dont la Thaïlande et le Cambodge sont membres fondateurs, observe avec préoccupation cette nouvelle dégradation des relations entre deux de ses États membres. La Malaisie avait tenté une médiation lors des combats de juillet, sans succès durable.
Les liens culturels et économiques entre les deux royaumes sont pourtant profonds et anciens. Des millions de travailleurs cambodgiens sont employés en Thaïlande, tandis que les investissements thaïlandais au Cambodge se comptent en milliards de dollars. Le commerce bilatéral, les échanges touristiques et les relations humaines tissées au fil des décennies risquent de pâtir durablement de cette escalade militaire qui ravive les nationalismes de part et d’autre de la frontière.
Perspectives d’enlisement ou de résolution
La communauté internationale reste pour l’instant en retrait. Le secrétaire général des Nations unies, par la voix de son porte-parole adjoint Farhan Haq, s’est déclaré selon Le Parisien « disponible pour contribuer à tout effort visant à un règlement pacifique du conflit ». Mais aucune initiative concrète n’a encore été annoncée pour ramener les deux parties à la table des négociations.
Le précédent de juillet 2025 laisse craindre un enlisement du conflit. À l’époque, malgré l’intervention personnelle de Donald Trump qui avait salué « de très bonnes conversations » avec les deux dirigeants et exprimé l’espoir qu’ils « s’entendront pendant encore de nombreuses années », les combats avaient continué pendant plusieurs jours. Bangkok avait alors déclaré « accepter en principe de mettre en place un cessez-le-feu » tout en mettant en doute la sincérité de Phnom Penh. De son côté, le Premier ministre cambodgien Hun Manet avait qualifié les pourparlers de « bonne nouvelle pour les soldats, et le peuple des deux pays », avant que les tirs ne reprennent quelques heures plus tard.
Cette reprise des hostilités du 8 décembre 2025 marque-t-elle le début d’un nouveau cycle de violence entre ces deux nations historiquement rivales, ou les leçons tirées des affrontements meurtriers de juillet permettront-elles une désescalade rapide ? La réponse dépendra autant de la volonté politique des dirigeants que de la capacité de la communauté internationale à exercer une pression diplomatique efficace sur Bangkok et Phnom Penh.
Sources
- L'Humanité (8 décembre 2025)
- Le Parisien (27 juillet 2025)
- Le Monde (26 juillet 2025)
- Courrier International (26 juillet 2025)
- BFM TV (27 juillet 2025)