Cold case en Finistère : nouvelles fouilles pour retrouver Khadidja Bengrine, 22 ans après
La division Diane de la gendarmerie opère depuis le 11 mai 2026 sur plusieurs sites secrets du département, sous la supervision d'une juge de Nanterre.
Vingt-deux ans après la disparition de Khadidja Bengrine à Quimperlé, de nouvelles fouilles ont débuté ce lundi 11 mai 2026 en Finistère. Le parquet de Nanterre exclut tout accident ou fugue. Un suspect est mis en examen depuis 2023.
Vingt-deux ans après la disparition de Khadidja Bengrine, 20 ans, à Quimperlé, les gendarmes de la division Diane ont pris position dès ce lundi matin sur plusieurs sites du Finistère. L’objectif : localiser le corps de la jeune femme. Le parquet de Nanterre, confirmant l’opération à l’AFP le 11 mai 2026, est formel - il existe un mobile sérieux pour meurtre, toute disparition volontaire ou accidentelle étant exclue.
L’essentiel
- Disparition : Khadidja Bengrine, 20 ans, originaire d’Annemasse, disparaît entre le printemps et l’été 2004 à Quimperlé (Finistère).
- Classement sans suite : le parquet de Quimper classe l’affaire le 5 juillet 2013, après neuf ans d’investigations.
- Réouverture : le pôle crimes sériels non élucidés (PCSNE) de Nanterre reprend le dossier le 26 juillet 2022.
- Mise en examen : Philippe Chalony, ex-compagnon, inculpé le 13 juin 2023 pour enlèvement et séquestration suivie de mort.
- Fouilles : deux ou trois sites secrets du Finistère fouillés depuis le 11 mai 2026 par la division Diane, sous la juge Aude Cristau.
Une jeune femme disparue sans laisser de trace
Au printemps ou à l’été 2004, Khadidja Bengrine quitte - ou disparaît de - l’appartement qu’elle partageait avec Philippe Chalony au-dessus de leur pizzeria, au Bourgneuf à Quimperlé. L’établissement avait ouvert en juillet 2003. Selon Le Télégramme et France 3 Bretagne, Chalony a soutenu dès le départ qu’elle l’avait quitté de son plein gré pour un autre homme.
La jeune femme, originaire d’Annemasse en Haute-Savoie, était en rupture familiale. Sa mère, restée mobilisée pendant deux décennies, n’a jamais cessé de réclamer une enquête sérieuse. Une ténacité qui finira par payer.
Neuf ans d’enquête, puis le classement
Le parquet de Quimper, saisi dès 2004, a conduit des investigations pendant près d’une décennie. Sans résultat. Le 5 juillet 2013, il classe l’affaire sans suite, selon France 3 Bretagne. Pour la famille, c’est un coup d’arrêt brutal après des années d’attente.
L’affaire reste pourtant dans les mémoires locales. Elle circule aussi dans les réseaux spécialisés dans les faits divers non élucidés. C’est par ce canal qu’un enquêteur bénévole de l’ARPD (Assistance et Recherche de Personnes Disparues) reprend le dossier et le soumet, avec la mère de Khadidja, au pôle cold cases national.
Le pôle cold cases de Nanterre relance le dossier
Le 26 juillet 2022, le PCSNE (pôle crimes et délits non élucidés) de Nanterre ouvre une nouvelle information judiciaire. La réouverture intervient alors même que Philippe Chalony vient d’être condamné, en mai 2022, par la cour d’assises du Finistère à 12 ans de réclusion criminelle pour viol sur deux adolescentes dans une autre affaire. Il est alors déjà incarcéré.
Moins d’un an plus tard, le 13 juin 2023, Chalony est mis en examen pour enlèvement et séquestration suivie de mort dans l’affaire Bengrine. Il nie toute implication et maintient la thèse de la fuite volontaire, selon Le Parisien.
Des fouilles à Port-Launay en 2023, sans résultat
Une première opération de fouilles est diligentée le 13 juin 2023 à Port-Launay, près de Châteaulin, toujours en Finistère. La division Diane de la gendarmerie - unité spécialisée dans les recherches de corps et les fouilles judiciaires - est déjà mobilisée. Les investigations n’aboutissent pas à la localisation du corps, selon le site Ici.fr et France 3 Bretagne.
En décembre 2025, le parquet de Nanterre franchit un nouveau cap : un réquisitoire supplétif est ordonné pour meurtre, visant à requalifier les charges en homicide volontaire. Cette étape ouvre la voie à un renvoi devant la cour d’assises, selon Le Télégramme et Ouest-France.
Nouveaux sites fouillés depuis le 11 mai 2026
Ce lundi 11 mai 2026, la division Diane reprend du service. Deux ou trois sites, dont les localisations restent confidentielles, font l’objet de fouilles sous la supervision de la juge Aude Cristau, magistrate instructrice à Nanterre. Le parquet a confirmé l’opération à l’AFP en précisant que les investigations reposent sur des éléments techniques récents, sans en détailler la nature.
Le parquet est explicite : la thèse de la disparition volontaire est écartée. Celle de l’accident également. Les investigations visent à retrouver un corps et à constituer un dossier solide pour un éventuel procès aux assises.
Contexte dans le Finistère
Le Finistère, département de 900 000 habitants environ, est régulièrement concerné par des affaires judiciaires à retentissement national en raison de son isolement géographique et de la densité de ses zones rurales et côtières - autant de terrains complexes pour les investigations de terrain. Quimperlé, ville de quelque 14 000 habitants dans le sud du département, avait connu cette disparition dans une relative discrétion avant que le dossier ne remonte à l’échelle nationale.
L’affaire Bengrine est aujourd’hui l’un des cold cases bretons les plus suivis. Elle illustre le fonctionnement du PCSNE de Nanterre, créé pour traiter les dossiers classés depuis plus de dix ans et dotés d’éléments susceptibles de relancer une procédure. Depuis sa création, ce pôle a permis de rouvrir plusieurs dizaines d’affaires en France, dont certaines ont abouti à des condamnations.
En Bretagne, la mémoire collective conserve plusieurs disparitions non élucidées. L’affaire Bengrine se distingue par la présence d’un suspect identifié, mis en examen, et par la mobilisation constante d’une famille qui n’a jamais accepté le classement de 2013. Des affaires judiciaires similaires, comme d’autres enquêtes en cours en France, montrent que la persistance des proches joue souvent un rôle déterminant dans la reprise des investigations.
Philippe Chalony, seul mis en examen
Ex-légionnaire, Philippe Chalony est, à ce stade, le seul mis en examen dans ce dossier. Incarcéré pour l’affaire de viols sur mineures, il purge sa peine tout en faisant l’objet de l’instruction pour la disparition de Khadidja. Son avocat n’a pas fait de déclaration publique à la suite de l’annonce des nouvelles fouilles, à la date de parution de cet article.
La qualification retenue en 2023 - enlèvement et séquestration suivie de mort - est passible de la réclusion criminelle à perpétuité. Le réquisitoire supplétif de décembre 2025 vise la requalification en meurtre, qui permettrait un renvoi direct devant les assises. Les fouilles en cours visent notamment à apporter la preuve matérielle du décès, indispensable en l’absence d’aveux.
La durée des fouilles n’a pas été communiquée. Si les sites ciblés livrent des indices, le dossier pourrait franchir une étape décisive vers un procès aux assises - vingt-deux ans après que Khadidja Bengrine a disparu de Quimperlé sans que personne, officiellement, ne sache ce qu’elle est devenue.
Sources
- Le Télégramme : Disparition de Khadidja Bengrine : de nouvelles fouilles menées dans le Finistère dès ce lundi
- Le Parisien : Cold case dans le Finistère : 22 ans après la disparition de Khadidja Bengrine, de nouvelles fouilles vont être menées
- France 3 Bretagne : Cold case de Quimperlé. Ce que l'on sait après la mise en examen d'un suspect 19 ans après les faits
- Ouest-France : Disparition de Khadidja Bengrine en Bretagne : 21 ans après, de nouvelles investigations lancées