Niveau scolaire : la France perd un an d’études en vingt ans
Les données OCDE révèlent une dégradation continue du primaire au supérieur
Les enquêtes internationales révèlent un effondrement continu des compétences des élèves français, du primaire au supérieur. Un paradoxe jamais autant de diplômés, jamais aussi peu de maîtrise des savoirs de base.
Les enjeux
Ce qu'il faut comprendre
Effondrement des compétences de base
29% des élèves de 15 ans n'atteignent pas le niveau minimal en maths, contre 21% en 2018. Au primaire, 93% des élèves de 2017 sont en dessous du niveau médian de 1987.
Paradoxe diplôme-compétences
53% des 25-34 ans diplômés du supérieur, mais 8% d'entre eux ont une littératie faible. 30% des adultes français ne peuvent interpréter que des textes simples.
Échec de la transmission
Un an d'études perdues en vingt ans. Le système produit des diplômés qui n'ont pas les compétences que leur diplôme atteste. Certains adultes diplômés du supérieur n'ont pas les compétences d'un enfant de 10 ans.
Inégalités qui explosent
49% des élèves défavorisés sans compétences de base en maths contre 29% pour l'ensemble. Les très bons élèves passent de 11% à 7% entre 2018 et 2022. Le système produit moins d'excellence et davantage d'échec concentré dans les milieux populaires.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
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1987
Niveau de référence
Élève médian de CM1 fixe le niveau de compétences en calcul
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2003
Premier PISA
Score français en maths : 511 points
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2012
Début de l'alerte
22% des élèves sans niveau minimal en maths, score lecture 505 points
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2017
Décrochage confirmé
93% des élèves de CM1 sous le niveau 1987 au même test
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2018
Avant la chute
Score maths 495 points, 21% d'élèves en difficulté
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2022
Accélération
Score maths 474 (-21 points), 29% d'élèves en difficulté, 49% des défavorisés sans niveau minimal
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2023
Rapport PIAAC adultes
30% des adultes français au niveau 1 ou inférieur en littératie
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sept. 2025
Rapport OCDE
53% de diplômés du supérieur, mais compétences en baisse
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2026
PISA 2025
France 22e en maths, score lecture 485 (-20 points depuis 2012)
Les chiffres confirment ce que les enseignants constatent depuis des années. En mathématiques, les élèves français ont perdu 37 points sur les vingt dernières années dans l’enquête PISA de l’OCDE. L’OCDE considère qu’un an d’étude représente 38 points. Calcul simple: un an d’études perdues. Ce que les élèves ne maîtrisent plus: résoudre des problèmes à plusieurs étapes, interpréter des graphiques complexes, appliquer des formules dans des contextes nouveaux. Andreas Schleicher - directeur du département Éducation et Compétences de l’OCDE, le formule crûment: « En France, il y a des adultes qui ont passé des années à l’école et parfois à l’université et qui n’ont même pas les compétences en littératie d’un enfant de 10 ans ».
La chute s’accélère
Entre 2018 et 2022, le score en mathématiques est passé de 495 à 474 points - soit une baisse de 21 points en quatre ans. En compréhension de l’écrit, le recul atteint 19 points sur la même période, de 493 à 474 points. Les sciences résistent mieux: -6 points - de 493 à 487.
Sur une période plus longue, la baisse en compréhension de l’écrit s’établit à 20 points entre 2012 et 2025 - passant de 505 à 485 points. La période 2018-2022 capte l’accélération récente, tandis que la période 2012-2025 montre la tendance de fond sur treize ans.
La part des élèves en grande difficulté explose. En mathématiques, 29% des jeunes n’atteignent pas le niveau minimal en 2022, contre 21% en 2018. Chez les élèves défavorisés, ce taux grimpe à 49%. Dans le même temps, les très bons élèves disparaissent: ils représentaient 11% de la cohorte en 2018, ils ne sont plus que 7%.
Au classement international, la France se positionne 23ème sur 81 à 85 pays - et plus spécifiquement 26ème en mathématiques et 29ème en sciences et compréhension de l’écrit. Les résultats publiés en 2026 pour l’édition PISA 2025 confirment le recul: la France tombe à la 22ème place en mathématiques.
Le primaire décroche
La situation est encore plus alarmante au primaire. Dans l’enquête TIMSS 2023, les élèves français de CM1 se situent 41 points en dessous de la moyenne internationale en mathématiques. Une étude longitudinale révèle une chute de 30% du score moyen à une même épreuve de calcul administrée à des élèves entre 1987 et 2017. Plus frappant encore: 93% des élèves de 2017 n’atteignent pas le niveau de l’élève médian de 1987.
En compréhension de l’écrit, l’enquête PIRLS de 2021 montre que le niveau des élèves français de CM1 est relativement médiocre. Les enquêtes PISA confirment la baisse: le score passe de 505 points en 2012 à 485 points en 2025 - soit une perte de 20 points.
Des diplômes sans compétences
Le paradoxe français tient en un chiffre: 53% des jeunes sont diplômés de l’enseignement supérieur en 2024, contre 48% en moyenne dans l’OCDE. Mais le diplôme ne garantit plus les compétences attendues.
Les données de l’enquête PIAAC 2023 sur les compétences des adultes sont sans appel. En France, 30% des adultes ont des compétences en littératie au niveau 1 ou inférieur, un chiffre supérieur à la moyenne de l’OCDE (27%). Chez les diplômés du supérieur, 8% affichent un niveau de littératie faible. Dans l’ensemble des pays de l’OCDE, 13% des diplômés de l’enseignement supérieur n’atteignent pas un niveau de base en littératie.
Glenda Quintini - économiste chercheuse à l’OCDE, précise que 28% des adultes français ne peuvent interpréter que des textes simples.
L’échec de la transmission
Antonin De Laever - enseignant à la London School of Economics et Sciences Po, regrette que « les armes basiques » ne soient plus données aux élèves. Le résultat: un « gâchis ». La formulation de Schleicher éclaire la profondeur du problème: le système produit des diplômés qui n’ont pas acquis les compétences que leur cursus était censé transmettre. Compétences à l’écrit d’un enfant pour des adultes ayant passé des années à l’université: l’écart entre temps passé et savoirs maîtrisés devient abyssal.
Le système universitaire français ne compense pas les lacunes du secondaire. Pire: il les entérine. Le taux d’achèvement des études de licence dans la durée théorique n’était que de 34% en France en 2023, contre 43% en moyenne dans l’OCDE.
Inégalités: le grand décrochage
Les écarts socio-économiques se sont creusés de manière spectaculaire. En 2022, 49% des élèves issus de milieux défavorisés n’atteignent pas le niveau minimal en mathématiques, contre 29% pour l’ensemble de la cohorte. L’écart s’est aggravé: en 2018, la part globale des élèves en difficulté était de 21% - soit 8 points de moins. La dynamique est double: le niveau général baisse, mais les élèves défavorisés décrochent encore plus vite. Pendant ce temps, les très bons élèves, souvent issus de milieux favorisés, passent de 11% à 7% entre 2018 et 2022. Le système produit moins d’excellence et davantage d’échec, avec une concentration croissante de ce dernier dans les milieux populaires.
Ce que personne ne dit
Le rapport « Regards sur l’éducation 2025 » - publié en septembre 2025, révèle un angle mort majeur: les résultats en littératie des diplômés du supérieur ont baissé sur dix ans en France. Cette dégradation touche désormais toute la chaîne éducative, du primaire au supérieur, sans distinction de niveau de diplôme.
L’explication habituelle, la massification de l’enseignement supérieur diluerait les compétences, ne tient pas. D’autres pays de l’OCDE ont massivement augmenté leurs taux de diplômés sans dégrader les compétences de base. Le système français produit des diplômés qui n’ont pas les compétences que leur diplôme est censé attester.
Les causes structurelles
Des chercheurs comme Philippe Vernier du CNRS et Michael Stora mettent en avant l’impact des écrans et l’évolution de la parentalité comme facteurs contribuant à la difficulté des élèves à se concentrer. Mais ces facteurs touchent tous les pays développés. Ils n’expliquent pas pourquoi la France décroche plus vite que ses voisins.
L’ancien ministre de l’Éducation nationale, Gabriel Attal - avait annoncé en septembre des mesures pour renforcer les fondamentaux dès le primaire: deux heures de lecture quotidienne en CP et de nouveaux tests de mathématiques en CM1. Les services de la ministre Anne Genetet ont observé une « stabilité des résultats » dans le rapport TIMSS 2024, bien que la France reste en bas de classement.
Eric Charbonnier - expert en éducation à l’OCDE et responsable des enquêtes PISA pour la France, analyse régulièrement ces données et propose des pistes d’amélioration. Aucune n’a encore inversé la courbe.
Aucune source consultée ne détaille les actions du ministère depuis 2022.
Questions des lecteurs
Les questions posées par nos lecteurs sur cet article, avec nos réponses vérifiées par la rédaction.
Quelles sont les sources utilisées pour cet article sur la baisse du niveau scolaire, notamment celles provenant de l'OCDE?
Sources
- Classement PISA 2026 : Position de la France - Akademos
- Regards sur l'éducation 2025 - OCDE
- PISA 2022 : La France ne fait pas exception - Ministère Éducation
- OZP : Compétences adultes France PIAAC
- France Stratégie : Niveau des élèves
- Le Parisien : Niveau en maths des élèves
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