Budget Sécu 2026 : adoption historique par 247 voix, première depuis 2022

L'Assemblée nationale valide le PLFSS sans 49.3, avec suspension de la réforme des retraites et déficit ramené à 19,6 milliards d'euros

Budget Sécu 2026 : adoption historique par 247 voix, première depuis 2022
Hémicycle de l'Assemblée nationale française pendant un vote solennel sur le budget Claire Delattre / INFO.FR

Ce mardi 16 décembre 2025 à 19h16, l'Assemblée nationale a définitivement adopté le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 par 247 voix contre 232. Une victoire historique pour le Premier ministre Sébastien Lecornu, qui signe le premier budget validé sans recours au 49.3 depuis l'absence de majorité absolue en 2022. Le texte, fruit de deux mois de négociations intenses, acte la suspension de l'emblématique réforme des retraites d'Élisabeth Borne et ramène le déficit de la Sécu à 19,6 milliards d'euros après transferts de l'État.

L'essentiel

  • Le PLFSS 2026 a été adopté par 247 voix contre 232 le 16 décembre 2025, soit une marge de 15 voix seulement
  • Premier budget validé sans recours au 49.3 depuis l'absence de majorité absolue à l'Assemblée nationale en 2022
  • Le déficit de la Sécurité sociale est ramené à 19,6 milliards d'euros après transferts de 4,5 milliards de l'État
  • Suspension de la réforme des retraites 2023 et revalorisation de 0,9% des pensions au 1er janvier 2026
  • Le Conseil constitutionnel dispose de 8 jours pour examiner le texte avant promulgation, avec risque de censure de certaines mesures comme le blocage des tarifs des mutuelles

Quinze voix d’écart. C’est la marge étroite qui a permis au gouvernement de Sébastien Lecornu de franchir un cap historique ce mardi 16 décembre. Selon Franceinfo, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 a été définitivement adopté par 247 voix contre 232, marquant une première depuis l’absence de majorité absolue dans l’hémicycle en 2022 : un texte budgétaire validé sans recours au controversé article 49.3 de la Constitution.

Le parcours législatif de ce PLFSS aura été semé d’embûches. Déposé le 14 octobre dernier avec l’ajout par lettre rectificative de la suspension de la réforme des retraites, le texte a enchaîné les allers-retours entre l’Assemblée nationale et le Sénat pendant deux mois. Comme le rapporte BFM TV, les députés ont tour à tour détricoté le travail des sénateurs et inversement, jusqu’à la version adoptée le 9 décembre en deuxième lecture à l’Assemblée, puis rejetée par le Sénat dans le cadre d’une motion de rejet préalable.

Une victoire arrachée à la force des compromis

La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, n’a pas caché sa satisfaction à l’issue du scrutin. Selon Le Monde, elle a déclaré :

« Ce texte est le fruit du travail des parlementaires, le fruit de leur vote, et ça, je pense que c’est très important pour notre démocratie. C’est un texte de compromis, il y a des choses que le gouvernement voulait faire adopter et qui ont été rejetées massivement par l’Assemblée nationale mais sur d’autres éléments nous avons trouvé un chemin, donc je suis très satisfaite. »

La clé de cette adoption réside dans les négociations menées par Sébastien Lecornu avec le Parti socialiste. La suspension de la réforme des retraites 2023, emblématique du mandat d’Emmanuel Macron, constitue la principale concession obtenue par les socialistes. Paul-André Colombani, député Liot de Corse-du-Sud, a souligné selon BFM TV que « le texte qui nous est soumis aujourd’hui est objectivement meilleur que la version initiale grâce au travail des parlementaires ».

L’analyse du scrutin, détaillée par Le Monde, révèle des clivages au sein de certains groupes. Si 64 socialistes ont voté pour et cinq se sont abstenus, la Droite républicaine a connu une division marquée avec 18 votes pour, 3 contre et 28 abstentions. Les 123 députés du Rassemblement national ont voté contre, tout comme 69 députés insoumis et 16 parlementaires Union des droites pour la République.

Un déficit ramené à 19,6 milliards d’euros

Sur le plan financier, le budget de la Sécurité sociale ramène le déficit à 19,6 milliards d’euros après transferts de l’État, soit 24 milliards avant ces transferts. Comme l’indique BFM TV, au début de son parcours législatif, le gouvernement espérait abaisser le déficit à 17,5 milliards d’euros. L’écart s’explique par les concessions accordées lors des négociations parlementaires.

Selon Europe 1, le déficit de la Sécurité sociale est évalué à 19,4 milliards d’euros en 2026, contre 23 milliards d’euros en 2025, au prix de transferts de 4,5 milliards d’euros des caisses de l’État vers celles de la Sécu. Cette réduction du déficit s’opère donc davantage par des jeux d’écritures comptables que par des économies structurelles.

Retraites revalorisées et mutuelles sous tension

La suppression de l' »année blanche » initialement prévue par le gouvernement constitue une victoire majeure pour les retraités. Comme le confirme CNews, les retraites de base et minimas sociaux seront revalorisés de 0,9% au 1er janvier, un taux indexé sur l’inflation comme le prévoit la loi. Le gouvernement prévoyait initialement un gel des retraites et des prestations sociales pour faire 3,6 milliards d’euros d’économies, dont 2,7 milliards sur les retraites.

Autre mesure controversée adoptée par les députés : le blocage des tarifs des mutuelles et assurances santé en 2026. Défendue par les députés socialistes, cette disposition vise à contrecarrer les effets de la surtaxe exceptionnelle de 1 milliard d’euros visant les contrats des complémentaires santé. Pourtant, selon BFM TV, la Fédération nationale de la Mutualité française a qualifié cette mesure d’inconstitutionnelle. La Mutualité française a d’ailleurs annoncé ce mardi que les tarifs des mutuelles vont, en moyenne, progresser de 4,7% pour les contrats collectifs et 4,3% pour les offres individuelles.

Des mesures nouvelles dès le 1er janvier 2026

Au-delà de la suspension de la réforme des retraites, d’autres mesures entreront en vigueur dès le 1er janvier 2026. Selon Europe 1, un congé de naissance viendra s’ajouter aux congés maternité et paternité existants, tandis qu’un réseau France Santé voulu par le chef du gouvernement facilitera l’accès aux soins. Les arrêts de travail seront également limités, et une taxation exceptionnelle sera appliquée aux complémentaires santé.

Le texte prévoit également une hausse de 1,4 point du taux de la CSG sur les revenus issus des placements et du patrimoine, passant de 9,2 à 10,6%. Cette mesure, qui vise à renflouer les caisses de la Sécurité sociale, touchera les revenus du capital et devrait rapporter plusieurs centaines de millions d’euros à l’État.

L’épée de Damoclès du Conseil constitutionnel

Malgré cette adoption définitive, le parcours du PLFSS n’est pas totalement achevé. Comme le rappelle BFM TV, le texte doit désormais passer à la loupe des membres du Conseil constitutionnel dans un délai d’environ 8 jours avant d’être promulgué au Journal officiel. Il n’est pas exclu que certaines mesures votées par les parlementaires soient retoquées, notamment le blocage des tarifs des mutuelles et la limitation de la durée des arrêts de travail.

Cette validation parlementaire sans 49.3 marque néanmoins un tournant dans la méthode gouvernementale. Depuis l’absence de majorité absolue en 2022, tous les textes budgétaires avaient été adoptés par la force de l’article 49.3, suscitant critiques et accusations de déni démocratique. La stratégie de compromis menée par Sébastien Lecornu, bien que coûteuse en concessions, démontre qu’une autre voie est possible dans un Parlement fragmenté. Reste à savoir si cette méthode pourra s’appliquer au projet de loi de finances pour 2026, dont l’adoption s’annonce tout aussi périlleuse dans les semaines à venir.

Sources

  • Franceinfo (16 décembre 2025)
  • BFM TV (16 décembre 2025)
  • Le Monde (16 décembre 2025)
  • Europe 1 (16 décembre 2025)
  • CNews (16 décembre 2025)
  • La Nouvelle République (16 décembre 2025)
Claire Delattre

Claire Delattre

Journaliste spécialisée dans l'analyse politique et les affaires publiques. Formation en sciences politiques et journalisme. Plusieurs années d'expérience en presse écrite et digitale, notamment sur la couverture des institutions françaises et européennes. Rejoint INFO.FR en novembre 2025 pour développer la rubrique politique.