Construction illégale au Robert : le préfet de Martinique déclenche les contrôles
Un chantier en bordure de mer à Pointe Fort soulève des interrogations sur le domaine public maritime et la zone des 50 pas géométriques.
Le préfet de Martinique a publié un communiqué le 28 avril 2026 pour alerter sur une construction d'habitation en cours au secteur Pointe Fort, commune du Robert, à quelques mètres du rivage. En accord avec le maire, la DEAL et la Direction de la mer vont procéder à un contrôle approfondi. Des suites judiciaires sont envisagées.
Le préfet de Martinique a publié un communiqué le 28 avril 2026 pour alerter sur une construction d’habitation en cours au secteur Pointe Fort, commune du Robert, à quelques mètres du rivage. En accord avec le maire, la DEAL et la Direction de la mer vont procéder à un contrôle approfondi. Des suites judiciaires sont envisagées.
L’essentiel
- Communiqué préfectoral : publié le 28 avril 2026, il alerte sur une construction en bordure de mer au secteur Pointe Fort, commune du Robert.
- Parcelle : cédée par l’État le 6 octobre 2014 à un ancien occupant sans titre dans la zone des 50 pas géométriques, revendue en 2020 à l’actuel propriétaire.
- Permis de construire : délivré en mars 2023 par la commune du Robert, conforme au PLU (zonage UDa) et au PPRN (zone jaune, aléas faibles).
- Aménagements litigieux : terrasse, enrochement et ponton signalés à 1,70 mètre du rivage, potentiellement illégaux sur le domaine public maritime.
- Contrôles à venir : DEAL et Direction de la mer mandatés pour une inspection dans les jours suivant le 28 avril 2026, avec possibilité de suites administratives ou judiciaires.
Un signalement de l’ASSAUPAMAR, un communiqué de la préfecture
C’est l’association de protection de l’environnement ASSAUPAMAR qui a tiré la sonnette d’alarme en premier. Dès le 22 avril 2026, elle signale le chantier via la presse et les réseaux sociaux, mentionnant la pose d’un panneau de protection masquant les travaux et l’intervention d’une pelle mécanique sur le site.
La présidente de l’ASSAUPAMAR, Rosalie Gaschet, qualifie la situation de « vision d’horreur », selon France Info Martinique, évoquant des risques environnementaux en zone côtière. Six jours plus tard, la préfecture réagit formellement.
La parcelle : une cession d’État devenue litigieuse
L’historique foncier de la parcelle est au cœur de l’affaire. En 2014, l’État l’a cédée à un ancien occupant sans titre, conformément à la loi n°96-1241 du 30 décembre 1996 relative à la zone des 50 pas géométriques dans les départements d’outre-mer. Cette loi permet la régularisation d’occupations anciennes dans cette bande littorale, avec une décote accordée en raison des faibles revenus du bénéficiaire initial.
En 2020, la parcelle est revendue à l’actuel propriétaire. C’est cette revente que la préfecture pointe indirectement : le préfet indique vouloir introduire à l’avenir des clauses « anti-spéculatives » dans les actes de cession de la zone des 50 pas géométriques pour éviter ce type de situation, selon le communiqué officiel.
Un permis valide, des travaux qui dépassent le cadre
En mars 2023, la commune du Robert délivre un permis de construire. Il est décrit comme conforme au PLU, en zonage UDa, et au plan de prévention des risques naturels (PPRN), classé en zone jaune d’aléas faibles. Le permis en lui-même n’est donc pas remis en cause.
Ce sont les aménagements réalisés au-delà de ce permis qui posent problème, selon la préfecture. Une terrasse, un enrochement et un ponton auraient été construits sur le domaine public maritime, à 1,70 mètre du rivage. Ces ouvrages relèvent d’une autorisation distincte, délivrée par l’État, et non de la commune. Aucune autorisation de ce type n’est mentionnée dans le communiqué préfectoral.
ZayActu et France Info Martinique, qui ont couvert le sujet depuis le signalement associatif, décrivent des travaux lourds incluant remblai et enrochement visibles depuis le bord de mer. Ce type d’intervention en zone côtière est encadré par le Code général de la propriété des personnes publiques.
Contexte dans la Martinique
La Martinique est un département et région d’outre-mer où le foncier littoral est particulièrement sous tension. La zone des 50 pas géométriques - bande d’environ 81,20 mètres à partir du rivage - est historiquement grevée d’occupations anciennes, souvent sans titre. La loi de 1996 a organisé leur régularisation, mais le dispositif est régulièrement critiqué pour ses effets pervers : des parcelles cédées à des conditions sociales peuvent être revendues à des prix de marché, sans que l’État puisse s’y opposer faute de clauses contractuelles adaptées.
Le Robert est une commune du littoral atlantique, connue pour ses fonds marins et ses îlets. Elle est soumise à des pressions immobilières importantes en bord de mer. Selon la préfecture, la commune est signataire d’un accord pour le contrôle à venir, ce qui indique une convergence de vues entre l’État et la municipalité sur ce dossier.
L’affaire intervient dans un contexte plus large de vigilance sur l’application des règles urbanistiques en zone côtière. L’ASSAUPAMAR cite un précédent récent au Robert : la démolition de la maison de M. Nomis, habitant historique des 50 pas géométriques, ce qui, selon l’association, soulève des questions sur l’égalité de traitement. Ce point, rapporté uniquement via la page Facebook de l’association, n’a pas été confirmé par des sources officielles à ce stade.
En Guadeloupe, département voisin avec des problématiques similaires sur le littoral, des renforts de forces de l’ordre ont récemment été intégrés pour répondre à des enjeux territoriaux comparables.
DEAL et Direction de la mer mandatées pour le contrôle
La Direction de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DEAL) et la Direction de la mer (DM) sont les deux services de l’État désignés pour conduire l’inspection. Leur champ de compétence couvre respectivement l’urbanisme et les règles d’occupation du domaine maritime.
Si les constats confirment des infractions, la préfecture s’engage à engager des suites administratives ou judiciaires. En matière d’urbanisme, cela peut inclure une mise en demeure de démolition, une amende, voire une saisine du parquet pour infraction au Code de l’urbanisme ou au Code de l’environnement.
Le communiqué ne précise pas de calendrier exact pour la remise des conclusions de contrôle, ni l’identité du propriétaire actuel.
La question des clauses anti-spéculatives
Au-delà du cas particulier, le préfet soulève une question de fond. La cession de 2014 a été réalisée avec une décote, au bénéfice d’un ménage modeste, dans l’esprit de la loi de 1996. La revente de 2020, sans restriction contractuelle, a permis à un nouveau propriétaire d’engager des travaux d’une tout autre nature.
Selon le communiqué officiel, le préfet entend désormais systématiser des clauses limitant la revente spéculative dans les futurs actes de cession de la zone des 50 pas géométriques. Cette annonce dépasse le seul chantier du Robert et pourrait avoir des implications sur l’ensemble du dispositif de régularisation foncière littorale en Martinique.
Le résultat des contrôles de la DEAL et de la Direction de la mer, attendus dans les prochains jours, déterminera la nature exacte des infractions retenues et les mesures qui en découleront.
Sources
- Préfecture de Martinique : Construction d'une habitation au Robert en bordure de mer
- @Prefet972 (X) : Communiqué préfectoral – Construction au Robert
- ZayActu : Construction en bord de mer au Robert, l'Assaupamar alerte : l'État annonce des contrôles
- France Info Martinique / La 1ère : Maison en bord de mer, ponton et stationnement pour bateau au Robert : un chantier suscite l'inquiétude de l'Assaupamar