Brest : la garde à vue du commandant du pétrolier Tagor levée, le navire reste immobilisé
Le procureur Kellenberger a mis fin à la mesure le 3 juin, après 24 heures. L'enquête pour défaut de pavillon se poursuit.
Le procureur de la République de Brest, Stéphane Kellenberger, a levé le 3 juin 2026 au soir la garde à vue du commandant russe du pétrolier Tagor. Le navire, arraisonné le 31 mai par la Marine française en Atlantique, reste immobilisé en baie de Douarnenez.
L’essentiel
- Arraisonnement : Le Tagor a été intercepté le 31 mai 2026 par la Marine française (avec soutien britannique), à plus de 400 milles nautiques à l’ouest de la Bretagne.
- Garde à vue : Le commandant russe a été placé en GAV le 2 juin, puis remis en liberté le 3 juin au soir sur décision du procureur Kellenberger.
- Navire immobilisé : Le Tagor reste au mouillage en baie de Douarnenez, sur décision administrative du préfet maritime de l’Atlantique, avec zone d’exclusion de 500 mètres.
- Infractions : Défaut de pavillon, non-justification de la nationalité du navire, refus d’obtempérer aux injonctions des autorités maritimes.
- Précédent : 4e pétrolier de la flotte fantôme russe arraisonné par la France depuis septembre 2025.
Une garde à vue de 24 heures
Le procureur de la République de Brest, Stéphane Kellenberger, a annoncé mercredi 3 juin 2026 en soirée la levée de la garde à vue du commandant du pétrolier Tagor. Le capitaine russe avait été placé sous cette mesure le 2 juin, à la demande du parquet, dès l’arrivée du navire en baie de Douarnenez. La gendarmerie maritime avait conduit les auditions.
Motif de la levée : « permettre la poursuite d’investigations judiciaires denses et complexes », selon la déclaration du procureur relayée par l’AFP. La mesure a donc duré moins de 24 heures. Le parquet a annoncé une prochaine communication sur l’avancement de l’enquête.
Arraisonné à 740 km des côtes bretonnes
Le Tagor (IMO 9282481) est un pétrolier brut de type Aframax, construit en 2005, long de 252 mètres, d’un port en lourd de 114 800 tonnes. Il était en provenance de Mourmansk, en Russie.
Le 31 mai 2026, la Marine nationale, avec le soutien britannique, a procédé à son arraisonnement en eaux internationales, à plus de 400 milles nautiques (environ 740 km) à l’ouest de la pointe de Bretagne. Le navire a ensuite été acheminé en baie de Douarnenez, où il est arrivé le 2 juin au matin, selon la préfecture maritime de l’Atlantique.
Le Tagor est soupçonné d’arborer un faux pavillon camerounais. Il aurait changé plusieurs fois de pavillon - Madagascar, Panama, Marshall Islands - avant d’être intercepté. La préfecture maritime a instauré une zone d’exclusion de 500 mètres autour du navire ainsi qu’une interdiction de survol (zone P112).
Trois infractions au cœur de l’enquête
Le parquet de Brest a ouvert une enquête de flagrance pour trois chefs : défaut de pavillon, non-justification de la nationalité du navire, et refus d’obtempérer aux injonctions des autorités maritimes françaises. Ces infractions relèvent du droit maritime international et du code pénal français.
Le navire reste immobilisé par décision administrative du préfet maritime de l’Atlantique. Cette mesure est distincte de la procédure judiciaire conduite par le parquet de Brest. Comme le souligne la séparation des voies administrative et judiciaire que l’on retrouve dans d’autres affaires, les deux procédures peuvent coexister indépendamment.
Contexte dans le Finistère
Brest est le siège de la préfecture maritime de l’Atlantique et abrite l’un des principaux arsenaux militaires français. La base de défense de Brest concentre une part significative des moyens de surveillance maritime nationale. Le parquet de Brest traite régulièrement des dossiers liés au trafic maritime international, une compétence renforcée par la juridiction spécialisée du littoral atlantique.
Stéphane Kellenberger occupe le poste de procureur de la République de Brest depuis septembre 2025, après avoir exercé à Lorient et Digne-les-Bains. La base aérienne 928 de Brest-Loperhet, également active dans la surveillance maritime, a par ailleurs été baptisée le 9 juin 2026.
Quatrième interception depuis 2025
Le Tagor est le quatrième pétrolier suspecté d’appartenir à la flotte fantôme russe arraisonné par la France depuis septembre 2025, selon Le Monde. Les précédents sont le Boracay (aussi appelé Pushpa) en 2025, le Grinch en janvier 2026 et le Deyna en mars 2026. Ces navires servent à contourner les sanctions occidentales imposées à la Russie sur ses exportations pétrolières. Les précédents cas ont abouti à une immobilisation temporaire puis à une libération après amendes, selon Le Monde et RFI.
La France est l’un des rares pays européens à avoir engagé des procédures judiciaires à l’encontre de navires de cette flotte en dehors de ses eaux territoriales, en s’appuyant sur des dispositions du droit de la mer autorisant l’interception de navires sans pavillon identifié.
Le parquet de Brest a indiqué qu’une nouvelle communication serait faite prochainement sur l’avancement des investigations. Le Tagor reste en baie de Douarnenez, sous surveillance de la gendarmerie et de la Marine nationale.
Sources
- Le Télégramme : Pétrolier fantôme arraisonné au large de Brest : la garde à vue du commandant de bord levée
- Ouest-France : Flotte fantôme russe : le commandant du pétrolier arraisonné est sorti de garde à vue mais le navire reste immobilisé
- Le Monde : Flotte fantôme russe : un nouveau pétrolier, le Tagor, arraisonné dans l'Atlantique par la France
- France 3 Bretagne : Pétrolier russe arraisonné : la garde à vue du capitaine du Tagor a été levée