Briançon : hôpital, police et procureure signent pour les victimes de violences
Le dispositif Sentinelles du Centre hospitalier des Escartons permet désormais le dépôt de plainte et le recueil de preuves directement sur place.
Le 5 juin 2026, Aurore Bergé a signé à Briançon une convention entre l'hôpital, les forces de l'ordre et la procureure pour permettre aux victimes de violences sexistes et intrafamiliales de déposer plainte sans quitter l'établissement. La ministre déléguée à l'Égalité femmes-hommes a salué l'une des premières conventions de ce type dans les Hautes-Alpes.
L’essentiel
- 5 juin 2026 : signature à l’hôpital de Briançon d’une convention entre le Centre hospitalier des Escartons, les forces de l’ordre et la procureure pour le dépôt de plainte sur place.
- Dispositif Sentinelles : réseau hospitalier de repérage, d’accompagnement et de recueil de preuves pour les victimes de violences physiques et sexuelles, initié par le Dr Olivier Briot.
- Maison des femmes (CIDFF) : ouverte le 10 février 2026, elle a déjà accompagné plus de 300 femmes depuis décembre 2025.
- Chiffre national : 70 % des victimes de violences ne portent pas plainte ; une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son conjoint ou ex-conjoint.
- Présence ministérielle : Aurore Bergé était à Briançon les 4 et 5 juin 2026, selon la préfecture des Hautes-Alpes.
Une convention signée au Centre hospitalier des Escartons
Le 5 juin 2026, le Centre hospitalier des Escartons de Briançon (CHEB) a accueilli la signature d’un partenariat inédit dans le département. D’un côté, l’hôpital. De l’autre, les forces de l’ordre et la procureure. L’objectif : permettre à une femme victime de violences sexistes ou intrafamiliales de déposer plainte et de faire recueillir des preuves sans devoir se rendre dans un commissariat ou une gendarmerie.
Aurore Bergé, ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, a signé cette convention sur place. Le maire de Briançon, Arnaud Murgia, a qualifié ce texte d’une des premières conventions de ce type dans le département, selon son post sur X.
Le réseau Sentinelles : repérer, accompagner, formaliser
La convention s’appuie sur un dispositif déjà actif à l’hôpital : le réseau Sentinelles. Mis en place début 2026 à l’initiative du Dr Olivier Briot, urgentiste au CHEB, ce réseau forme et mobilise les professionnels de santé pour repérer les signes de violences chez les patients qui se présentent aux urgences ou en consultation.
Concrètement, une victime identifiée peut désormais, au sein même de l’hôpital, recevoir des soins, faire constater ses blessures, déposer plainte auprès de policiers ou gendarmes présents sur place, et voir ses preuves recueillies dans un cadre sécurisé. Le tout dans un lieu unique, sans démarche supplémentaire.
Selon Le Dauphiné Libéré, ce dispositif intégré constitue une avancée concrète pour des victimes qui, dans un territoire de montagne comme le Briançonnais, peuvent être isolées géographiquement et hésiter à franchir la porte d’un commissariat.
Deux jours de déplacement ministériel
La visite d’Aurore Bergé s’est étalée sur deux jours. Le 4 juin, elle a inauguré avec Arnaud Murgia un banc rouge au Jardin Jean-Rousson, symbole mémoriel dédié aux victimes de violences et de féminicides. Le 5 juin, la signature de la convention a conclu ce déplacement.
La ministre a également échangé avec l’équipe de la Maison régionale des femmes portée par le CIDFF, ouverte le 10 février 2026. Depuis décembre 2025, cette structure a accompagné plus de 300 femmes, selon La Marseillaise. Elle propose écoute, orientation juridique et soutien social.
Sur X, la préfecture des Hautes-Alpes a résumé l’enjeu : faciliter le dépôt de plainte des victimes à l’hôpital, en lien direct avec les professionnels du dispositif Sentinelles.
Contexte dans les Hautes-Alpes
Les Hautes-Alpes comptent environ 145 000 habitants. Le département est rural et montagneux, avec Briançon comme pôle hospitalier de référence pour le Briançonnais et la Vallée de la Clarée. L’isolement géographique y accentue les difficultés d’accès aux services de protection des victimes.
La convention briançonnaise s’inscrit dans un mouvement national. Depuis 2019, plusieurs gouvernements successifs ont poussé à généraliser le dépôt de plainte en milieu hospitalier. En octobre 2024, Michel Barnier avait promis qu’une telle possibilité existerait dans chaque hôpital de France avant fin 2025, selon Aefinfo. Le déploiement reste inégal sur le territoire. Briançon fait partie des établissements pionniers dans ce département, selon les sources officielles.
À Digne-les-Bains, chef-lieu des Alpes-de-Haute-Provence voisines, les tensions liées aux violences rappellent que la question de l’accès à la justice reste centrale dans les territoires alpins.
Le chiffre de 70 % de victimes ne portant pas plainte, rappelé lors de la visite, illustre l’enjeu du dispositif : lever les obstacles pratiques et psychologiques que représente le déplacement dans un service de police ou de gendarmerie.
Un modèle à dupliquer ?
Le maire Arnaud Murgia a présenté Briançon comme précurseur. La convention implique trois acteurs distincts - établissement de santé, forces de l’ordre, parquet - ce qui suppose une coordination procédurale formalisée. Les détails pratiques du fonctionnement (permanences, formation des agents, circuits de signalement) n’ont pas été précisés dans les sources disponibles à ce stade.
Alpes 1 a cité la ministre : « Notre objectif, c’est d’aller au-devant des femmes, des victimes, pour qu’elles ne renoncent pas. » La dynamique locale de Briançon, qui multiplie les initiatives ces derniers mois, donne un cadre favorable à ce type d’expérimentation.
La montée en charge du réseau Sentinelles et les premiers bilans chiffrés du dispositif sont attendus dans les prochains mois.
Sources
- Préfecture des Hautes-Alpes (@Prefet05) : Post officiel – signature partenariat hôpital-police-procureure
- Le Dauphiné Libéré : Réseau Sentinelle : l'hôpital permet le dépôt de plainte sur place pour les femmes victimes de violences
- La Marseillaise : La ministre Aurore Bergé s'est rendue à Briançon pour échanger
- Alpes 1 / Alpes du Sud : Aurore Bergé : « Notre objectif c'est d'aller au-devant des femmes, des victimes »