Cognac : la filière charentaise s’enfonce dans la crise et réclame l’Europe

Ventes au plus bas depuis 2008, surtaxes chinoises et américaines : les producteurs de Charente attendent des réponses concrètes.

Cognac : la filière charentaise s'enfonce dans la crise et réclame l'Europe
Illustration Mathilde Delpech / info.fr

La filière cognac traverse sa pire passe depuis vingt ans. En 2025, les ventes ont chuté de 25 % en volume, à 141 millions de bouteilles. Producteurs et négociants charentais réclament un soutien européen, bloqué pour l'instant côté français.

Les chiffres sont sans appel. Selon Sud Ouest, les ventes de cognac ont atteint 141 millions de bouteilles en 2025, leur niveau le plus bas depuis la crise de 2008. En valeur, le recul est encore plus brutal : de 3,6 milliards d’euros au pic de 2021, la filière est tombée à 2,2 milliards en 2025, soit une perte de près de 39 % en quatre ans.

Des marchés clés fermés ou pénalisés

La Chine concentre à elle seule environ 25 % des exportations de cognac. Depuis 2024, elle impose des surtaxes de 35 % sur les eaux-de-vie européennes, dans le cadre d’une enquête antidumping lancée en riposte aux taxes de l’UE sur les véhicules électriques chinois. Résultat : les volumes expédiés vers ce marché ont plongé. Les États-Unis, premier débouché mondial de l’appellation, subissent eux aussi des droits de douane supplémentaires. Selon Franceinfo, les producteurs tentent de limiter les dégâts sans disposer de levier commercial suffisant.

À ces tensions internationales s’ajoute la hausse des prix des matières premières et de l’énergie, qui a pesé sur les coûts de production et freiné davantage les exportations, selon le site renepilato.fr. La distillation pour la campagne 2025-2026 a été limitée à 6,77 millions d’hectolitres d’alcool pur, reflétant la faiblesse de la demande, d’après Sud Ouest.

Arrachage et rendements : la filière gère l’urgence

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Face à la surproduction structurelle aggravée par la crise des ventes, le Bureau National Interprofessionnel du Cognac (BNIC) a reconduit le rendement 2026 à 7,65 hectolitres d’alcool pur par hectare, identique au niveau de 2025, selon Charente Libre.

Un plan d’arrachage définitif de 3 500 hectares de vignes a également été lancé. La prime proposée atteint 10 000 euros par hectare : 6 000 euros financés par une Cotisation Volontaire Obligatoire (CVO) portée par la viticulture, et 4 000 euros via une aide nationale, selon Vitisphere. Ce dispositif est autofinancé, faute de mieux.

Car la filière attendait initialement 40 millions d’euros de la Commission européenne pour compenser le préjudice lié aux surtaxes. Selon Vitisphere, la France a bloqué cette demande. Le BNIC avait pourtant évoqué des « mesures concrètes de soutien de crise » avec le gouvernement français dès juin 2025, selon Le Journal des Entreprises. À ce stade, aucun déblocage n’a été annoncé.

Des milliers d’emplois en jeu

La Charente compte des milliers de viticulteurs et de salariés directement dépendants de la filière cognac. Le plan d’arrachage soulève des inquiétudes sur l’avenir du vignoble charentais à long terme. Les candidatures à l’arrachage devaient ouvrir dès février 2026, sous réserve de la disponibilité des budgets.

La stabilisation du marché reste suspendue à l’évolution des relations commerciales entre l’UE, la Chine et les États-Unis - et à une réponse européenne que la filière attend toujours.

Sources

Mathilde Delpech

Mathilde Delpech

Basée à Angoulême, elle couvre le festival de la BD, les restructurations dans la papeterie, l'agriculture cognacaise et les débats sur la rocade nord. Formée à l'IUT info-com de Tours, elle a commencé en radio locale. Ligne éditoriale : multiplier les sources, vérifier les budgets culturels, ne jamais se contenter des dossiers de presse officiels.

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