Carqueiranne : Masson apporte son soutien au maire Latil contre le préfet
Le président LR du Département du Var dénonce un « passage en force » préfectoral sur les permis de construire de logements sociaux
Jean-Louis Masson, président du Conseil départemental du Var (LR), a publié dimanche 7 juin un communiqué apportant « tout son soutien » au maire de Carqueiranne Arnaud Latil. Ce dernier est en conflit ouvert avec le préfet Simon Babre depuis que l'État a repris la main sur les permis de construire de logements sociaux dans la commune.
L’essentiel
- 7 juin 2026 : Jean-Louis Masson (LR, président du Département du Var) publie un communiqué de soutien à Arnaud Latil, maire de Carqueiranne.
- Motif du conflit : le préfet Simon Babre a signé un arrêté reprenant la compétence de délivrance des permis de construire de logements sociaux à Carqueiranne, commune carencée SRU.
- 5-6 juin 2026 : en conseil municipal, Latil évoque une possible démission collective et déclare : « il m’a parlé comme à un gosse ».
- Carqueiranne : environ 9 400 habitants, l’une des 6 communes varoises sans Contrat de mixité sociale signé, parmi 44 soumises à la loi SRU.
- Décision attendue : le préfet devrait statuer sur le permis en cause autour du 12 juin 2026, selon le maire.
Un communiqué dominical qui monte d’un cran
Dimanche matin, Jean-Louis Masson a transmis aux médias régionaux un texte au titre sans ambiguïté : « Conflit Préfet - Maire de Carqueiranne, le Président du Département du Var prend position ». La formule choisie est directe : « J’apporte tout mon soutien à Arnaud Latil, maire de Carqueiranne, qui défend avec détermination les intérêts de sa commune et de ses habitants. » Relayé aussitôt par Var-Matin et Nice-Matin (même groupe de presse), le texte est aussi repris par Presse83.fr.
Dans ce communiqué, Masson ne conteste pas le principe du logement social. Sa formule résume la position : « Logement : oui. Passage en force : non. » Il ajoute : « Personne ne conteste la nécessité de construire des logements. Mais cette politique ne peut se faire contre les territoires, sans tenir compte de leurs contraintes, de leurs équilibres et de leur identité. » Et encore : « L’avenir de nos communes ne se décide pas par injonction, mais par la coopération. »
Ce qui a mis le feu aux poudres
Le préfet du Var, Simon Babre, a signé un arrêté préfectoral reprenant la compétence de délivrance des permis de construire pour les projets de logements sociaux à Carqueiranne. Cette mesure, prévue par la loi SRU (article 55), s’applique aux communes carencées qui n’ont pas atteint leurs objectifs de production de logements abordables. Selon le site de la préfecture du Var, Carqueiranne figure parmi les communes visées par ce transfert de compétence, au même titre que d’autres communes varoises sans Contrat de mixité sociale (CMS) signé.
Les 5 et 6 juin, lors du conseil municipal, le maire Arnaud Latil a laissé éclater sa colère. Il a décrit sa rencontre avec le préfet comme humiliante - dans un Var où le logement social reste sous tension - et évoqué une démission collective de l’équipe municipale. Selon Nice-Matin, il a déclaré : « il m’a parlé comme à un gosse ».
Contexte dans le Var
Le Var compte 44 communes soumises à l’obligation SRU de 25 % de logements sociaux. Six d’entre elles, dont Carqueiranne, n’ont pas signé de Contrat de mixité sociale avec l’État, selon la préfecture. Carqueiranne (~9 400 habitants selon l’INSEE, données 2022) est donc classée « carencée » et exposée aux mesures coercitives de l’État.
Le 3 juin, la préfecture avait présenté un bilan 2025 qualifié de record : 2 173 logements sociaux financés dans le département, soit une progression du taux de logements sociaux de 13,58 % (2024) à 14,12 % (2025). Malgré cette dynamique, le préfet Babre maintient la pression sur les communes en retard. Carqueiranne est aussi l’une des 19 communes pour lesquelles le droit de préemption urbain a été transféré à l’État, toujours selon le site var.gouv.fr.
La dimension politique locale pèse. Arnaud Latil a été réélu à la tête de Carqueiranne dès le premier tour des municipales 2026, avec 71,20 % des suffrages, selon Nice-Matin. Il est également vice-président de la Métropole Toulon Provence Méditerranée (TPM). Jean-Louis Masson, lui aussi vice-président de TPM et ancien maire de La Garde, s’est rendu à Carqueiranne cette semaine pour faire le point sur les projets du mandat - une visite qui a manifestement précédé de peu la publication du communiqué.
La menace du tribunal administratif
Face à la décision préfectorale, Arnaud Latil envisage de saisir le tribunal administratif, selon Nice-Matin. Le recours porterait sur la légalité ou la proportionnalité de l’arrêté. La préfecture, de son côté, prévoit de rencontrer les maires des communes concernées, et la décision définitive sur le permis visé à Carqueiranne est attendue autour du 12 juin 2026, toujours selon le maire.
La prise de position de Masson ajoute une dimension départementale à ce qui était jusqu’ici un conflit entre un maire et l’État. Elle positionne le Conseil départemental, à majorité LR, en opposition frontale avec la préfecture sur la méthode - non sur l’objectif de logement social en lui-même, du moins officiellement. L’audience au tribunal administratif, si elle est confirmée, et les rencontres entre le préfet et les maires concernés constitueront les prochains jalons de ce dossier.
Sources
- Nice-Matin : « J'apporte tout mon soutien à Arnaud Latil » : Jean-Louis Masson prend position dans le conflit entre le maire de Carqueiranne et le préfet
- Nice-Matin : « Il m'a parlé comme à un gosse ! » : le maire de Carqueiranne furieux après sa rencontre avec le préfet
- Préfecture du Var : Poursuivre la dynamique engagée en 2025 – Logement social dans le Var
- La Marseillaise : Logement dans le Var : Jean-Louis Masson dénonce un « passage en force »